Ziryab, l’oiseau noir : un lanceur de tendance !

Ziryab, l’oiseau noir : un lanceur de tendance !

 

Ziryab est né en 789 et mort en 857. Son vrai nom était Ali ibn Nafi. En ce qui concerne son surnom, il s’agit en réalité d’un terme familier en arabe et qui signifie « oiseau noir ». Il aurait gagné ce surnom en raison de sa peau foncée et de sa voix mélodieuse. Il a vécu une partie de sa vie en Espagne médiévale. Au départ, il était esclave à Bagdad, mais il a fini par être affranchi. Il fit ensuite fortune en faisant chantant à la cour !

Il était un grand esprit d’origine arabe ou perse : poète, musicien, chanteur, cosmétologue, styliste, célébrité, lanceur de tendance, stratège, astronome, botaniste, géographe et… ancien esclave ! Il étonnant de constater que peu de personnes ont déjà entendu parlé de lui, alors qu’au moins deux de ses trouvailles subsistent dans notre société, aujourd’hui encore : il a en effet introduit l’idée du repas trois services (soupe, plat principal et pudding), ainsi que l’utilisation du cristal pour fabriquer des verres (auparavant, les verres étaient faits en métal). De plus, il a introduit l’asperge et d’autres légumes dans la société, et est à l’origine de nombreux changement, notamment dans le monde de la . Il a d’ailleurs eu de nombreux enfants, tous devenus des musiciens qui ont transmis son héritage à travers toute l’Europe. On pourrait même le considérer comme l’ancêtre spirituel de Bach.

Les changements sociétaux qui se sont opérés sous l’influence de Ziryab sont considérables. Il a en effet lancé de nombreuses tendances comme celles des cheveux courts et de la barbe rasée pour les hommes et de s’habiller en fonction des saisons. On dit également qu’il aurait créé un dentifrice à bon goût, ce qui a permis de développer l’hygiène (et par conséquent la longévité) dans sa région, ainsi qu’un déodorant. Il était connu pour préconiser la baignade deux fois par jour, par souci d’hygiène.

Alors la question est, une fois de plus : « Comment se fait-il qu’on entende si peu parler de cet homme qui a tant influencé notre culture, notre vie, nos coutumes et nos modes de vie ? » Selon de nombreux historiens, le fait qu’il ait des origines arabes a beaucoup joué. Rappelons en effet qu’une grande partie de l’Espagne a été conquise par les musulmans et que ces derniers ont imposé leur loi pendant près de 8 siècles. L’usage de l’arabe était donc très courant sur le territoire, notamment dans la cour de l’Empire arabe d’Espagne. Ainsi, les principales sources qui narrent la vie de cet homme si influent… sont en arabe !

Pourtant, cet homme de génie aurait pu ne jamais apporter à la culture européenne tout ce qu’il a accompli. En effet, il n’est arrivé en Espagne que parce qu’il aurait été chassé de sa ville natale, Bagdad.

À cette époque, les Abbassides régnaient sur le monde arabo-musulman, avec à leur tête le calife Harun al-Rashid, certainement l’un des califes abbassides les plus connus et les plus intéressés par la science et les arts. Le musicien du calife, Ishaq al-Mawsili (Ishaq de Mossoul, ville en Irak) jouissait d’une grande réputation. Et c’est sous son aile que le jeune Ziryab apprit la musique. Un jour, convoqué au palais du calife, on lui demanda de chanter une chanson. Il accepta, à condition d’utiliser son propre luth, son instrument de prédilection. Le calife lui autorisa et Ziryab montra tout ce dont il était capable… Il semblerait qu’il ait même caché tout son potentiel à son maître, car même ce dernier ne s’attendait pas à une telle performance. Le calife fut sous le charme et voulut contribuer à son apprentissage. Fou de rage, Ishaq aurait par la suite menacé son élève, par peur qu’il lui vole sa place auprès du calife : il aurait exigé son départ loin de Bagdad en lui proposant de l’argent, et s’il refusait, il le tuerait ou lui gâcherait la vie. Sans y repenser à deux fois, Ziryab prit l’argent et se mit en route vers l’Andalousie, sans se douter que cette décision n’allait pas juste avoir une influence sur son destin personnel, mais également sur celui de toute l’Europe… jusqu’à aujourd’hui !

 

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