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Les soeurs Dionne, une attraction touristique

Les sœurs Dionne, premières quintuplées connues à avoir survécu au-delà de la petite enfance, ont été élevées au Canada dans un bâtiment spécialement construit pour que les visiteurs puissent les regarder jouer. Elles ont attiré des millions de touristes et étaient la première attraction touristique du Canada dans les années 30.

Nées en 1934 en Ontario, elles étaient de « vraies » quintuplées. De l'âge de 4 mois à 9 ans, elles ont été retirées à leur famille et élevées par des infirmières et un médecin, sous la tutelle du gouvernement d'Ontario. « Quintland » était composé du bâtiment où elles vivaient et de boutiques de souvenirs.

Les sœurs Dionne, nées le , sont les premiers quintuplés connus à avoir survécu au-delà de la petite enfance. Les sœurs sont nées dans le village de Corbeil, en Ontario, au Canada.

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Les chances de donner naissance à des quintuplés identiques sont d'une sur 57 millions. Les sœurs Dionne sont nées prématurées de deux mois avec l'aide du docteur Allan Roy Dafoe et de deux sages-femmes, Mme Legros et Mme Lebel.

Les cinq sœurs se nommaient :

  • Annette Lillianne Marie Dionne
  • Cécile Marie Émilda Dionne
  • Émilie Marie Jeanne Dionne
  • Marie Reima Alma Dionne
  • Yvonne Édouilda Marie Dionne

Dans leur livre Secrets de famille, Cécile, Yvonne et Annette Dionne révèlent qu'à la suite d'une attaque épileptique, Émilie était tombée sur le ventre et, incapable de soulever son visage d'un coussin, est morte étouffée accidentellement.

Le père, Oliva Dionne, est né le  à Corbeil. Francophone, il fait neuf années d'études qui lui permettent d'apprendre un peu l'anglais. Il épouse Elzire Legros, alors âgée de seize ans. Le couple est fermier et leur situation financière est bonne, contrairement à ce qu'affirme par la suite la presse qui parle toujours de famille pauvre et illettrée.

Quand naissent les cinq sœurs, leurs parents ont déjà cinq enfants. Bien qu'elles soient associées à la ville de Callander, les sœurs Dionne sont nées à l'extérieur de la ville, dans une ferme sur un territoire non organisé, et leurs naissances furent déclarées au village de Corbeil. Le Musée des Quintuplées Dionne se trouve dans la grande ville la plus proche, North Bay, à l'intersection de l'autoroute 11 et de la Route transcanadienne, afin de mieux l'exposer au public.

Leur père, Oliva Dionne, fut contacté par des forains deux jours après la naissance des quintuplées, pour lui demander d'exposer ses enfants dans des tournées dès que leur santé le leur permettrait. À contrecœur, après s'être mis d'accord avec sa femme Elzire, il signa un contrat. Il s'engagea avec la Chicago Century of Progress Exposition, une foire internationale, pour utiliser l'argent pour nourrir et vêtir sa famille brusquement agrandie. Les bébés devaient vivre dans un aménagement spécialement créé pour eux sur les foires. À cette époque, il était courant d'exposer dans des foires des prématurés dans leurs couveuses. Il se rétracta cependant le lendemain et annula ce contrat.

Cependant, l'opinion publique fut alertée par cette exploitation des nouveau-nés, et condamna rapidement les parents, en particulier Oliva. Rapidement, le gouvernement de l'Ontario fut mêlé à l'affaire. La garde des cinq bébés fut retirée à leurs parents par Mitchell Hepburn, premier ministre de l'Ontario en 1935, initialement pour une tutelle de deux ans. Les bébés furent confiés au docteur Dafoe et trois autres tuteurs. Ironiquement, alors que les sœurs Dionne avaient été retirées à leurs parents pour empêcher qu'elles soient exploitées et les garder en bonne santé, le gouvernement comprit vite l'intérêt porté à Cécile, Annette, Marie, Yvonne et Émilie, et se mit à les exploiter financièrement à son tour. Les fillettes furent déclarées pupilles de la couronne de la province jusqu'à l'âge de 18 ans. En face de leur lieu de naissance, l'Hôpital et Nursery Dafoe fut construit spécialement pour les fillettes et ceux qui s'occupaient d'elles. La galerie d'observation, où des milliers de personnes venaient voir, à travers des grillages, les quintuplées jouer deux fois par jour, devint une partie de Quintland, une sorte de parc d'attractions où on vendait aussi des marchandises liées aux quintuplées.

La galerie attirait environ 6 000 personnes par jour pour voir les sœurs Dionne. Près de 3 millions de personnes la parcoururent entre 1936 et 1943. Les quintuplées rapportèrent plus de 50 millions de dollars de revenu touristique à l'Ontario par annéeQuintland devint l'attraction touristique la plus importante de l'époque, surpassant même les Chutes du Niagara et Shirley Temple.

De leur petite enfance à l'âge de neuf ans, Marie, Cécile, Yvonne, Émilie et Annette vécurent à l'hôpital, et n'étaient pas autorisées à sortir, avoir des amis, participer aux fêtes familiales, aller à l'école du village ou avoir des contacts avec leurs parents ou leurs frères et sœurs. Élevées par des infirmières, qu'elles considéraient parfois comme des figures maternelles, les cinq fillettes vivaient essentiellement comme une seule entité, ne sachant pratiquement rien du monde à l'extérieur de l'hôpital.

Les sœurs et leur image, ainsi que le docteur Dafoe, furent utilisées pour des publicités pour des produits comme Quaker Oats et des milliers d'autres marques populaires. Elles furent les vedettes de quatre films de Hollywood :

  • The Country Doctor
  • Reunion
  • Five of a Kind
  • Quintupland

En novembre 1943, Oliva Dionne finit par gagner une longue bataille judiciaire. Les quintuplées, âgées alors de neuf ans, déménagèrent dans un manoir sur la route de Quintland, rejoignant leurs parents et leurs frères et sœurs, qui étaient pratiquement des inconnus pour elles, afin d'y vivre en famille. Le manoir de briques jaunes de 20 pièces fut payé par les fonds des quintuplées, dont elles n'avaient pas connaissance à l'époque.

Les parents soutenaient toujours vouloir mieux intégrer les filles au sein de l'unité familiale. Malgré ce fait, les filles voyageaient fréquemment pour participer aux nombreux événements et continuaient à s'habiller de façon identique. Selon les paroles des sœurs survivantes, leurs parents les traitaient comme une unité séparée et leur rappelaient les problèmes que leur existence avait causés à la famille. En conséquence, elles se sont souvent vu refuser les privilèges donnés aux autres enfants et ont reçu des punitions plus sévères que leurs frères et sœurs. Elles ont aussi dû exécuter une plus grande partie des travaux ménagers. Pendant des années, elles n'étaient pas au courant du fait que la maison, les voitures et la nourriture de la famille avaient tous été payés avec les fonds provenant des événements promotionnels auxquels elles participaient.

En particulier, Oliva Dionne soupçonnait les étrangers en raison de leurs rôle dans la perte de garde des filles. En 1995, les trois sœurs vivantes ont allégué que leur père les avaient abusées sexuellement pendant leur adolescence.

Les cinq sœurs se mirent à apparaître dans différentes circonstances. En particulier, leur représentation de There'll Always Be an England en irrita certains. Un reportage de l'événement dans une vidéo du Film Board of Canada de 1978, commenté par Pierre Berton, montre les quintuplées âgées de 13 ans récitant leurs noms et chantant, semblant très malheureuses.

En 1965, les quatre sœurs survivantes, Annette, Cécile, Marie et Yvonne, publièrent un livre, Nous étions cinq. Cette autobiographie, ainsi qu'une biographie de Pierre Berton, servit de support à un téléfilm de 1994, Cinq bébés à la une, produit par CBS et la Canadian Broadcasting Corporation, avec Roy Dupuis et Céline Bonnier. L'année suivante, les trois sœurs encore vivantes affirmèrent avoir été victimes d'abus sexuels de la part de leur père, décédé le , âgé de 76 ans. Elles accusèrent aussi leur mère de violences physiques et verbales, et décrivirent leurs frères et sœurs comme envieux et cruels, ces derniers affirmant que la famille aurait été plus heureuse si elles n'étaient pas nées.

En 1998, après plusieurs années de refus d'entendre les plaintes des sœurs, désormais dans la soixantaine, pauvres et épileptiques, le gouvernement de Mike Harris accorda à Cécile, Yvonne et Annette Dionne une compensation financière de quatre millions de dollars canadiens pour les années d'exploitation de Quintland.

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