Les atrocités des guerres de religion

Les atrocités des guerres de religion

Premiers martyrs

 

Dès les années 1525-1535, le clergé réclama la condamnation à mort de tous ceux qui nuisaient à l’unité de l’Eglise, dont la langue serpentine essayait d’endoctriner, donc de corrompre, par la séduction du langage. Ses sermons prêchaient la violence, considérée comme purificatrice et comme un excellent moyen de prouver sa fidélité à Dieu. Du côté huguenot, on relève aussi des excès, comme le vandalisme dans les églises, l’iconoclasme - la destruction des images -, des parodies de la messe avec jet d’hosties dans un feu, de processions où le prêtre était mené à l’envers sur un âne, l’adoration du Saint-Sacrement par un verrat monté sur l’autel, des exhumations de dépouilles de catholiques, déshabillées et traînées dans les rues, des meurtres d’ecclésiastiques, parfois selon des rituels de dérision, des tueries et encore d’autres atrocités. Mais jamais la brutalité des protestants n’a atteint à la fois l’ampleur et la cruauté systématique de celle des catholiques.

 

Le premier martyr protestant de France, à l’origine des guerres fanatiques qui vont embraser le pays, fut Jean Leclerc, peigneur de laine à Meaux. En 1525, pour avoir affiché des placards hostiles au pape sur les murs de la cathédrale de cette ville, il fut fouetté publiquement, marqué au fer rouge d’une fleur de lys au front et promené dans cet état trois jours dans Meaux. Puis il s’enfuit à Rozay-en-Brie où des coreligionnaires le cachèrent. Ensuite, il gagna Metz où, notamment, il brisa des statues de la Vierge. Arrêté, il subit un supplice à côté duquel le premier paraît une gentillesse : on lui coupa le poing, on lui arracha le nez avec des tenailles, puis les bras, les cuisses et, de la même manière, on lui entama la poitrine. Ce qui restait fut brûlé à petit feu. Tant qu’il en eut la force, le malheureux continua à réciter des versets de psaumes

 

Le premier à payer de sa vie sur la place de Grève à Paris sa fidélité aux nouvelles doctrines hérétiques fut Louis Berquin. Correspondant et traducteur d’Erasme, il n’était pas huguenot, mais seulement opposant acharné à l’obscurantisme des théologiens de la Sorbonne. L’obstination de ceux-ci, et plus particulièrement de Noël Béda, eut raison de Louis XII qui voulait gracier Berquin. L’acte d’accusation prévoyait de brûler devant lui ses livres, de lui percer la langue d’un fer rouge et de le marquer au front d’une fleur de lys, avant de l’emprisonner à vie au Grand Châtelet. Le jour de l’exécution, en 1529, il fit appel de la sentence. Mal lui en prit car le Parlement le condamna plutôt à être brûlé avec ses livres dès le lendemain. Vingt mille curieux au moins assistèrent au spectacle.

 

Exactions de papistes

 

Parmi les nombreux cas, dans le troisième quart du XVIe siècle, citons d’abord celui survenu le lendemain de la foire de la Saint-Michel à Nîmes, en septembre 1567. Les statues, les reliques, les tableaux et autres objets de valeur de la cathédrale et de plusieurs églises furent profanés et, pour la plupart, anéantis. Quatre-vingts religieux, prêtres et nobles catholiques furent rassemblés pour être égorgés dans la cour de l’archevêché et jetés dans un puits pour le polluer. La Franche-Comté, quant à elle, fut traversée par l’armée du duc Maximilien des Deux-Ponts, avec 8000 reîtres et 3000 Gascons : plus de 200 villages furent mis à sac, à moitié brûlés ou détruits. Pire encore étaient les représailles par les troupes de Coligny : à Toulouse, elles détruisirent tout. Les arbres fruitiers étaient coupés, les récoltes incendiées sur pied, quand elles n’étaient pas mûres pour le pillage. Les femmes étaient violées, les habitants massacrés et on remplissait les puits de leurs dépouilles.

 

La peine purificatrice du feu

 

Les méthodes de mise à mort par le bûcher, sur lequel on faisait notamment monter les hérétiques, étaient de deux sortes. La première consistait à attacher le condamné à un mât et à disposer bûches et fagots sous et sur lui, jusqu’à hauteur des genoux. Le châtiment apparaissait d’autant plus exemplaire qu’il permettait de bien voir la victime griller à travers les hautes flammes qui montaient vers le ciel. Le procédé n’était pas sans inconvénients. Ainsi, à Berne, en 1509, rapporte Monestier, « le vent violent qui s’éleva écarta les flammes des corps des moines condamnés. Seuls les pieds furent carbonisés et le vent empêcha l’asphyxie. On dut les assommer à coups de bûches ». Le principe du second procédé, beaucoup plus répandu en France durant l’ensemble de l’Ancien Régime, consistait à préparer un haut bûcher autour d’un poteau en ménageant un espace suffisant pour l’y amener et l’y attacher, après l’avoir déshabillé et revêtu d’une chemise soufrée. Ensuite, on bourrait les interstices du bûcher de paille et de branchages jusqu’à un recouvrement total. Enfin, on boutait le feu sur tout le pourtour. Tel fut le sort réservé notamment aux templiers, au tchèque hérétique Jean Hus et probablement à Jeanne d’Arc, contrairement à l’imagerie populaire qui la montre brûler selon la première méthode.

 

 

Pendant les guerres de religion, plutôt que de brûler vif un hérétique, qui mourrait ainsi le plus souvent d’asphyxie, quand il n’était pas étranglé ou assommé avant (retentum), on n’hésitait pas à le faire mourir « à petit feu », en toute conscience, en aggravant sa souffrance. Ainsi, sous François Ier,, on appliqua aux protestants la peine suivante, jusque-là réservée aux militaires. La victime était attachée au sommet d’une perche, elle-même rivée à une haute poutre verticale. On faisait basculer la première jusqu’à ce que le corps plongeât dans le bûcher, puis on relevait aussitôt la bascule et on répétait la manoeuvre de façon à brûler le condamné plus lentement. A Genève, Calvin fit subir ce supplice à Michel Servet, médecin et théologien espagnol. Les spectateurs avaient dû apporter chacun une bûche. La peine atroce est attestée jusque dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle. Quantité de sorcières l’endurèrent aussi, de même que de nombreuses empoisonneuses, dont la célèbre La Voisin, à l’époque de Louis XIV. Egalement Catherine Hayes, en 1777, pour avoir tué et dépecé son mari. La criminelle mit six heures à mourir.

 

La « grillade », à laquelle recourut entre autres le duc d’Albe, et le « rôtissage » à la broche furent d’autres moyens de mise à mort « à petit feu », vraisemblablement plus fréquents lors des conflits fanatiques de la Renaissance qu’au Moyen Age. Quant à la « friture », elle consistait à plonger quelqu’un dans de l’huile, de la poix ou de la résine bouillante. A Angers, on fit « mijoter » ainsi de nombreux calvinistes dans trois grands chaudrons. La mort était longue et atroce. A côté, le plomb fondu était un véritable adoucissant, puisque la mort était alors quasi instantanée.

 

Supplices explosifs

 

L’invention de la poudre permit une cruelle nouveauté imaginée par les protestants, retournée contre eux par les catholiques lors des dragonnades : remplir de poudre l’anus des hommes et le vagin des femmes avec un entonnoir, puis de faire sauter le tout comme une bombe.

 

En 1601, alors à peine âgé de 11 ans, Jean Martin reçut de son père Les Commentaires du Maréchal de France, Blaise de Lasseran, seigneur de Montluc, lieutenant-général et amiral de Guyenne, mais surtout grand pourfendeur de huguenots. La cruauté de ses supplices réjouit Martin, surtout « son invention de bourrer le con des femmes d'une gousse de poudre à canon puis de leur éclater le ventre en y boutant le feu ».

 

Supplice de la scie à corde

 

Dans le Midi, les huguenots réservaient aux « papistes » l’épouvantable peine de mort suivante. Deux bourreaux plaçaient le supplicié dénudé à cheval sur une corde tendue, lui liaient les chevilles sous la corde, lui tenaient les bras, et, tout en le maintenant en équilibre, le faisaient glisser violemment d’un bout à l’autre, aidés par un troisième bourreau qui le poussait derrière, jusqu’à que la victime fût coupée en deux, de bas en haut.