Des gigantesques tapisseries entre histoire et fantasy : de Guillaume le Conquérant à Game of Thrones

Des gigantesques tapisseries entre histoire et fantasy : de Guillaume le Conquérant à Game of Thrones

Pour les nostalgiques de (Le Trône de fer), la série télévisée la plus diffusée au monde, produite par HBO et inspirée de la saga littéraire de George R.R. Martin, il est dorénavant possible de replonger dans ce fameux univers fantasy et médiéval sur « écran géant », non pas numérique, mais cette fois tissé !

En partenariat avec HBO, Tourism Ireland a décidé de créer en 2017 une géante de la série, exposée depuis le 13 septembre à l’Hôtel du Doyen à Bayeux (en Normandie), en se basant sur la célèbre de Bayeux inscrite à l’Unesco, qui date elle du XIe siècle et met en scène la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant (1027-1087), duc de Normandie et futur roi d’Angleterre. L’exposition se tiendra jusqu’au 31 décembre et la ira ensuite à l’Ulster Museum de Belfast.

Œuvres majestueuses et imposantes, la tapisserie de Bayeux se déroule sur 68 mètres de tissus de lin finement brodé avec des fils de laine, celle de Game of Thrones sur pas moins de 87 mètres ! Attardons-nous plus en détail sur ces objets d’art valant très certainement le coup d’œil…

La Tapisserie de Bayeux ou la Tapisserie de la reine Mathilde

Anciennement appelée la « Telle du Conquest », cette broderie immense aurait été commandée par Odon de Conteville, le demi-frère de Guillaume le Conquérant qui fut évêque de Bayeux de 1049 à 1097, et réalisée dans une école de tissage à Canterbury 10 ans après les événements. Cette œuvre se compose de 58 scènes séquentielles où pas moins de 1500 figures d’hommes, d’animaux, d’arbres, de palais, de châteaux, de bateaux, sont reproduites (636 personnages, 202 chevaux et mules, 55 chiens, 505 animaux de toutes sortes, 37 édifices, 41 vaisseaux et barques, 49 arbres, selon Simone Bertrand).

Œuvre de propagande ? La dimension didactique et moralisatrice qu’elle recèle peut effectivement poser la question puisque le contenu, présentant quelques « licences narratives », vise à légitimer l’invasion normande du « bon » duc Guillaume et du châtiment enduré par le fourbe et « vil » Harold Godwinston – par exemple, la scène 23 qui représente la trahison de son serment, sacré, est un épisode historique fort controversé. La narration linéaire commence avec la mission d’Harold, confiée par le roi Edouard le Confesseur, devant aller en Normandie annoncer la succession de Guillaume comme duc. S’ensuivent les traversées de la Manche, les préparatifs, l’invasion et la victoire du Duc lors de la bataille d’Hastings en 1066.

La richesse de cette broderie, outre son aspect esthétique impressionnant, est surtout sa valeur de témoignage, son apport éclairant concernant le XIe siècle qui est sans équivalent connu : les vêtements, les habitudes et conditions de vie, les édifices, l’architecture, et l’art roman profane de manière générale.

9 siècles plus tard, la naissance de la tapisserie de Game of Thrones

Place aux terres de l’Irlande, siège de Winterfell et des terres du nord ! Si les scènes de tournage se sont aussi déroulées en Islande, Croatie, Espagne, à Malte et au Maroc, l’essentiel fut tourné en Irlande. Basée sur le modèle de la tapisserie brodée de Bayeux, celle de Game of Thrones a été confectionnée avec des méthodes « un peu plus » modernes : « Une équipe de 6 dessinateurs a représenté les différentes scènes, à l'aide d'ordinateurs, qui ont été approuvées par HBO et les scénaristes de la série avant qu'une autre équipe de 8 personnes ne réalise le tissage entièrement à la main », explique Valérie Wilson, conservatrice de costumes et textiles aux Musées nationaux d'Irlande du Nord. « Ils ont utilisé de la laine moderne, bien sûr, mais ont pris soin d'utiliser des techniques ancestrales et un métier Jacquard », de même, c’est du lin provenant de l'une des dernières fabriques d'Irlande du Nord qui a été utilisé.

Histoires de pouvoir, de rivalités familiales pour hériter du trône, de château, ou d’autre territoire, ces deux œuvres nous content des affaires de trahison, des exploits militaires, représentent des blasons, des champs de bataille, des scènes de navire, de couronnement, de préparation de banquets, dont les dénouements diffèrent bien évidemment…

Sur une structure linéaire, les tapisseries se déroulent avec 3 niveaux de lecture : une scène centrale avec les protagonistes principaux, ainsi que deux petites bandes d’encadrement donnant une visibilité aux animaux pour la plupart fantastiques et aux autres figures symboliques de ces sagas.

Cette deuxième œuvre brodée reprend les 70 heures de la série épique et donc les scènes les plus marquantes et intenses – pour ne pas dire traumatiques – des 8 saisons (comme Les noces pourpres ou La Bataille de la Nera) ; pour citer le commentaire de Finola O’Mahony, la directrice Europe de Tourism Ireland : « Du fief de Winterfell aux Îles de Fer, ces paysages dramatiques auréolés de mystère sont merveilleusement retranscrits sur cette œuvre insolite ». Feu grégeois, dragons, magie, meurtres, sexe et violence, le fameux bleu glacial des Marcheurs Blancs,… rien ne manque. Valerie Wilson précise que « La couleur qu’on a le plus utilisée pour les broderies ? C’est le rouge ! » – Devons-nous feindre la surprise ? Les fans comprendront…

Véritable objet d’art, la tapisserie de Game of Thrones a remporté 7 Awards publicitaires !

Mélanie Castermans