Louis XVII : le calvaire d’un Dauphin de France

Louis XVII : le calvaire d'un Dauphin de France

Né à Versailles le 27 mars 1785, fils de Louis XVI et de Marie-Antoinette, dauphin en 1789, l’enfant fut enfermé avec sa famille au Temple à Paris le 13 août 1792. Après l’exécution de son père, il fut arraché à sa mère, en juillet 1793, et isolé dans une cellule. Les puissances étrangères le reconnurent roi de France et maintes révoltes populaires dirigées contre la Convention s’organisèrent en son nom (Vendée, Bretagne, Normandie, Provence). En 1795, l’enfant succomba au manque d’hygiène de ses conditions de détention, à l’âge de 10 ans, et fut enterré dans l’anonymat. Très vite, on prétendit qu’il n’était pas le fils de Louis XVI. Les doutes émis sur son identification suscitèrent de nombreuses impostures dont la plus célèbre fut celle de Naundorf.

 

 

Épouvantables conditions de détention

 

Dans ses rapports de visite, le docteur Pelletan a noté que la cellule de l’enfant était très étroite, sombre et suintante d’humidité, à tel point que les bois de la porte avaient gonflé et qu’il fallait soulever l’énorme battant pour l’ouvrir. Le mobilier se réduisait à une table en bois et un lit. Pour déjeuner, à 8 heures – ajoute-t-il –, il recevait toujours le même pitoyable repas :

« Quelques fruits avariés ou trop secs et un peu de lait qui s’agitait inutilement au fond d’un bol ébréché. Comme il (le garde Lasne) en avait l’habitude, il déposa le plateau à même le sol avant de s’avancer presque à tâtons vers la porte. […] Le gardien vit que le plateau de la veille était toujours à la même place, au bas du lit. Les assiettes n’avaient pas bougé, tout était en ordre mais le prisonnier n’avait rien mangé. […] Les cheveux de l’enfant n’avaient pas été coupés depuis longtemps et des boucles sales glissaient un peu partout… » Les conclusions de l’inspecteur étaient péremptoires : « … il faut absolument transporter le prisonnier dans une autre pièce. Toutes ces grilles, ces serrures en mauvais état, et aussi l’absence de lumière, aggravent la santé morale de l’enfant. »

 

 

Ces conditions épouvantables ne privèrent pas pour autant celui-ci d’un certain sens de l’humour. Un jour, le cordonnier Simon lui posa cette question : « Capet, si les royalistes te délivraient, que ferais-tu ? » Il répondit : « Je vous pardonnerais ! »

 

 

Au printemps 1795, il n’était plus seul dans ce cachot. Chaque soir, toujours au même endroit de la cellule éclairée par la lumière provenant de l’antichambre, venait se blottir une souris grise. Sa présence était comme sa raison d’être. Chaque soir, il l’attendait. Loin d’effrayer le jeune prisonnier, elle partageait son repas du soir. En dehors de ce moment privilégié, l’avenir n’était assuré que par quelques bruits d’autres rongeurs, dans le silence des murs. Il ne quitta cette cellule que peu avant sa mort, lorsqu’il fut transféré dans le salon occupé par sa famille, dans la prison du Temple, avant son incarcération.

 

 

Sort du corps, vicissitudes du cœur

 

C’est là que, le 8 juin 1795, en début d’après-midi, l’enfant désigné par son acte de décès comme « Louis-Charles Capet » décéda. Après avoir disséqué le cadavre, le 9 juin 1795, trois médecins signèrent le procès-verbal de l’autopsie, attribuant sa mort à un « vice scrofuleux existant depuis longtemps », comme la tuberculose osseuse qui avait emporté son frère. Le docteur Pelletan resta auprès de la dépouille pour remettre en ordre le corps défait, replacer un à un les viscères, recoudre la poitrine déchirée, le tout avant l’inhumation secrète. Il posa un regard nostalgique sur le petit cœur, déposé sur la table, le roula dans du son et le camoufla dans un mouchoir, qu’il enfouit en poche. Quand les médecins quittèrent le Temple, à cinq heures, personne ne s’était aperçu de l’évasion du cœur du dernier Capet. Il le conservera dans un bocal d’alcool qu’il cachera durant la période révolutionnaire, derrière des livres de sa bibliothèque.

 

Acte de décès de Louis XVII

 

Le lendemain, le cercueil fut amené au cimetière de l’église Sainte-Marguerite, pour être enfoui dans la fosse commune des indigents, en présence de rares témoins. Pas même une dalle ou un tertre pour signaler la présence du corps. Il n’y aurait bientôt plus de traces, ni d’empreintes. Le mystère de Louis XVII venait d’éclore. Comme il manquait des preuves pour affirmer avec certitude que l’enfant autopsié était bien Louis XVII, on évoqua une évasion, un décès prématuré, la substitution d’un autre enfant. De 1812 à 1845, plus de trente « faux dauphins » prétendirent être Louis XVII.
Pendant tout ce temps, le cœur passa de main en main, de pays en pays, de testaments en testaments, traversa miraculeusement la Révolution et les siècles, pour enfin être remis – par la princesse Marie-des-Neiges Massimo, installée à Rome – le 10 avril 1975, au duc de Bauffremont, président du Mémorial de France à Saint-Denis.

 

 

Les tests génétiques réalisés par deux laboratoires différents (Universités de Louvain et de Münster) sont formels : les fragments du viscère, aux tissus desséchés et pétrifiés, prélevés dans la crypte royale de Saint-Denis le 15 décembre 1999, sont bien ceux d’un enfant de cinq à douze ans et d’un descendant de Marie-Antoinette. Une fraction de moins d’un demi-gramme a suffi pour prélever l’ADN utile, qui a ensuite été confronté avec celui prélevé sur une mèche de cheveux authentiques de sa mère, puis sur deux de ses sœurs et deux membres actuels de la famille. Les résultats concordaient pour révéler au public, en avril 2000, que le petit garçon mort à la prison du Temple en 1795 était bien le dauphin et non un substitut. Le précieux reliquaire contenant le cœur fut déposé dans la crypte des Bourbons le matin du 8 juin 2004 au cours d’une cérémonie officielle qui rassembla 1 600 personnes.

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