Hideux et violents : ce sont nos ancêtres

Hideux et violents : ce sont nos ancêtres

Le terme « vilain », désignant le paysan libre – moins étroitement soumis au seigneur que le serf –, n’a pas d’autre origine que villanus, habitant de la villa, c’est à dire l’ancien terme romain pour le domaine rural ou la ferme, mais il a très vite évolué vers le sens péjoratif que nous lui connaissons encore aujourd’hui, comme celui de « manant ». La description que nous livre Chrétien de Troyes vers 1180 est symptomatique du mépris de la noblesse à l’égard de la classe paysanne :

« Un vilain qui ressemblait à un Maure, laid et hideux à démesure, si laide créature qu’on ne saurait le dire en paroles, était assis sur une souche, une grande massue à la main. Je m’approchai du vilain et je vis qu’il avait la tête plus grosse que celle d’un roncin ou de toute autre bête, des cheveux en broussaille, un front pelé de deux empans de large, les oreilles velues et grandes comme celles d’un éléphant, les sourcils énormes, la face plate, des yeux de chouette, un nez de chat, la bouche fendue comme d’un loup, des dents de sanglier, aiguës et rousses, et rousse la barbe, les moustaches tordues. Appuyé sur sa massue, il portait un vêtement si étrange qu’on n’y voyait ni lin ni laine, attachées à son cou, deux peaux fraîchement écorchées de deux bœufs ou de deux taureaux. »

Un document de 1420 atteste que des paysans avaient crié à deux écuyers : « Vous ne valez rien, vous n’êtes pas digne de monter à cheval ». Pour toute réponse, ils furent égorgés !

 

Jacqueries

Les paysans français étaient appelés « Jacques », nom de la veste courte qu’ils portaient. Leurs révoltes violentes, en raison de leur misère, prirent le nom de « jacqueries ». D’où, aujourd’hui, l’expression « faire le Jacques », qui signifie faire des excentricités, et, plus familièrement faire l’idiot.

Une Jacquerie

 

La Jacquerie de Meaux

La Jacquerie de 1358 fut la plus terrible révolte paysanne de l’histoire de France. Le mouvement de mécontentement populaire partit de Paris, en 1357, sous la direction d’Étienne Marcel. Le soulèvement gagna les campagnes de l’Ile de France, puis du Nord et de l’Est, non seulement parce que les paysans étaient surchargés d’impôts, mais surtout parce que les nobles ne faisaient rien pour les protéger contre les cohortes de soudards qui terrorisaient alors leurs villages. Armés de cognées, de faux, de fourches, de haches ou de fléaux, des bandes de milliers de Jacques pillèrent et brûlèrent les demeures des seigneurs, multiplièrent les assassinats. En Languedoc, on cite le cas d’un chevalier rôti à la broche que ses meurtriers firent déguster à son épouse. Dans certaines villes, la bourgeoisie se joignit aux paysans. La contre-offensive fut confiée à une coalition armée composée de Navarrais, d’Anglais et de Français, commandés par Charles de Navarre et Charles le Mauvais, qui massacrèrent aveuglément et brûlèrent quantité de villages. Ils mâtèrent la Jacquerie de Meaux, qui avait été envahie par 10 000 révoltés et dont pas un vilain n’aurait échappé vivant. On disait que les arbres craquaient sous le poids des pendus. Le chef des Jacques, Guillaume Callé, fut décapité avec ses compagnons après avoir été couronné d’un trépied de fer rougi au feu.