Paris,1870 : les Belges rompent l’encerclement prussien

Paris,1870 : les Belges rompent l’encerclement prussien

La , qui se déroule du 19 juillet 1870 au 29 janvier 1871, également appelée guerre franco-prussienne, oppose le Second Empire français au royaume de Prusse. Le conflit constitue le point culminant des tensions entre les deux puissances. La défaite du Second Empire entraîne sa chute et la perte pour la France de l’« Alsace-Lorraine ». La ville de Paris est encerclée par l’armée prussienne le 19 septembre 1870 pour un siège de cinq mois. La capitale ne peut pas rester coupée du reste du monde et doit continuer à communiquer avec l’extérieur. Le directeur général des Postes de la capitale, un certain Rampont, a alors l’ingénieuse idée d’utiliser des ballons.

Une première , Le Neptune, quitte Paris le 23 septembre. Cependant la mission échoue : les Parisiens restent sans nouvelles de l’aéronef.

Avant l’encerclement de la ville Lumière, son dirigeant a, une fois n’est pas coutume, été un minimum prévoyant puisqu’au cours de l’été 1870, devant l’avancée des Teutons qui l’inquiète grandement, il fait rentrer des matériels de toutes sortes en vue d’un éventuel siège. Grâce à cette précaution, les responsables français ont donc à leur disposition des pigeons voyageurs venant, pour quelques-uns du Nord de la France, mais pour la plupart de notre plat royaume de Belgique. Il y en a plus de 800, logés dans les volières du Muséum national d’Histoire naturelle. Bien entendu, les dirigeants, fidèles à eux-mêmes, ont oublié ce matériel « vivant », qui n’est alors pas utilisé.

Cette situation perdurera jusqu’au jour où un autre de nos compatriotes, Van Roosebeke, colombophile de son état et résidant à Paris, suggère aux défenseurs de la forteresse parisienne de placer les pigeons dans les ballons afin de survoler les barrages prussiens. L’idée du sujet expatrié de Léopold II est approuvée et suivie. Un grand nombre des pigeons chargés de « colombogrammes » par les équipages des ballons reviennent ensuite sur Paris. Les volatiles donnent non seulement de l’espoir aux assiégés qui se pensent coupés du monde mais ramènent aussi de précieuses informations militaires avec des messages tels que : « Les lignes prussiennes s’arrêtent à Clermont, Compiègne et Breteuil dans l’Oise. Pas de Prussiens dans la Somme. De toutes parts, on se lève en masse. Le gouvernement de la Défense nationale est partout acclamé ».

Une fois l’existence du processus répandue dans la ville, de nombreux colombophiles parisiens viennent apporter leur aide au mouvement initié par Van Roosebeke. Ils se mettent spontanément au service des aérostiers. Chaque nacelle qui décolle embarque à son bord un oiseau. Après le survol des lignes allemandes et la réussite de l’atterrissage auprès des forces françaises en province, ceux-ci se chargent d’équiper les pigeons et de les renvoyer vers Paris. Les pigeons de retour dans leur colombier, dans la capitale française, sont immédiatement amenés, sous escorte, au directeur des Postes de la Seine.

Le système est bien rôdé, et fonctionne si bien que les Prussiens finissent par s’en apercevoir et essayent de pirater ce canal de communication en capturant certains des pigeons pour faire parvenir de faux messages. Cependant, personne ne se laisse duper car les messages attachés par les Allemands le sont selon des méthodes différentes de celles des Français. Ils tentent d’envoyer des messages destinés à saper le moral des assiégés et écrivent par exemple : « Orléans repris par ces diables ! Partout population les acclame ! »

En province, afin d’assurer un retour plus aisé des pigeons vers Paris, les colombophiles, au moyen d’une locomotive équipée d’un wagon blindé et lancée à 70 km/h, s’aventurent à proximité des lignes ennemies pour y lâcher les animaux. La locomotive rebrousse ensuite chemin aussi vite qu’elle est venue.

Un système de numéro propre à chaque pigeon permet au gouvernement de savoir combien d’oiseaux sont perdus et quelles dépêches ne leur parviennent pas. Pour protéger le message contre les intempéries ou le bec de l’oiseau qui cherche parfois à s’en débarrasser, le papier est roulé fortement et introduit dans un petit tube. Une fois la dépêche insérée dans ce dernier, celui-ci est percé aux extrémités avec un petit fer rougi au feu pour ne pas le faire éclater. Dans les trous sont passés les fils de soie permettant de fixer le tube au messager ailé. Rapidement, le système des messages s’améliore : du simple papier pelure, on passe à la microphotographie. On fait parvenir en province des messages tellement réduits qu’un tuyau peut contenir 15 000 dépêches privées et la valeur de 500 pages de dépêches officielles ! Ces avancées sont possibles grâce à des perfectionnements dans le domaine de la photographie. Ces derniers sont un des plus importants secours apportés par la science.

La lecture de ces dépêches est tout aussi simple que leur réduction. Pour activer la besogne, car on comprend avec quelle impatience les militaires et les familles attendent que le contenu de ces dépêches soit dévoilé, les pellicules sont projetées, à l’aide d’un microscope photo-électrique, sur un grand écran, et considérablement agrandies sur un espace assez vaste pour que quatre secrétaires puissent transcrire en même temps quatre pages de dépêches.

Cela fonctionne tellement qu’on finit même par étendre ce service à la correspondance privée. Un décret de novembre 1870 en fixe les détails comme, par exemple, le prix : une taxe de 0,50 franc par mot est perçue au départ du . On finit même par placer des mandats dans les tubes : les denrées alimentaires étant hors de prix dans la ville assiégée, ces mandats, d’une valeur maximale de 300 francs, permettent aux plus malchanceux de continuer à pouvoir se nourrir en étant aidés par leur famille de l’extérieur. Durant tout ce temps, les pigeons ne cessent de voler pour revenir dans leur pigeonnier : ils parcourent des distances comme Poitiers-Paris en 12 heures de temps.

Peu de souvenirs subsistent des services rendus aux Parisiens par les pigeons belges, excepté ces quelques vers peut-être :

« Ils ont passé pourtant à travers vos mitrailles

Nos oiseaux voyageurs Sous leurs ailes emportant le bruit de nos batailles

 Et le cri de nos cœurs »