Marie, Marie, Marie… Madeleine ?

Marie, Marie, Marie... Madeleine ?

Vers 30-33 de notre ère

Lieu : Galilée

Particularité : Célèbre(s) amie(s) du Christ

Voici une des plus célèbres des Évangiles. Marie, la mère de , et cette Marie Madeleine défrayent à elles deux la chronique !

Marie Madeleine, ou Marie de Magdala (une ville de Galilée) appelée aussi Marie la Magdaléenne, est une femme qui inspire de nombreux artistes et surtout ceux qui n’ont guère lu la .

En effet, on en a fait tantôt une « pécheresse », tantôt la sœur de Marthe et de Lazare (Marie de Béthanie), ou encore une possédée de sept démons que libéra Jésus dans sa ville de Magdala.

Peut-être cherchent-ils, ces romanciers du biblique, alors que le statut d’homme (ou incarné tel) de Jésus n’implique aucune sexualité, dans un récit absent de relations sexuelles avec des femmes, à trouver ou à inviter une histoire d’amour avec le Christ. Alors, ces Marie « triangulaires » (elles sont trois hormis la Vierge à porter ce nom et à être citées dans la vie de Jésus) apportent une très opportune nébuleuse qui permet de n’en faire qu’une avec les trois.

L’amalgame fonctionne.

Décrivons-les séparément et voyons si elles peuvent être une seule et même personne.

Jésus guérissait d’infirmités, mais chassait aussi les démons qui habitaient certain(e)s possédé(e)s. Une première est donc cette Marie de Magdala qui, pour remercier le Seigneur d’avoir été libérée d’un si grand nombre d’entités malsaines, le suivit à son service et à celui de ses apôtres dans leurs pérégrinations.

Elle ira jusqu’au Golgotha. Marc la cite comme l’une de ces « femmes venues depuis la Galilée avec Jésus, pour le servir ». Aucune mention d’une « pécheresse »

À partir de la crucifixion, les évangélistes se mêlent eux-mêmes les calames (instruments antiques pour écrire), car Jean, au contraire de Matthieu, de Marc ou de Luc, dit non pas qu’elle assiste « de loin » au calvaire du Christ, mais « près de la croix » avec la mère de Jésus, Marie, et probablement une autre Marie (de Clopas) qui pourrait être la tante de Jésus… Marie la Magdaléenne aurait aussi été là lors de la descente de croix puis au dépôt du cadavre de Jésus dans la tombe. C’est elle aussi qui revint le lendemain avec des aromates pour faire les soins du corps et constata que la tombe était vide. Qu’elle annonça la résurrection est certain parce qu’elle le vit et fut la première à qui Jésus se manifesta, et donc la première à y croire et à avertir les apôtres ! Voici pour Marie de Magdala…

Marie de Béthanie est loin de correspondre à cette narration, car elle était convertie et proche du Christ à Béthanie et non à Magdala. Et elle n’a sans doute jamais été « possédée » par des démons, pas plus que « pécheresse »… Même si cette Marie de Béthanie est pressentie pour être souvent aux côtés du Christ et ce jusqu’après sa mort, se pourrait-il qu’il y ait plusieurs Marie proches de Jésus comme il pourrait y avoir plusieurs Dupont dans un annuaire de téléphone ?

Une troisième Marie serait une Marie Madeleine qui oignit les pieds de Jésus lorsqu’il devait se rendre à la table d’un pharisien. Celle-ci est dite par Luc « pécheresse » et la miséricorde du Christ lui est acquise.

« Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre ! » criait Jésus aux pharisiens qui le provoquaient en lui exhibant une femme adultère condamnée à la lapidation. Mais c’était une autre femme encore et pas vraiment une « pécheresse » dans le sens récurrent, mais une femme qui avait trompé son mari.

C’est dire cependant si Jésus avait une totale miséricorde pour les femmes de petite vertu, pour autant, selon l’Évangile, qu’elles se repentent et changent d’attitude.

On s’entend, depuis le VIe siècle, en étudiant les textes grecs du Nouveau Testament, à reconnaître qu’il y eut bien trois « Marie » confondues en une seule.

La « possédée » ne serait donc pas la « pécheresse » et encore moins « l’amie » de Béthanie. Mais pourquoi des conteurs et romanciers, même à notre époque, sont-ils tentés de faire l’amalgame de la démoniaque et de la putain ? Par raccourci ? Par ignorance certainement. Aussi, forts de ne pas avoir lu la Bible, ils vont jusqu’à imaginer une relation amoureuse avec le Christ, corroborant leur thèse par une analyse de « geste tendre » de Marie Madeleine qui lava et oignit les pieds du Christ alors que c’était une coutume quasi quotidienne de la part de chaque femme ou homme qui recevait un « rabbi » ou un voyageur prestigieux. Ou encore, ils exagèrent l’émotion (mais est-ce bien utile, car ce fut très éprouvant) de Marie Madeleine ou de Marie de Magdala, lorsqu’elle vit Jésus mourir puis qu’elle le retrouva ressuscité et qu’il lui dit « Ne me retiens pas ! » alors qu’elle touchait son bras.

D’ici à en faire la mère des Mérovingiens… Assez ri !

Il y eut bien trois (et même plus) Marie !

Que celle-ci (laquelle ?) ait débarqué à Sainte-Marie de la Mer pour fuir les persécutions fomentées par Hérode Agrippa, qu’elle ait vécu dans la grotte de la Sainte-Baume près de Marseille, que l’on ait adoré ses reliques à Éphèse puis à Constantinople dès 899 ne conforte en rien ce que les évangélistes n’ont pas dit eux-mêmes.

Et Jésus n’a eu d’enfants avec une Marie Madeleine que dans les cerveaux romanesques d’artistes.

On n’est pas contre, si on ne croit pas en Dieu, mais on ne doit pas pour autant faire dire à la Bible ce qu’elle ne dit pas et surtout ce qu’une analyse historique contredit.