Esther, la prolétaire juive devenue reine de Perse

Esther, la prolétaire juive devenue reine de Perse


Vers 480 à 450 ou 370 à 350 av. J.-C.
Lieu : Suse, capitale de la (aujourd’hui Chouch en Iran)
Particularité : Reine de Perse

La plus belle histoire des femmes de la est sans doute celle d’Esther.
Les ingrédients du conte de fées y sont tous : une juive déportée, tellement belle qu’elle est choisie (sans qu’elle ne révèle ses origines juives) par le grand roi de Perse pour remplacer la traîtresse Vasthi, luttant contre son ennemi mortel Haman, le Premier ministre manipulateur du roi qui veut l’extermination des . Malgré la répudiation de Vasthi pour un acte similaire (alors que le roi a durci encore le rapport de soumission que doivent les femmes aux hommes et particulièrement au roi qui se conduit comme un dieu vivant), Esther va braver la toute-puissance du maître et de ses ministres pour tenter de sauver son peuple en avouant qu’elle est juive…
Il faut raison garder. C’est un superbe conte où la prolétaire devient reine et où la reine risque sa vie pour les siens.
Si c’est Esdras qui en est l’auteur, il s’en est donné à cœur joie. Et prouve là son talent de romancier.
Mais au-delà ? Qui aurait-il de véridique dans ce récit de la vie d’Esther ?
L’écueil est historique. Une chronologie hasardeuse nous rapproche cependant du règne de Xerxès Ier (486-465). Encore que le texte grec, loin d’être l’original, y verrait plutôt Artaxerxès, deuxième du nom, car ils sont trois à le porter. Alors que d’autres exégètes y voient une histoire se déroulant sinon entre 160 et 150 av. J.-C., dans « la quatrième année du règne de Ptolémée et de Cléopâtre V » soit en 114. Esdras n’en serait alors plus l’auteur puisqu’il mourut quatre siècles auparavant.
Le conteur situe son récit sous le règne d’un certain , totalement inconnu de l’histoire perse, mède ou assyrienne. Il faut donc lui coller un autre nom et ils sont plusieurs à pouvoir y correspondre parce que l’histoire d’Esther ne relate rien d’autre que ce qui se passe dans les couloirs du palais de Suse. Les juifs vivent une diaspora et un Premier ministre veut leur peau… Il est difficile de dater l’événement.
N’empêche, l’histoire est superbe et il convient de la résumer :
Esther est pupille de Mardochée, un homme âgé, probablement ancien déporté de Jérusalem à Babylone lors du siège vainqueur de Nabuchodonosor.
Le roi de Perse, Assuérus, lui-même héritier des Médo-Perses qui ont abattu la dynastie babylonienne, fait chercher dans son royaume une femme digne de remplacer la répudiée Vasthi. Dans un défilé digne des plus fantastiques histoires de roi et de future princesse, Esther (Hadassa en hébreu, ce qui veut dire « myrte sauvage », une fleur pugnace) plaît au souverain. Le monarque va donc couronner Esther reine de Perse. Mardochée conserve toute son influence sur la reine et ira même jusqu’à sauver la vie du roi lors d’un complot. Mais Haman, le grand vizir, le déteste, car il a refusé de se prosterner devant son auguste personne. Découvrant que Mardochée est juif, Haman obtient un décret ordonnant l’extermination de tous les juifs du royaume à la date du 13 Adar (début mars).
Mardochée supplie Esther d’intercéder auprès du roi et de solliciter une grâce pour le peuple juif.
Mais depuis la rébellion de Vasthi, les rapports entre la reine et son mari sont beaucoup plus stricts. Une loi condamne à mort toute personne, quel que soit son rang, y compris la reine, si elle se présente devant le roi sans avoir été convoquée.
Préparant avec piété et prières, dans le jeûne avec son peuple, son entrée devant le roi, certaine d’y laisser la vie, Esther affronte courageusement le roi des rois et sa cour.
Assuérus lui pardonne son intrusion et lui demande quelle est sa requête, lui promettant de lui donner « jusqu’à la moitié du royaume » si elle le désire.
Esther préfère réserver sa réponse. Le lendemain, elle offre un banquet en l’honneur du souverain, invitant Haman qui vient de faire ériger un gigantesque gibet pour faire pendre Mardochée avant d’entamer le massacre des juifs.
Dans la nuit qui précède le festin, le roi fait un rêve où il se souvient qu’il doit la vie à Mardochée et qu’il ne l’a jamais honoré pour cela.
Le lendemain, Assuérus demande à son vizir comment combler « un homme que le roi veut honorer ».
Haman pense que cette distinction sera pour lui. Mais en plein banquet, Esther, se levant devant toute l’assemblée des plus hauts dignitaires du royaume, va dévoiler qu’elle est juive et qu’Haman veut détruire son peuple.
Estimant la reine outragée et Mardochée injustement traité, le roi Assuérus va alors casser le décret contre les juifs et faire pendre Haman à la place de Mardochée.
Ce dernier devint vizir à la place du vizir et fit décréter que les juifs pourront désormais se défendre et s’organiser pour cela. S’en suivit une vengeresse tuerie des complices d’Haman. Le 14 (le lendemain du jour maudit) du mois d’Adar est devenu une fête sacrée pour le judaïsme. C’est la fête de Pourim (Fête des Sorts).
Des « suppléments » de texte seront inclus dans la version des Septante et dans la Vulgate latine.
Outre une chronologie imaginaire, il n’y a pas de preuves historiques de l’existence d’Esther. Pourtant, les experts s’accordent pour trouver le récit probant sur le plan des descriptions des mœurs et de l’agencement du Palais de Suse.
Oui, mais si Mardochée vivait toujours au temps d’un certain Xerxès (Assuérus) ou Artaxerxès II, il aurait plus de 200 ans, un âge très avancé en cette période de l’histoire biblique !
Hérodote ne mentionne pas les noms d’Esther ni de Vasthi, mais d’une reine Amestris qui aurait épousé Xerxès Ier…
Sur le plan de la logique, on a du mal à imaginer le roi perse, successeur du magnanime Cyrus (fondateur de l’Empire en 559 av. J.-C.) dont l’édit accordait la liberté aux juifs, accepter de signer un décret réclamant leur extermination. Ils étaient d’ailleurs bien inoffensifs et anciennement victimes de l’ennemi des Perses, Babylone. Le livre qui raconte l’histoire d’Esther est donc plus proche du midrash (une tradition orale rapportant des récits légendaires) dont l’histoire sert souvent de cadre à une leçon religieuse. Bien que le Nom de Dieu n’y soit pas évoqué, c’est le livre le plus important de l’histoire juive parce qu’il met en lumière la xénophobie et la notion de peuple soudé dans la diaspora.
Le nom d’Esther devient pourtant polémique, du moins sous cette appellation, quand l’étymologie l’apparente aux déesses Ishtar ou Astarté…