Editions Jourdan sur Amazon.fr

Hollywood ne connait pas la crise

La fin des années 1920 constitua une période de transition pour . Entre la disparition du muet et le krach de 1929, de nombreuses carrières furent anéanties du jour au lendemain. Les studios, de leur côté, étaient sur le point d’asseoir leur dominance sur l’industrie cinématographique mondiale grâce à leur système infaillible mêlant contrôle total sur les stars et collusion avec la presse, les autorités et la mafia.

Dans les années 1930, chaque grand produisait des dizaines de films par an et fonctionnait comme une ville miniature avec ses ouvriers, ses coiffeurs, ses dentistes, ses écoles et même sa caserne de pompiers. La MGM, plus puissante de production de toutes, disposait aussi de son propre embranchement de chemin de fer. Profitant des manquements du droit californien des contrats, les studios géraient leur empire d’une main de maître et ne laissaient aucun choix à leurs employés, qu’ils soient scénaristes, réalisateurs ou acteurs. La loi californienne limitait la durée de tout contrat à sept ans, en théorie du moins, car les producteurs avaient plusieurs astuces à leur disposition pour obtenir ce qu’ils voulaient de leurs salariés, en particulier leurs comédiens. La MGM parvint à garder l’ Joan Crawford sous ses ordres pendant dix ans avec un seul contrat dans la plus parfaite légalité. En effet, quand un studio souhaitait profiter plus longtemps d’une , il lui envoyait un ou plusieurs mauvais scénarios que celle-ci, en droit de demander mieux, refusait. Devant tant d’ingratitude, le se voyait contraint de suspendre l’acteur ou l’ pendant quelques mois, sans lui verser le moindre sou, bien entendu. Ni la fréquence ni la durée de ces suspensions n’étaient couvertes par la loi, ce qui donnait les pleins pouvoirs aux employeurs et obligeait tous les artistes à plier, sans exception, car ceux qui se battaient pour rompre leurs contrats ne trouvaient plus de travail par la suite. Tous les studios fonctionnaient de la même manière et les acteurs « rebelles » n’étaient jamais les bienvenus, peu importe leur renommée. D’ailleurs, si ces mêmes studios pouvaient décider de rompre n’importe quel contrat au bout de six mois, ce qui arrivait souvent aux jeunes actrices à qui on avait promis une vie sous les feux des projecteurs, les employés ne jouissaient évidemment pas de la même prérogative.

Lorsque la Warner suspendit son contrat pendant trois mois après plusieurs refus successifs, Bette Davis s’exila en Angleterre, bien décidée à continuer à travailler. Quand son studio la rappela à l’ordre, stipulant la clause qui lui interdisait de s’envoler vers d’autres cieux, la star attaqua son employeur en justice et se tourna vers d’autres maisons de production, mais elle déchanta très vite. Dès l’annonce du procès, les studios hollywoodiens se mirent à la fuir comme la peste, craignant à juste titre que si elle gagnait, tous les acteurs se mettraient à demander de meilleures conditions de travail. Quand Davis perdit la procédure, ils la mirent officiellement sur liste noire. Contre toute attente, le combat de Bette Davis porta tout de même ses fruits, car Jack Warner, son patron, décida de la garder sous contrat, de payer ses frais de justice et de lui offrir de meilleurs rôles, prouvant que tous les producteurs n’étaient pas des monstres sans cœur.

Editions Jourdan sur Amazon.fr

Le salaire de base d’un acteur était de cinquante dollars par semaine, quarante semaines par an, les douze semaines restantes comptant comme une période de congés impayés.

Avec cette somme, tout comédien, qui avait déjà l’obligation d’être toujours impeccablement habillé et maquillé, devait se loger et se nourrir. Les acteurs et actrices étaient également soumis à une clause qui les obligeait à faire attention à leur poids et, selon Irene Mayer, la fille de Louis B. Mayer, on allait jusqu’à donner des vers à certaines jeunes filles pour les aider à maigrir. À la MGM, l’implication du studio dans la vie privée de ses stars était telle que le bureau de production disposait même d’un tableau reprenant les cycles menstruels de chaque actrice. Ainsi, le studio évitait d’appeler ses vedettes féminines lorsqu’elles étaient indisposées.

L’élégance était le propre des stars et à Hollywood, il était d’usage, pour les aspirants acteurs, de porter un costume ou une robe de haute couture simplement pour donner l’illusion que leur se portait à merveille. Toutefois, avec 2 000 dollars par an, boucler les fins de mois se révélait souvent difficile, en particulier parce que durant les douze semaines de vacances imposées, les artistes n’avaient pas le droit de travailler pour un autre employeur, qu’il appartienne au domaine du cinéma ou non. Pour de nombreuses jeunes actrices, se prostituer devenait dès lors le meilleur moyen de payer son loyer. D’après Ava Gardner, il ne s’agissait que d’un petit don de soi. La plupart d’entre elles n’y voyaient aucun mal, car elles gagnaient bien mieux leur vie que devant une caméra. À tel point que bon nombre de ces jeunes filles, se rendant assez vite compte qu’elles ne perceraient jamais à Hollywood, abandonnaient leur rêve pour se lancer à plein temps dans la prostitution. Dans les années 1930, la MGM tenait le Mae’s, un lupanar où les filles ressemblaient toutes à des stars du grand écran comme Marlene Dietrich ou Jean Harlow. Le studio, dans sa mansuétude, avait chargé l’actrice Billie Bennett de tenir son lieu de mauvaise vie. D’autres maisons closes accueillaient régulièrement de grands noms comme Clark Gable ou Spencer Tracy, et dépensaient jusqu’à 40 % de leurs bénéfices pour convaincre les autorités de fermer les yeux sur leurs pratiques. Toutefois, quand les tenanciers de ces ne se montraient pas assez généreux, la effectuait une razzia qui mettait un terme à leurs activités. Pour celles qui ne souhaitaient pas se prostituer, la pornographie représentait une autre façon de gagner un peu d’argent. Joan Crawford tourna d’ailleurs un film érotique lorsqu’elle n’était encore qu’une inconnue. Une fois l’actrice devenue célèbre, la MGM, grâce à ses moyens financiers et ses liens avec la mafia, parvint à empêcher la distribution du film, bien que quelques copies fussent gardées pour des projections privées aux domiciles des cadres du studio.

Lorsqu’un acteur accédait enfin au statut de vedette, il pouvait enfin prétendre à un salaire digne de ce nom : entre 1 000 et 2 000 dollars par semaine, une fortune dans les années trente ! Toutefois, leur train de vie se devait de refléter leur célébrité, c’est pourquoi les studios leur procuraient de magnifiques villas avec une ribambelle de domestiques et les encourageaient à dépenser sans compter.

Un salaire de roi ne suffisait donc pas toujours… Ce n’était pas un problème pour les producteurs, qui prêtaient allègrement de l’argent aux acteurs en manque de moyens.

Quoi de plus efficace qu’assurer leur dépendance financière pour garantir leur loyauté ?

Recevez chaque mois un e-book "HISTOIRE" en vous inscrivant gratuitement à notre lettre d'information.

À lire sur tous les supports électroniques.

Inscription réussie, merci !

Retour haut de page