Charles Martel, sus aux Sarrazins

Charles Martel, sus aux Sarrazins

, sus aux Sarrazins

Lorsque Pépin de Herstal, que l’on appelle aussi Pépin le Jeune, répudie Plectrude, sa femme, il s’attache à une concubine nommée Alpaïde qui lui donne un fils : Charles Martel. À la fin de ses jours, Pépin reprend Plectrude, princesse ambitieuse qui, à la mort de son mari, s’imagine pouvoir reprendre le rôle de Pépin et, malgré les protestations de la cour, elle s’arroge la mairie du palais.

Charles Martel est alors dans sa vingtième année. Plectrude voit en lui un rival redoutable. Elle le retient dès lors prisonnier à Cologne, lieu de sa résidence. Mais ce n’est pas le tout d’avoir ambitionné le pouvoir et de s’en être emparé par surprise: il faut encore être à la hauteur, ce dont Plectrude est incapable. Bientôt les grands et le peuple renâclent. Des critiques à la révolte il n’y a qu’un pas et ce pas est bien vite franchi.

Les Neustriens (la Neustrie couvre le Nord-Ouest de la France actuelle dont Soissons est la capitale) mettent Chilpéric II sur le trône. Pendant ce temps, Charles Martel s’échappe de sa prison. Les Austrasiens l’accueillent comme un libérateur. (L’Austrasie couvre le nord-est de la France actuelle, le bassin de la Meuse et de la Moselle jusqu’aux bassins inférieurs et moyens du Rhin). Ils sapent l’autorité de Plectrude.

Charles Martel assiège dans Cologne la veuve de son père. Après une brève résistance, celle-ci est obligée de livrer ses trois petits-fils ainsi que ses trésors. Le vainqueur est trop adroit pour se mettre la couronne sur la tête : entre les enfants de sang royal, il choisit le jeune Clotaire et le proclame roi, escomptant ainsi qu’il régnerait en son nom.

Mais les seigneurs de Neustrie et de Bourgogne ne se trompent pas sur l’objectif inavoué d’un guerrier qui leur fait ombrage et dont ils méprisent d’ailleurs l’origine. Ils lui déclarent la guerre : leur but est de rappeler au trône les héritiers de Clovis.

Dans une bataille que Charles Martel leur livre en 719, près de Soissons, ils sont complètement ratiboisés. Chilpéric II est remis entre les mains du vainqueur. Clotaire, toujours roi de l’Austrasie décède. Charles Martel ne juge pas à propos de le remplacer ; il exerce la mairie du palais avec, comme couverture, ce fantôme impuissant qui a pour nom Chilpéric II.

Toutefois de grands périls se présentent à lui. D’un côté, ce sont les grands du royaume qui aspirent de toutes parts à leur indépendance ; de l’autre, ce sont les Saxons, les Frisons, les Bavarois qui refusent de payer le tribut.

Charles Martel réussit à réfréner les seigneurs, puis se tourne contre les peuples voisins. La guerre qu’il mène contre les Frisons ne lui est, au début, pas favorable: son armée essuie une sanglante défaite. Mais, quelques années plus tard, il prend sa revanche. Il remporte sur eux une éclatante victoire et tue de sa propre main Poppon, leur roi. Il sort encore vainqueur de ses confrontations avec les Saxons dont il dévaste le pays. Au décès de Chilpéric II, Charles Martel, toujours fidèle à sa politique, le remplace par Thierry II, fils de Dagobert III, qui s’est retiré à l’abbaye de Chelles (Seine-et-Marne).

Il conduit ensuite ses troupes contre les Bavarois et les défait lors de différents combats. Trois ans plus tard, il marche encore contre eux et achève de les soumettre. Lors de ces diverses , Charles Martel accumule un butin considérable.

Le sommet de sa gloire, Charles Martel va le connaître en sauvant l’Europe de l’invasion la plus formidable qu’elle ait connue depuis longtemps. Les Sarrazins, après avoir ravagé l’Espagne, avancent en France, s’emparent de la ville de Bordeaux et la mettent à feu et à sang. Après ce succès, ils foncent jusqu’à la Loire, sous le commandement d’Abd el Rahman, chef militaire invaincu jusqu’alors. Les populations sont saisies d’effroi et s’attendent d’un moment à l’autre à passer sous le joug de ces infidèles. Tous les espoirs se tournent vers Charles Martel. Il n’y a que lui qui puisse arrêter l’ennemi ; mais il est difficile, à cette époque, de rassembler une nombreuse armée et encore plus de la conduire à une expédition lointaine, surtout de la maintenir longtemps sous les armes. Les trésors de l’État sont vides; les domaines royaux ont été envahis les uns après les autres; les bénéfices ont fondu. Le clergé possède la plus grande partie des richesses et cependant il refuse d’en céder une partie pour sauver l’État. Se moquant bien des ennemis qu’il va se faire, Charles Martel dépouille le clergé et comble de dons les guerriers, achetant ainsi d’avance leurs services.

Dès qu’il se trouve à la tête d’une armée impressionnante, Charles Martel marche à la rencontre des Sarrazins. Arrivé à Poitiers il leur livre une bataille qui dure une journée entière. Les chroniqueurs du temps prétendent que la perte des Sar- razins s’élève à trois cent septante-cinq mille hommes. Il faut sans doute revoir ce nombre à la baisse, mais cette victoire est l’une des plus décisives qui aient jamais été livrées. Abd el Rahman est tué dans le combat. L’immense butin que les barbares avaient retiré de leurs incursions tombe dans l’escarcelle des Francs. Cette bataille si importante pour la chrétienté a lieu en l’année 732.

Plusieurs historiens prétendent que le surnom de « Martel » est resté collé à Charles en mémoire du courage et de la fougue dont il a fait preuve lors cette bataille mémorable. C’est une erreur, puisque le nom de Martel, qui était alors le même que celui de Martin, a été porté antérieurement par différents membres de sa famille.

Afin de parachever la débâcle des Sarrazins, Charles Martel envoie contre eux Childebrand, son frère. Il marche lui-même contre Mauronte qui avait établi son pouvoir en Provence. Après avoir pris d’assaut la ville d’Avignon, il vainc les Sarrazins sur les bords de la Berre en Languedoc. Marseille est encore aux mains de Mauronte. Charles s’empare de cette ville et le chef Sarrazin quitte à jamais la France méridionale.

Il semblerait que des victoires d’une telle importance aient ouvert à Charles Martel le chemin du trône. Cependant il n’ose pas prendre possession de la couronne à la mort de Thierry II. Il se contente de gouverner seul. À la vérité son pouvoir est absolu, plus absolu que celui des monarques de son temps. Ce qui l’empêche d’être roi ce sont les inimitiés profondes qui se sont créées contre lui dans le clergé.

La réputation de Charles Martel s’étend dans toute l’Europe. Grégoire III lui envoie deux nonces avec les clefs du sépulcre de Saint-Pierre et de riches présents. Ce pape lui demande de l’aide contre Liutprand, roi des Lombards ; Charles Martel promet son appui, mais la mort l’empêche de tenir sa promesse. Toutefois un accord de la plus haute importance s’est conclu entre le pontife romain et le maire du palais : l’empire d’Occident devait être rétabli en faveur de Charles Martel. C’est à Charlemagne qu’est revenu de mettre à exécution cet accord.

Charles Martel est mort à Quercy-sur-Oise, le 16 ou le 22 octobre 741. Il est enterré à Saint-Denis. Il a partagé son royaume entre ses deux fils, Carloman et Pépin le Bref. Mais ce dernier, par lequel commence une seconde dynastie, n’a porté le titre de roi qu’après Childéric III, le dernier descendant de Clovis.

Charles Martel doit être considéré comme l’un des plus grands héros qu’ait connus la France et sa puissance, qui a duré vingt- cinq ans, comme la plus brillante et la plus glorieuse avant celle de Charlemagne.