La dispute de la gauche autour des cendres de Jean Jaurès

Episode cocasse : le retour des cendres de Jaurès au Panthéon donne lieu à une » grand-messe de la gauche » qui va tourner au vinaigre. François Mitterrand qui connaissait ses classiques va inaugurer sa victoire du 10 mai 1981 au même endroit !

Le 31 juillet 1924, dix ans jour pour jour après l’assassinat de Jaurès, un projet de loi de panthéonisation est adopté à l’Assemblée et au Sénat. Ce geste de rassemblement tendait à recréer la fameuse union sacrée de la gauche en juillet 1914.

Mais depuis la scission de la SFIO au congrès de Tours de 1921, socialistes et communistes sont séparés. Dès lors, le PCF dénonce la récupération.

Le député communiste Renaud Jean vitupère contre « la confiscation du corps de Jaurès par le Cartel aux dépens des travailleurs ».

Le jour du transfert des cendres le 23 novembre 1924, le gouvernement d’Édouard Herriot opte pour la pompe républicaine avec danseuses en tulle devant le catafalque posé aux pieds des colonnes du palais Bourbon.

Mais pendant que le cortège officiel se dirige vers le Panthéon, un défilé communiste musclé montre sa force, rue Soufflot. A sa tête les leaders, Marcel Cachin, Albert Treint et Paul VaillantCouturier, haranguent la foule. Les slogans sont bien éloignés de l’Union sacrée de la gauche réalisée dix ans plus tôt autour de la dépouille de Jaurès. Il s’agit d’appels non déguisés à la révolution. Vaillant-Couturier proclame :

« En défilant devant le Panthéon, saluez, avec le souvenir de Jaurès, l’un des plus sanglants combats de la Commune. La bourgeoisie de Versailles est toujours au pouvoir. Vous ne l’en chasserez que les armes à la main » (l’Humanité, 24 novembre 1924).

Après cette démonstration de force, la SFIO réplique le même jour par la voix du journal Le Peuple :

« La rupture est désormais complète entre les démocrates et les socialistes, unis pour réaliser l’idéal de Jaurès, et les agents de Moscou, auxiliaires de toutes les réactions. …] Ces gens-là n’ont rien de commun ni avec le véritable peuple, ni avec la pensée de Jaurès. Qu’on les laisse désormais à leur triste rôle. Nous n’avons rien de commun avec eux. »

Chaque partie de la gauche voulait donc reprendre l’héritage de Jaurès, élevé au rang de martyr de la paix, sinon en véritable » Christ de la gauche ».

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