Clovis et l’épisode du vase de Soissons

Clovis et l'épisode du vase de Soissons

L’histoire de regorge de personnages importants, de De Gaulle à , en passant par Louis XIV. Il n’a pas fallu attendre les modernes ou l’époque contemporaine pour que de grands hommes français se distinguent. L’une des plus anciennes figures de l’histoire de l’hexagone se nomme , qui a vécu il y a plus de quinze siècles. S’il bénéficie encore aujourd’hui d’une grande renommée, l’un des plus célèbres épisodes de sa vie souffre d’une fausse idée reçue.

Chlodovecus, ou Clovis en français, est issu de la dynastie des Mérovingiens et constitue sans aucun doute leur représentant le plus connu. Il est né vers 466 et a vécu environ 45 ans, avant de s’éteindre dans sa nouvelle capitale de Paris en 511. Entre-temps, il est devenu roi des Francs saliens avant d’unifier les différents peuples et de devenir le premier roi des Francs, tout court.

Pourtant, Clovis partait avec un inconvénient pour s’imposer sur le trône de son peuple. En effet, les Mérovingiens et les Francs en général voyaient en la pilosité un signe de force et de virilité. Les éventuels prétendants à la royauté se laissaient d’abord pousser les cheveux et la barbe, puis seulement tentaient de prendre le pouvoir. Or, lorsque le fils de Childéric succède à son père vers 481, il n’est âgé que de seize ans et est complètement imberbe. Pourtant, par son intelligence redoutable et sa connaissance développée de l’art de la guerre, il s’impose sur ses concurrents et ne lâchera plus le pouvoir jusqu’à sa mort. Au contraire, de plus en plus de ses contemporains choisissent de se rallier à sa cause et lui accordent une confiance aveugle.

Lorsqu’il se convertit au christianisme, nombre de ses soldats lui emboitent le pas. Lors de son rapprochement avec les élites de l’Église, dont le futur Saint-Rémi, les critiques qui émanent des quelques opposants de Clovis sont étouffées par les cris de soutien qu’il reçoit.

Clovis s’en montre digne et remporte de nombreuses batailles, tout en élargissant sans cesse le royaume des Francs. Bénéficiant d’un crédit presque illimité, il se permet de rompre avec les traditions franques sans risquer de se faire contester par ses soldats. Du moins, presque toujours.

Quelques années après sa prise de pouvoir, vraisemblablement vers 486 (la seule source dont nous disposons est l’œuvre de Grégoire de Tours, qui n’est pas toujours des plus fiables), Clovis se lance avec son armée à l’assaut de la ville de Soissons. Comme souvent, les Francs remportent la victoire et pillent les richesses de la ville. Tout cela se passe de manière ordonnée : l’intégralité des objets de valeur récoltés dans la localité est rassemblée sur une place publique et les guerriers se réunissent autour du butin global. Ensuite, c’est par tirage au sort qu’ils se partageront à parts égales les pièces du butin. Cette manière de procéder garantit au maximum l’équitabilité de la répartition, sans que le chef ne soit plus gâté que les autres.

Clovis a néanmoins une demande à formuler à son peuple : il propose de choisir lui-même sa récompense, sans passer par le tirage au sort classique. En effet, il souhaite resserrer encore un peu plus les liens qu’il entretient avec l’Eglise et accéder à la requête du futur Saint-Rémi, visiblement très attaché au vase conservé dans la ville de Soissons. Ce dernier avait demandé à Clovis de lui ramener cet objet dans sa ville de Reims. Comme toujours, le roi des Francs voit sa proposition acceptée sans difficulté, à une exception près. Un soldat, vraisemblablement jaloux du succès de son chef, refuse qu’il puisse choisir sa part du butin. Pour marquer sa désapprobation, il prend son arme et casse le vase en deux par un mouvement vertical.

Contrairement à ce que tous les témoins de la scène pensent, Clovis reste calme et le fauteur de trouble repart sans être inquiété. Néanmoins, cet affront reste gravé dans son esprit et il attend patiemment une occasion de se venger. Elle se présente un an plus tard, lors d’une assemblée des guerriers au champ de Mars. En ce premier mars 487, le roi effectue une inspection de son armée, soldat par soldat. Il passe devant l’homme qui a brisé le vase et prétexte que ses armes sont mal entretenues. Il se saisit de la hache en question et la jette au sol. Lorsque le propriétaire se penche pour la ramasser, Clovis lève son arme et fend son crâne. Ce geste vertical, ressemblant à celui qui a permis à la victime de casser le vase, est accompagné d’une citation devenue célèbre : Ainsi tu as brisé le vase de Soissons.

Après cet épisode, il semblerait que les restes de l’objet tant convoité aient été remis à Saint-Rémi. Ils auraient été fondus pour créer divers ustensiles religieux.

Clovis n’a donc pas lui-même cassé le vase de Soissons. Au contraire, il souhaitait le conserver intact pour en faire un cadeau à l’un des hommes les plus importants de son temps. Cet acte avait pour finalité de tisser des liens nouveaux et solides entre le monde des Francs et celui de la chrétienté.

Le petit adolescent imberbe aura su, par son intelligence et son charisme, unifier les Francs et se hisser au sommet de leur hiérarchie. Il laisse à sa mort un royaume immense, partagé entre ses quatre fils comme l’impose la tradition franque.

Auteur : Arnaud Pitout