On ne brûle plus les sorcières…

On ne brûle plus les sorcières...

A-t-on définitivement refermé le couvercle de la « marmite aux sorcières » ?

 

Épisodiquement, des faits divers nous rappellent qu’en différents endroits de la planète, et parfois jusque dans nos campagnes, des pratiques et des rituels de possession et d’envoûtement ont survécu au Moyen Âge. L’exorciste officiel de l’évêché de Paris reçoit encore chaque mercredi de 20 à 30 personnes qui se croient « ensorcelées ». La plupart d’entre elles relèvent évidemment de la psychiatrie ou sont tout simplement victimes de dépression nerveuse.

 

La sorcellerie n’est pourtant, d’après les ésotéristes, que l’enfant pauvre et dépravé de la magie. Le magicien prétend être celui qui commande aux forces de l’univers. Le sorcier n’est qu’un serviteur du Diable, cherchant à manipuler les forces obscures du mal, mais qui ne peut pas toujours maîtriser les maléfices qu’il provoque, le plus souvent dans la cervelle délabrée d’individus frustres et influençables.

 

Le sorcier ne fait souvent que perpétuer, à coups de formules cabalistiques et de philtres qui n’ont de magique que le nom, les rites et les superstitions d’un paganisme primitif, que les religions n’ont pas réussi complètement à éradiquer des croyances populaires.

 

Sorcellerie pas morte

 

Historiquement, les poussées de sorcellerie ont toujours coïncidé avec des périodes troublées : guerres, épidémies, perte de repères dans une société en crise. Son meilleur terrain a toujours été la misère morale et la pauvreté, l’insécurité et la peur. Le propriétaire d’une librairie parisienne, spécialisée dans les ouvrages sur la démonologie, confirme « Il y a un retour en force de l’occultisme et de l’ésotérisme. Les traités d’alchimie prolifèrent, de nombreux livres de magie sont réédités, doublant parfois leur tirage précédent. Les ouvrages les plus classiques de la sorcellerie sont toujours le Grand et le Petit Albert, La Poule noire et Le Dragon rouge… ».

 

Dans bon nombre de villages de la France profonde, la sorcellerie fait encore partie de la vie quotidienne. Si vous tombez malade, si vos vaches crèvent, pas de doute : vous êtes la victime d’un mauvais sort. Sorciers et rebouteux, à la fois jeteurs de sorts et désenvoûteurs, sont à votre disposition, leur négoce polyvalent pouvant répondre à toutes les demandes d’une clientèle crédule.

Hiboux, crapauds et philtre d’amour…

 

Mais il semble bien toutefois qu’on soit loin désormais des abominations et des outrances du Moyen Âge et de l’Inquisition, marqués par des affaires aussi sordides que les crimes de Gilles de Rais, l’affaire des poisons, les possédés de Loudun. Les sabbats dans les clairières au clair de lune se font rares. Les chaudrons fumants, les hiboux sur l’épaule, les crapauds dans la poche, les philtres d’amour, les épingles et les poupées de cire, les balais qu’on enfourche, les poules qu’on égorge au 12e coup de minuit, tout cet attirail répertorié dans les vieux grimoires sont tombés, on peut l’espérer, en désuétude, si l’on excepte quelques variantes exotiques, tels que le vaudou qui continue à (très) bien se porter.

 

D’impossibles bonheurs

 

Dans nos pays civilisés, de nombreux charlatans continuent cependant à promettre des retours d’affection et autres impossibles bonheurs en mystifiant leur clientèle avec des rites d’un autre âge. Les naïfs en seront pour leurs frais. Chez nous, il y a belle lurette qu’on ne brûle plus les sorcières, même si, de temps à autre, on parle encore de « mauvais œil ». Aujourd'hui, il arrive encore à l’occasion que la justice des hommes dirige vers l’asile psychiatrique un « jeteur de sorts » malveillant ou un gourou abusif dont les conseils imprudents ont provoqué un drame. De nos jours, la bêtise humaine se punit moins qu’elle ne se soigne.