« Les Matines brugeoises » : quand les cadavres bouchaient les rues

« Les Matines brugeoises » : quand les cadavres bouchaient les rues

Philippe le Bel s’inquiéta de voir se détacher de la France son puissant et riche comté de Flandre, aux villes drapières prospères, qui s’est rapproché de l’Angleterre pour des raisons économiques. Aussi y envoya-t-il une armée, fit prisonnier son comte, Guy de Dampierre, et imposa le dur gouvernement de Jacques de Châtillon. Les maladresses de ce dernier provoquèrent, les 17 et 18 mai 1302, la révolte dénommée « Occision de Bruges », plus tard « Matines brugeoises ».

Les troupes de la garnison française furent surprises en plein sommeil par les « Klauwaerts » (« hommes de griffes », griffes du lion, animal figurant sur les armoiries de Guy de Dampierre), Brugeois émigrés restés fidèles à Guy de Dampierre. Sous le commandement de Pierre de Coninck, ils réussirent à s’introduire en ville à l’aube du 18.

Ils massacrèrent tous ceux qui ne pouvaient exprimer correctement le mot de passe, « ‘s gilden vriend » (« ami des gildes », et non « schild en vriend », « bouclier et ami », cité traditionnellement), si difficile à prononcer pour les Français. On jeta tant de cadavres dans les rues obscures qu’on y avançait avec peine. Comme les rescapés de cette action essayaient de quitter la ville sous des déguisements, les Flamands se postèrent aux portes de l’enceinte pour poser la même question à quiconque voulait passer. Le gouverneur Jacques de Châtillon réussit malgré tout à fuir, abandonnant sur place 1500 morts et une centaine de prisonniers.