Thomas Austin et ses crapules de lapins

Thomas Austin et ses crapules de lapins

Thomas Austin n’est pas mentionné dans les livres en raison de son intelligence ou de sa bravoure, bien au contraire. C’est son envie égoïste de pratiquer la chasse qui est à l’origine d’un véritable fléau pour l’Australie, fléau qui durera plus d’un siècle. C’est donc une décision idiote qui lui a permis de faire son entrée dans l’Histoire.

En 1859, Thomas Austin écrit à son frère pour lui demander douze couples de lapins. Ceux-ci seront lâchés dans la propriété d’Austin et feront ce qu’ils savent faire de mieux : se reproduire. Sans prédateurs naturels, la population de ces derniers se développe de façon exponentielle. « De façon exponentielle » pourrait passer pour une exagération, mais ce n’est pas le cas. En analysant les statistiques, il est surprenant de constater à quel point ces animaux sont devenus un fléau pour l’Australie.

En 1866, quelques années à peine après leur arrivée en Australie, on dénombre 14 000 lapins et ce, sur la seule propriété d’Austin. Dans les années 1940, on estime que leur population avoisine les 800 millions. Ils ne se propagent pas uniquement dans l’enceinte du domaine, mais migrent également vers d’autres endroits. Au début du XIXe siècle, ils se répandent à presque 5000 km du lieu où ils ont été introduits. Leur population continue à s’étendre et, actuellement, on estime qu’ils ont infiltré près de 250 000 km². Les lapins d’Australie détiennent le record de la colonisation de mammifères la plus rapide de tous les temps.

Même si cette colonisation est impressionnante, elle constitue un véritable fléau pour l’économie et l’environnement en Australie. Encore aujourd’hui, les citoyens et le gouvernement dépensent des millions de dollars afin de contenir (et d’éradiquer) cette population envahissante.

À la fin du XIXe siècle, de nombreuses lois sont passées en Australie pour combattre ce véritable raz-de-marée. L’une d’entre elles est le « Rabbit Nuisance Act » de 1883, qui prévoit notamment une peine pouvant aller jusqu’à 6 mois de prison pour un enfant qui lâcherait un apprivoisé dans la nature. Quand l’abattage et l’empoisonnement se sont avérés insuffisants, le gouvernement australien a fait construire une longue clôture. Celle-ci cumule désormais 3300 km.

Au cours du 20e siècle, la population diminue plus d’une fois, mais elle finit toujours par reprendre du poil de la bête. Dans les années 1950, avec l’introduction de la myxomatose, elle chute à tout juste 5 % de sa taille originelle. Ces 5 % qui restent, résistants, repeupleront la nation entière. En 1996, le gouvernement australien envisage l’utilisation du très controversé « calicivirus », inadéquatement appelé « solution finale ». Selon l’autorité australienne de gestion environnementale (Australian Environmental Management Authority), la quantité de lapins diminue, mais dans certaines parties du pays ils restent des parasites.

Selon la Fondation pour une Australie sans lapins (Foundation for a Rabbit-Free Australia), ces rongeurs européens sont les nuisibles les plus répandus et les plus destructeurs d’Australie. Ils ne causent pas seulement des dégâts importants, ils menacent également les industries et la biodiversité. La fondation n’a pas tort, surtout en ce qui concerne la biodiversité.

Bien que Thomas Austin dispose d’une page Wikipédia (et d’une place au sein de l’histoire), il n’est pas surprenant que sa biographie consiste d’à peine 300 mots…