Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt, un combat pour l’égalité des sexes

Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt, un combat pour l'égalité des sexes

Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt n’est pas, comme son nom pourrait l’indiquer, une jeune fille issue de la bonne bourgeoisie française. Vachère dans le Luxembourg belge, fille d’un fermier seulement un peu plus fortuné que la moyenne, son instruction est rudimentaire. Anne-Josèphe est l’aînée d’un premier mariage et se voit rapidement considérée comme une seconde mère, responsable de la bonne gestion du ménage. Elle quitte cependant rapidement la ferme familiale pour être envoyée au couvent où elle apprend à lire et à écrire.

 

Très vite, elle côtoie la bourgeoisie citadine. Elle parfait son éducation en tant que dame de compagnie dans la bonne société anversoise. Sa maîtresse l’apprécie et l’emmène à Londres.
Anne-Josèphe séduit un jeune Anglais qui l’abandonne cependant cinq ans plus tard, lorsqu’elle a 20 ans. Mais qu’importe !

 

 

Les années qui suivent mettent à mal la moralité de cette jeune femme indépendante. Le marquis de Persan, maître des requêtes au Parlement de Paris, tombe littéralement amoureux d’Anne-Josèphe et lui verse une généreuse rente. Libre de ses mouvements, Anne-Josèphe mène alors une vie de bohème, évoluant dans un milieu artistique peu recommandable.
Entichée de son professeur de chant, Tenducci, Anne-Josèphe rejoint une troupe et part en tournée en Europe.

 

En 1789, Anne-Josèphe se produit à Rome et apprend les événements dont est en proie Paris. Elle n’hésite pas à abandonner sa troupe pour prendre la direction de la capitale française et voir de ses propres yeux ce qu’on vient de lui expliquer. L’ouverture des États-Généraux marque son arrivée et son enthousiasme est décuplé.

 

Elle ne vit bientôt plus que pour ces événements historiques. Le 14 juillet, elle observe avec attention la prise de la Bastille, mais reste en retrait. Son éducation politique débute lorsqu’elle assiste à la visite de Louis XVI à l’Hôtel de Ville. Cette visite est décisive. Anne-Josèphe n’est alors qu’une spectatrice parmi tant d’autres et ceci ne lui suffit plus : elle veut agir.

 

Comment ? En mettant à disposition ses appartements afin de permettre les rencontres et débats entre révolutionnaires. Elle va jusqu’à créer un cercle de propagande et c’est également à cette époque que son projet d’une armée de femmes participant au même titre que les hommes germe en elle. Bien qu’elle n’ait pas toujours fait l’unanimité, elle a été considérée par de nombreux historiens comme une muse du féminisme de la Révolution, surnommée « La belle Liegeoise » par ses camarades.

 

 

Cette guerrière dynamique n’assiste pourtant que de loin aux empoignades. Accusée entre autres d’assassinat, Anne-Josèphe quitte Paris et se réfugie en Belgique.
Mais elle est arrêtée par les Autrichiens pour fait d’espionnage et retenue à Kufstein lors de l’occupation autrichienne de janvier 1792. Charmeuse, elle convainc son geôlier de la libérer et s’enfuit rapidement vers Paris, ruinée mais triomphante. Elle n’a pas renoncé à son projet de participation active féminine. Mais son rêve semble irréalisable.

 

Cependant, elle continue à faire valoir ses idées avec modération et non pas comme l’hystérique que l’imaginaire collectif a voulu décrire.
À 32 ans, Anne-Josèphe semble affaiblie physiquement et intellectuellement, ses propos sont confus, ses idées ne sont plus aussi brillantes qu’auparavant. Elle se retire donc. Son état s’aggrave alors de façon fulgurante, elle est reconnue comme démente en septembre 1794 et hospitalisée en décembre. Son agonie, lente et triste, est qualifiée de répugnante – elle se nourrit d’immondices et d’eau des égouts. Le 9 juin 1817, après de nombreux transferts d’asile en asile, Anne-Josèphe s’éteint à l’âge de 55 ans, sans avoir pu relever son défi : rendre totalement égaux les femmes et les hommes lors de la Révolution française.

 

Anne-Josèphe Théroigne de Méricourt donne aujourd’hui son nom a un prix décerné par le Conseil des femmes francophones de Belgique, récompensant une femme ou un groupe de femmes servant la cause de l’égalité entre les deux sexes.

 

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