De Brinon à Élisabeth II, l’incroyable origine de l’hymne anglais

De Brinon à Élisabeth II, l’incroyable origine de l’hymne anglais

 

Pendant des siècles, l’Angleterre et la France ont constitué les meilleurs ennemis du monde. Il est très difficile de trouver des traces d’alliance entre ces deux pays au cours du dernier millénaire. En revanche, les voir se battre n’a rien d’unique, ni même d’étonnant. Pensons à la guerre de Cent Ans, la Guerre de Dévolution ou encore celle d’indépendance des États-Unis (sans l’apport crucial français, l’Oncle Sam n’aurait jamais gagné son indépendance en 1783).

Malgré ce désamour profond entre les deux superpuissances européennes, il est possible de trouver certains éléments qui les unissent. L’hymne anglais est l’un de ceux-là. L’ultra populaire « God Save the Queen » est aujourd’hui connu de tous, ne fût-ce que son titre. Les sujets de la Reine Élisabeth II, toujours aussi fans de leur monarchie, le chantent à tue-tête en n’importe quelle occasion. Il suffit de regarder le mariage du Prince Harry en mai 2018 pour s’en convaincre. Pourtant, peu savent que l’hymne qui représente leur pays tire son origine… de l’autre côté de la Manche. Et elle est pour le moins surprenante !

En effet, le « God Save the King » (et sa variante « God Save the Queen » lorsqu’une femme occupe le trône) est introduit en Angleterre par Georg Friedrich Haendel vers 1714. Ce musicien allemand est alors le compositeur officiel de Georges Ier. Le Hallois est présent à Versailles peu avant le décès de Louis XIV et assiste à la visite du monarque à la maison royale de Saint-Cyr. Lorsque le Roi y arrive, il est accueilli par un chant mis en musique par Jean-Baptiste Lully. Haendel n’y reste pas insensible et se hâte de le faire traduire à son retour à Londres. À quelques mots près, et en gardant exactement les mêmes notes de musique en accompagnement, il présente « son » œuvre à Georges Ier. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le souverain anglais l’apprécie ! Le « God Save the King » est dorénavant joué dans toutes les cérémonies officielles qui bénéficient de la présence royale.

Une simple traduction est donc à l’origine du chant le plus connu de Grande-Bretagne, voici déjà une anecdote à raconter pour briller en société. Mais ce n’est rien à côté de ce qui suit : l’origine de toute cette histoire réside dans les fesses de Louis XIV !

Penchons-nous sur le texte français qui a servi de base à Haendel. Il s’agit tout d’abord d’un poème écrit par la Duchesse de Brinon en 1686 en l’honneur du Roi Soleil afin de célébrer la réussite d’une opération subie par le monarque. Lully, comme annoncé quelques lignes ci-dessus, se charge de le mettre en musique afin d’en faire un chant.

Il est vrai que Louis XIV se plaint d’une douleur persistante au cours de cette année 1686. Il appelle son médecin ainsi que des chirurgiens afin de savoir de quels maux il souffre. Le diagnostic est sans appel : l’homme le plus puissant du monde a une fistule anale. Au début, il décide de garder cette information secrète, car il en a honte. Seules les personnes chargées de le soigner sont au courant. Afin de justifier sa démarche de plus en plus étrange, il annonce à ses proches et à sa Cour qu’il souffre d’une tumeur à la cuisse. La douleur devient insupportable et l’empêche de pratiquer l’équitation ou même de s’assoir correctement. Il est obligé de se faire transporter dans ses jardins par des serviteurs sur une chaise à porteurs. Malgré tout, il ne dit rien à personne et continue sa vie comme il le peut. Ce sont finalement ses médecins qui divulgueront la vérité.

Louis XIV se sent alors comme soulagé du poids qui pesait sur lui, mais pas de sa douleur qui ne fait qu’empirer depuis des mois. Il décide donc de se faire opérer et donne la responsabilité à Charles-François Félix de le soigner. Le chirurgien part alors s’entraîner pendant de nombreuses semaines sur des patients pauvres à qui il promet une opération gratuite. La médecine de l’époque étant très peu développée, les premiers « chanceux » à bénéficier de soins sans frais décèdent presque tous. Il est vrai que l’instrument principal utilisé lors des premiers essais est un ancêtre du scalpel composé de deux lames tranchantes placées de part et d’autre d’un bâton. Cela avait pour conséquences d’arracher la fistule bien sûr, mais aussi tout ce qui se trouvait sur son passage. Félix perfectionne alors son outil afin de réduire les dégâts causés au patient au fil des opérations d’entraînement qu’il mène. Enfin, le 18 novembre, il se sent prêt. Dès l’aube, il opère le Roi pendant trois heures. Malgré les risques, tout se passe bien et le monarque absolu guérit rapidement de ses blessures. En guise de remerciement, il offre une somme rondelette à celui qui lui a sauvé la vie.

Et il n’est pas le seul à savourer cette guérison improbable : partout dans le royaume, on la célèbre. La Duchesse de Brinon prend la liberté d’écrire un poème à cette occasion. La suite, vous la connaissez.

 

Auteur : Arnaud Pitout