Vera Atkins, l’espionne britannique qui a inspiré Miss Moneypenny dans James Bond

Vera Atkins en poste avec des enquêteurs sur les crimes de guerre, dont Stephen Stewart (au fond à droite), Bad Oeynhausen, 1946

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, Vera Atkins a recruté et entraîné des centaines d’agents secrets destinés à combattre les nazis pour le service secret britannique Special Operations Executive (SOE – direction des opérations spéciales).

Officière d’origine roumaine dans les services de renseignement britanniques pendant la Seconde guerre mondiale, Vera Atkins laissait rarement paraître ses émotions et était réputée exigeante et très attentive dans la sélection de ses recrues.

Elle a effectué de nombreuses tâches en tant qu’espionne, y compris le recrutement, l’entraînement et la planification des opérations en France – et elle est parvenue à déchiffrer des messages codés allemands que personne d’autre n’avait pu décrypter. Ses exploits ont été si impressionnants que l’écrivain Ian Fleming s’en est inspiré pour créer le personnage « M » dans ses romans de James Bond.

Vera Atkins était également connue pour la tendresse et le respect dont elle faisait preuve avec ses agents. Lorsque 118 d’entre eux ont été portés disparus après la guerre, Vera Atkins s’est lancée à leur recherche – et elle les a presque tous retrouvés.

Voici son incroyable histoire.

Vera Atkins, née Vera Maria Rosenberg.

Son parcours pour devenir espionne

C’est en 1908 qu’est née Vera Atkins en Roumanie, d’un père d’héritage germano-juif et d’une mère britannique. Durant son enfance, elle a vécu dans une grande propriété à Bucarest. Elle a plus tard suivi des cours à Paris où elle a étudié les langues modernes puis s’est formée dans une école de secrétariat à Londres. Elle ne s’est jamais mariée et n’a eu aucun enfant.

Toutefois, c’est dans sa ville natale et cosmopolite de Bucarest qu’elle est entrée en contact avec divers diplomates, dont un ambassadeur roumain antinazi qui l’a guidée sur la voie de l’espionnage. Les diplomates qu’elle a rencontrés l’ont également soutenue lorsqu’elle a demandé la nationalité britannique.

Elle est restée en Roumanie pour travailler en tant que traductrice dans une entreprise pétrolière jusqu’en 1937. Cette année-là, elle s’est rendue en Grande-Bretagne à cause du climat politique de son pays à la fin des années 1930, qui était devenu considérablement plus fasciste et antisémite.

Lorsque l’armée allemande a envahi la France en 1940, Vera Atkins s’est trouvé une place dans la lutte contre le nazisme en rejoignant la section française du SEO, un groupe de résistance clandestin qui faisait partie des services de renseignement britanniques.

Créée par le Premier ministre britannique Winston Churchill en 1940, l’organisation – aussi connue sous le nom de « l’armée secrète de Winston Churchill » – élaborait des missions d’espionnage, de sabotage et de reconnaissance en Europe occupée contre les forces de l’Axe grâce à leurs tactiques et agents secrets.

Vera Atkins est d’abord engagée en tant que secrétaire, mais elle est rapidement montée en grade, jusqu’à devenir officière de renseignements en chef de la division française, juste après son supérieur, le colonel Maurice Buckmaster.

Des agents féminins du SOE

Son travail inestimable pour le SOE

Elle était assignée au recrutement et à l’envoi des agents secrets, coursiers et radiotélégraphistes en France. Elle organisait ses entrevues avec des futurs agents potentiels dans des chambres d’hôtel différentes et les prévenait des dangers qu’impliqueraient leur travail, en précisant que le taux de survie s’élevait à 50% seulement.

S’ils se faisaient prendre, d’intenses tortures les attendraient probablement, suivies de leur exécution.

Une fois les agents briefés et engagés, l’agent Atkins les entraînait en vue des prochaines opérations. La formation comprenait tout depuis les détails de l’espionnage jusqu’à la manipulation des explosifs, et la manière de vivre en France sans éveiller les soupçons.

Les recrues venaient de toutes les sphères de la société, hommes et femmes, des avocats aux classes supérieures. Se trouvaient parmi eux des chauffeurs de taxi et des écrivains, mais ils avaient tous en commun leur français impeccable et leur courage.

Vera Atkins prenait son rôle très à cœur. Elle aurait travaillé 18 heures par jour, notamment pour affiner les compétences des recrues, leur fournir des vêtements et des équipements adéquats, ainsi que constater l’authenticité des documents.

Lorsque l’entraînement touchait à sa fin, Vera Atkins invitait ses recrues à prendre le « thé ». Elle leur assignait en fait leur mission et des papiers d’identité. Elle escortait ensuite elle-même chaque agent jusqu’à l’aérodrome secret et les regardait quitter la Grande-Bretagne, souvent pour la dernière fois.

Elle a ainsi envoyé plus de 400 agents. Plus d’un quart d’entre eux ne sont jamais revenus. Un jour, en parlant d’eux, elle a déclaré :

« Les gens ordinaires cachent parfois des forces insoupçonnées. Pour ceux-là, il était indéniable que le nazisme devait disparaître. Ils ont pris des risques en considérant faire leur devoir ; leur sacrifice était volontaire ».

La fin du SOE et ce qui a inspiré la Moneypenny de « James Bond »

Elle a travaillé pour le SEO jusqu’à la fin de guerre. Malgré le soutien de Winston Churchill, l’organisation fut démantelée lorsqu’il a été remplacé à sa fonction de Premier ministre en 1945.

Les pertes de tant d’agent durant la guerre ont hanté Vera Atkins pendant des années. « Je ne pouvais pas simplement abandonner leur mémoire, » a-t-elle plus tard déclaré. Lorsque le SEO a été démantelé, 118 agents étaient portés disparus.

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Rongée par la culpabilité, l’agent Atkins a garanti aux familles que chacun des agents serait à terme officiellement reconnu par le gouvernement britannique, et elle est parvenue à retracer ce qui leur était arrivé, sauf pour un.

Elle a analysé méthodiquement de nombreuses pistes et ainsi que les rapports de témoins oculaires afin de récupérer ses recrues disparues. Telle une professionnelle, elle a enquêté dans les camps de concentration, interrogé les survivants et les criminels de guerre, et elle a assisté aux procès pour les crimes de guerre.

Ainsi, elle a appris qu’au moins quatre des agents capturés avaient été brulés vifs. Toutefois, elle n’a pas souvent mentionné les horreurs qu’elle avait découvertes.

Au début des années 1950, l’auteur Ian Fleming commence à publier la série James Bond, dans laquelle on retrouve un personnage nommé « M » et sa secrétaire, Miss Moneypenny. On pense qu’ils ont tous les deux été largement inspirés par Vera Atkins et son supérieur, Maurice Buckmaster.

L’auteur était à la fois journaliste et officier britannique dans les services de renseignement naval pendant la Seconde guerre mondiale. Il est donc rentré en contact avec plusieurs personnes impliquées dans l’espionnage qui figureront dans sa fiction, y compris Vera Atkins, qu’il a bien connue.

Ian Flemming aurait admiré de nombreuses choses en elle, notamment son caractère fort et son affection particulière pour ses agents, deux traits de caractères qu’il attribuera à Miss Moneypenny.

Le 24 juin 2000, Vera Atkins décède à Hastings, au Royaume-Uni. Elle aura dirigé une armée d’intrépides agents pour le bien et inspiré une légion de fans dans le monde entier.

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