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Napoléon avait un guide à Waterloo !

Dans la deuxième partie de son célèbre roman « Les Misérables », consacre un chapitre à un personnage bien singulier : le Lacoste. La version francisée de ce nom pourrait faire oublier que le Jean-Baptiste a bel et bien existé. Lorsque, en 1861, dans le cadre de la rédaction de son ouvrage, loua une chambre de l’Hôtel des colonnes, à Waterloo, il visita même sa maison. Celle-ci était située à proximité de Mont-Saint-Jean, là où en 1815 eut lieu la dernière de la Grande Armée. Jean-Baptiste Decoster s’y était installé quelques années auparavant avec sa femme et leurs sept enfants. Il y tenait un cabaret pour les voyageurs de passage. Le jour précédant la de Waterloo, il partit se cacher avec sa famille dans la forêt de Soignes. Hélas, à l’aube du 18 juin, des soldats français arrêtèrent le cabaretier et le menèrent auprès de l'Empereur. Après un petit interrogatoire, l’engagea comme guide. Il lui demanda de « répondre aux choses dont il ne serait pas assuré en haussant les épaules » et de « parler avec franchise, sans ôter son bonnet de nuit, comme s’il était avec ses enfants. ».

Decoster resta auprès de Napoléon durant toute la journée. Il assista à l’attaque de la ferme d’Hougoumont, aux terribles charges de la cavalerie dirigées par le Maréchal Ney et à l’arrivée des Prussiens dans le village de Plancenoit. Au vu de la peur que lui inspiraient les combats, il fut attaché sur son cheval. A plusieurs reprises, Napoléon se fâcha sur lui, lui demanda de garder son calme.

Au soir de cette journée historique, Jean-Baptiste Decoster dût devancer l’Empereur jusqu’au village de Genappe. Les chariots des vivandières, les grognards en fuite et les aides de camp tâchaient de traverser le seul et unique pont érigé au-dessus de la Dyle. Dans les Mémoires du Capitaine Coignet, nous pouvons lire : « Nous eûmes toutes les peines du monde à nous faire jour à travers cette foule armée qui gagnait l’épouvante et le désordre. Mais ce fut bien pis quand nous fûmes arrivés à Genappe. (…) Fantassins, cavaliers, artilleurs se sauvaient pêle-mêle, se heurtaient, s’écrasaient dans les rues de cette ville, sans rien entendre ni rien voir, fuyant devant la cavalerie prussienne qui poussait des hourras derrière eux. C’était à qui arriverait le plus vite de l’autre côté de la Dyle. Tout était donc perdu ! (…) On ne peut se faire une idée d’une pareille déroute sans en avoir été témoin. Il n’y avait plus de distinction entre les chefs et les soldats ; on ne connaissait, on n’écoutait plus personne. Les cavaliers tuaient leurs chevaux à coups de pistolet. La peur était si grande que plusieurs de nos hommes se brûlèrent la cervelle pour ne pas tomber au pouvoir de l’ennemi qu’ils croyaient sans cesse voir à leurs trousses ? Depuis la grande débâcle de Moscou, je n’avais rien vu d’aussi affreux. »

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D’après Jean-Baptiste Decoster, une heure entière fut nécessaire pour que l’Empereur et son état-major parviennent à sortir du bourg. Les habitants ayant fui leurs habitations, des hordes de soldats pénétraient dans les maisons à la recherche d’un abri. Quand un incendie débutait, des hommes sautaient par les fenêtres, se jetaient dans la foule avec l’espoir de fuir l’enfer.

Après avoir franchi la Dyle, Napoléon pressa de nouveau le pas, « toujours dans la crainte des Prussiens. » Il se dirigea vers le carrefour des Quatre-Bras, là où, deux jours auparavant, le Maréchal Ney était parvenu à repousser les Anglais vers Waterloo. Le spectacle des dernières victoires lui revenait en tête. Aussi, comme pour rendre un ultime hommage aux innombrables soldats qui avaient marché à ses côtés durant vingt ans, l’Empereur « descendit de cheval et fit à pied le reste du chemin jusqu’à Charleroy. »

De ses derniers instants auprès de celui qui avait conquis le monde, Decoster retiendra que Napoléon lui « fit une inclination de la tête, et partit. » Le Bertrand, quant à lui, remit au guide, pour tout salaire, un napoléon, et il disparut également.

A la tombée de la nuit, le guide repartit vers Waterloo. Son cabaret était complètement détruit. Les plaintes des blessés vaguaient dans l’obscurité. Decoster nous dit que « tout le champ de bataille de Waterloo, trempé de pluie et de sang, pétri avec la moisson de seigle et de maïs, par les pieds des chevaux, ressemblait à une espèce de pâte. Il présentait alors à l'œil vingt-cinq mille morts et blessés au moins, et un plus grand nombre de chevaux dans le même état. La terre était jonchée d'armes, de selles, de brides, de sacs, de vêtements divers, de débris de cartouches, de livrets militaires, etc. » « Le lendemain », poursuit-il dans un rapport publié en 1843, « on consuma sur des bûchers dressés à la hâte, et l'on enterra dans des espèces de tranchées qui traversent le champ de bataille, les corps qui semblaient ne plus respirer, sans s'informer bien strictement s'ils n'auraient pas pu être ramenés à la vie. Le reste fut aussi bien soigné qu'il fut possible. Ceux qui furent les derniers transportés dans les hôpitaux guérirent le plus vite ; le froid des nuits, l'abstinence entière, la tranquillité qui régnait autour d'eux avait éloigné ou tempéré la fièvre, mais ils avaient horriblement soif. »

Lors des mois et des années qui suivirent ces événements, Decoster devint le premier guide pour des touristes curieux de découvrir l’endroit où les Alliés étaient venus à bout de Napoléon. Les plus grands écrivains de son époque partirent à sa recherche. Walter Scott parcouru le champ de bataille en sa compagnie durant le mois de septembre 1815. En 1838, ce fut au tour d’Alexandre Dumas de décrire la « belle plaine, où les moissons poussent vertes, grasses et drues ». Victor Hugo, Arthur Rimbaud, Paul Verlaine et bien d’autres romantiques firent, par la suite, leur pèlerinage à proximité du cabaret de Jean-Baptiste Decoster, un homme dont le destin aura été bouleversé par l’

Auteur : Jean-Christophe Dubuisson

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