Salvador-Honduras 1969, ou comment un match de football peut déclencher une guerre entre deux pays

Salvador-Honduras 1969, ou comment un match de football peut déclencher une guerre entre deux pays

Salvador-Honduras 1969, ou comment un match de football peut déclencher une entre deux pays.

De tout temps, l’ a pris l’ de régler ses conflits par des guerres. Les démonstrations de forces armées se retrouvent sur tous les continents et à toutes les époques. Bien souvent, l’évènement déclencheur n’est que la goutte qui fait déborder un vase déjà trop rempli. Il est communément admis aujourd’hui que le jeu de dominos qui a provoqué la Première Guerre mondiale se serait mis en place de toute façon, même si l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche ne s’était pas fait assassiner. La « Guerre du football » dont nous allons parler dans cet article s’inscrit dans la même lignée.

            Ce , également appelé « Guerre de cent heures » en rapport à sa brièveté, oppose le Salvador et le Honduras. Le premier cité est un pays de taille modeste (23 000 kilomètres carrés), mais densément peuplé puisqu’il est occupé par quatre millions d’habitants. Son voisin connait une situation parfaitement opposée : il est bien plus grand (120 000 kilomètres carrés), mais n’est habité que par trois millions de ressortissants.

            Lorsque le conflit ouvert éclate en 1969, la situation entre les deux pays est extrêmement tendue depuis une décennie, et ce pour de multiples raisons. La petite superficie du Salvador oblige son gouvernement à organiser une réforme agraire afin de mieux encadrer la redistribution des terres. Comme les inégalités entre classes sociales se font de plus en plus criantes, 300 000 Salvadoriens fuient leur pays afin de trouver de meilleures conditions d’existence. Ils se dirigent alors en masse vers les frontières voisines honduriennes dès 1961. Dans un premier temps, ils sont accueillis avec le sourire puisque la grande superficie dans laquelle ils arrivent a besoin de bras pour cultiver la banane en quantité industrielle. De plus, les dirigeants honduriens nourrissent le rêve secret d’unifier toutes les populations sud-américaines.

            La situation s’inverse en quelques années : le pays d’accueil connait une augmentation importante de sa démographie grâce à une hausse de la natalité. À cela s’ajoute une immigration incessante. Le Honduras est alors confronté au même problème que le Salvador quelque temps auparavant : il faut installer une réforme afin de mieux contrôler la répartition des terres. Les grands propriétaires terriens voient avec le bannissement des travailleurs salvadoriens un bon moyen de gagner de l’argent et de se prémunir des conséquences néfastes de la nouvelle politique agraire à venir. Les élites honduriennes dirigent leurs décisions non pas contre leurs compatriotes, mais contre les paysans salvadoriens, qui sont les seuls à trinquer. Beaucoup sont bannis des terres qu’ils avaient achetées, d’autres sont écrasés de taxes.

            Ces décisions déclenchent bien entendu de vives réactions au Salvador, qui assiste impuissant au déroulé des évènements dans le pays voisin.

            À ce climat déjà tendu s’ajoute une importation massive au Honduras de produits fabriqués au Salvador, alors que l’économie hondurienne ne parvient pas à développer ses exportations et stagne. Cela ne fait que renforcer le sentiment de haine dans sa population, haine qui sera de plus en plus concentrée autour d’un seul et unique bouc émissaire : le Salvadorien.

            Le nationalisme prend le dessus et les gouvernements (impopulaires) des deux pays y voient l’opportunité de sauver leur tête. Se mettent alors en place des propagandes dans les médias nationaux, destinées à décrédibiliser ce voisin que l’on présente comme détestable.

Arrive le mois de juin 1969. Dans ce climat hostile, le hasard décide de faire s’affronter les équipes des deux pays pour une place à la Coupe du Monde de football 1970 qui se déroulera au Mexique. Les coups bas fusent de part et d’autre : les supporters honduriens vont par exemple klaxonner et crier toute la nuit devant l’hôtel de la sélection adverse afin de les empêcher de dormir. Cela aidera leurs protégés à battre l’ennemi le lendemain sur le score étriqué de 1-0. Une semaine plus tard, le match retour doit se dérouler au Salvador. Les locaux montent d’un cran en brûlant le bâtiment où séjournent les joueurs honduriens, ce qui perturbe évidemment la préparation d’un match qu’ils finiront par perdre 3-0. Une manche décisive est alors organisée sur terrain neutre, au Mexique, afin de déterminer qui se qualifiera pour la plus prestigieuse compétition au monde. Ce drôle de match, aux enjeux qui dépassent clairement le domaine sportif, est remporté par le Salvador.

Dans la foulée, des Salvadoriens expatriés au Honduras se font lyncher, des femmes sont violées et les hôpitaux sont débordés. En dix jours, pas moins de 20 000 personnes sont expulsées et renvoyées dans leur pays d’origine. C’en est trop pour l’armée salvadorienne qui décide, sans l’accord du Président, de lancer une attaque aérienne sur Tegucigalpa, la capitale hondurienne. Les répliques ne se font pas attendre et la guerre est officiellement déclarée le 14 juillet 1969. Les militaires salvadoriens étant mieux armés et plus nombreux que leurs adversaires, ils s’avancent sans trop de difficultés dans les terres honduriennes et prennent même la capitale provinciale Nueva Ocotepeque le lendemain.

Cette percée en terre ennemie est rapidement stoppée puisque la communauté internationale fait pression sur le pays envahisseur pour qu’il retire ses troupes. Au bout de quatre jours, soit cent heures, les combats cessent et le calme revient entre les deux belligérants.

Au total, ces quelques jours de folie ont causé la mort de 3 000 personnes, en ont blessé 15 000 autres et ont provoqué la mise à la rue de 50 000 habitants.

La paix définitive entre ces deux pays n’intervient qu’en 1980, soit onze ans après les faits. Aujourd’hui, ils font tous les deux partie du marché commun centraméricain, qu’ils ont bloqué durant 22 ans à cause de tensions tenaces et d’un match de football.

Auteur : Arnaud Pitout