Bain de sang à Jérusalem

Bain de sang à Jérusalem

Quand, le mardi 7 juin 1099, les croisés parvinrent sous les murailles de Jérusalem, commença un massacre extraordinaire. Guillaume de Tyr raconte :

« Les princes, après avoir cruellement mis à mort dans les divers quartiers de la ville tous ceux qu'ils rencontraient sous leurs pas et ayant appris qu'une grande partie du peuple s'était réfugiée derrière les remparts du temple, ils y coururent tous ensemble, conduisant à leur suite une immense multitude de cavaliers et de fantassins, frappant de leurs glaives tous ceux qui se présentaient, ne faisant grâce à personne, et inondant la place du sang des Infidèles ; ils accomplissaient ainsi les justes décrets de Dieu afin que ceux qui avaient profané le sanctuaire du Seigneur par leurs actes superstitieux, le rendant dès lors étranger au peuple fidèle, le purifiassent à leur tour par leur propre sang, et subissent la mort dans ce lieu même en expiation de leurs crimes. On ne pouvait voir cependant sans horreur cette multitude de morts, ces membres épars jonchant la terre de tous les côtés, et ces flots de sang inondant la surface du sol. Il était dès lors devenu impossible de marcher sur la terre ferme sans toucher un cadavre. Il régnait dans la ville une telle odeur qu'il était devenu impossible de respirer. [...] La ville présentait en spectacle un tel carnage d'ennemis, une telle effusion de sang, que les vainqueurs eux-mêmes ne pouvaient être frappés que d'horreur et de dégoût. »

Son témoignage est tardif, mais celui du témoin suivant, comme celui de Godefroy de Bouillon écrivant au pape, et de bien d'autres, n'est pas moins effrayant : lorsque le chevalier de Liétaud escalada le mur de la ville, « tous ses défenseurs s'enfuirent à travers la cité, et les nôtres les suivirent et les pourchassèrent en les tuant et les sabrant jusqu'au temple de Salomon, où il y eut un tel carnage que les nôtres marchaient dans le sang jusqu'aux chevilles ». Dix mille Sarrasins auraient été tués. Les femmes et enfants ne furent pas épargnés. Des milliers de cadavres s'amoncelaient, les guerriers pataugeaient dans le sang et en étaient éclaboussés sur tout le corps. L'odeur enivra les croisés de Godefroy de Bouillon, de Raymond de Saint-Gilles, de Bohémond de Tarente...

Les chroniqueurs justifient l'horreur par le fanatisme : les croisés « purifient » ainsi les lieux saints qu'ils jugeaient « pollués » par les Infidèles. Enfin, « lassés de tuer », les croisés entrèrent au Saint-Sépulcre pour rendre grâce à Dieu. Le 5 octobre, ils découvrirent une partie des reliques de la Vraie Croix. Un miracle ne venant jamais seul, ils trouvèrent encore l'énergie de partir à la rencontre d'une importante armée égyptienne venue reprendre la ville et la mirent en déroute le 12 août, à Ascalon, avec à la clef un important butin. Maintenant que l'objectif était atteint, ils n'avaient plus qu'à rentrer chez eux. Peu restèrent pour défendre les nouveaux États latins d'Orient. Aussi la victoire fut-elle précaire. L'ère des croisades ne faisait que débuter. Elle ne prendra fin qu'au XIIIe siècle.