Survivre à la Renaissance : les maladies qui décimaient le peuple

Survivre à la Renaissance : les maladies qui décimaient le peuple

Survivre à la : les qui décimaient le peuple

La plupart des multiples maladies contagieuses étaient le plus souvent rangées dans la catégorie vague des « pestilences » ou portaient le nom d’une fièvre de couleur — comme la « fièvre pourpre » —, parce que la médecine du temps était incapable de se montrer plus précise. Maladies, guerres et famines, surtout quand ces trois fléaux se conjuguaient, fauchaient la population dans des proportions considérables.

Faible espérance de vie

La mort guettait dans le ventre même des femmes, avant et au moment de l’accouchement, pour diverses raisons : mères rachitiques, matrones plutôt que sages-femmes opérantes sans compétence et sans hygiène, jumeaux qui ne passaient pas, fréquence des malformations et des prématurés, infections récurrentes, comme le tétanos ombilical. Il n’était pas exceptionnel que 10 % des bébés meurent après une semaine, plus sûrement 15 % après un mois. Le plus souvent, ils étaient victimes d’affections digestives par temps chaud (la plus courante était la « diarrhée verte »), respiratoires par temps froid, du lait stérile de la mère, d’un sevrage trop long et du passage trop brutal à la nourriture d’adulte. Après un an, en moyenne, le quart des nourrissons était déjà mort (moins de 1 % aujourd’hui), dont un tiers à la campagne et 50 à 90 % des abandonnés. Sévissaient ensuite toutes les maladies classiques de la petite enfance, que les progrès actuels de la médecine ont rendues bénignes ou que l’amélioration des conditions d’hygiène a enrayées : rougeole, coqueluche, varicelle, diphtérie (croup), méningite, oreillons, vers, car l’enfance du passé était « pleine de vers », écrit Marcel Lachiver. Au dixième anniversaire, la moitié au moins des enfants avait disparu.

L’espérance de vie était d’environ 25 ans, les deux sexes confondus. Pour les adultes qui vivaient jusque là, elle était encore d’une trentaine d’années. À cinquante ans, il ne restait plus guère que 25 % d’une génération, et à soixante-dix ans, 7 à 8 %. Quelques êtres exceptionnels parvenaient à l’âge de 100 ans ou plus. Ainsi la Gazette de France d’octobre 1701 révèle que Jean Davau, né en 1599, mourut le 14 mars 1701, « âgé de cent deux ans, ayant vu trois siècles ».

Épidémies courantes

À tous les stades de la vie, les maladies les plus terribles étaient celles qui, après un stade endémique de quelques années, se réveillaient sous forme épidémique, dans toute une région au moins. L’une des plus meurtrières était la typhoïde et ses variantes. Dénommée « fièvre maligne » ou « putride », elle était transmise par l’eau polluée. En amont, la contamination se faisait principalement par les déjections des malades dont le linge était lavé à la rivière ou au lavoir, avant d’atteindre les puits et les fleuves. La maladie commençait souvent à sévir dès la fin de l’été, éclatait à l’automne, quand les eaux des fontaines étaient plus ou moins taries par la sécheresse. Le typhus était aussi transmis par les bacilles déposés par les mouches sur les aliments. Il pouvait toucher 10 ou 20 % d’une population, avec une proportion importante de décès. Quant au typhus exanthématique, qui se caractérise par une gastro-entérite, une forte fièvre, des taches rouges sur le corps, il était transmis par les poux ; par les puces en cas de typhus murin.

Au typhus, à la variole ou à la « fièvre pourpre » étaient souvent associées la disette et la dysenterie, deux calamités quasi inséparables. La dernière était due aux mêmes causes que les typhoïdes et sévissait le plus souvent en été. Durant la canicule de 1718-1719, on estime que 450 000 petits Français en moururent, pour une population d’un peu plus de 20 millions d’âmes.

Le mal des ardents

Le pain fabriqué avec de la farine de seigle « corrompu » causait « l’ergotisme », maladie provoquée par une moisissure, le claviceps purpurea, contenant de l’ergotamine, un alacaïde de l’ergot de seigle. Cette affection chronique, attestée dès le haut Moyen Âge, opéra maintes fois ses ravages. Au XVIIe siècle, elle est notamment signalée en 1630 en Sologne. Elle frappait principalement les petites gens, consommateurs quasi exclusifs de ce pain, et pouvait dégénérer en grave épidémie, facilement diagnostiquée par ses symptômes les plus visibles : sautillements, puis gangrène d’un doigt, d’une main, d’un pied... qui noircissaient avant de tomber d’eux-mêmes, sans saigner, sans guère de douleur. Le malade ainsi naturellement amputé survivait si la gangrène ne s’étendait pas. Si elle persistait, elle gagnait le tronc et la tête, amputée du nez. Il n’était pas rare de rencontrer des visages ainsi ravagés dans les rues. Mais le plus souvent, dans ces cas graves, une défaillance cardiaque emportait le malade, après un bref délire. Chez les femmes enceintes, l’intoxication provoquait des avortements spontanés. « Blés cornus » ou autres « viciées » provoquaient bien d’autres effets : mélancolie, hébétude, teint livide, fièvre maligne, ensommeillement et délires, mal de dos et de jambes, convulsions accompagnées de cris, apparition sur le corps de quelques énormes vésicules de sérosité âcre qui crevaient, crampes et engourdissement des membres. Le sang des saignées était noirâtre, visqueux, couenneux, épais. Les jambes et les bras atteints étaient comme brûlants, devenant rouges puis violets. Aussi cette affection portait le nom de « feu de la Saint-Antoine » ou « mal des ardents ». Les peuples qui en étaient atteints trouvaient dans l’adoration des reliques le plus sûr moyen d’en réchapper. En 997, trois saints confesseurs avaient été invoqués : Martin de Tours, Ulric de Bayeux et Père Maïeul de Cluny.

Le fléau a été enregistré pour la dernière fois en France en 1951, à Pont-Saint-Esprit et sa région (Gard).

Écrouelles et marcouls

Appelé aussi scrofule, le mal des écrouelles correspond à une adénite tuberculeuse. Depuis Philippe Ier, au XIe siècle, les rois de France avaient la réputation de guérir la maladie par imposition des mains, ou tout au moins d’être les intermédiaires auprès de Dieu, d’où la maxime : « Le Roi te touche, Dieu te guérit ». Saint Marcoul, spécialiste des maux de cou, était censé avoir le même pouvoir depuis plus longtemps. La tradition populaire attribuait d’ailleurs aussi le même don au septième garçon d’un ménage, pour autant qu’aucune fille ne se fût intercalée. On lui donnait le prénom de Marcoul, dont l’archétype était le Petit Poucet, le dernier de sept frères, qui sauva de l’ogre les six autres. La croyance populaire atteste encore, au début du XVIIIe siècle, qu’un petit Marcoul était un être privilégié par le destin.

La rage

La rage se transmet à l’homme principalement par la morsure du loup, du renard, ou du chien qui, lui-même, a souvent été mordu par un loup. Elle se déclare après une période d’incubation plus ou moins longue. Quand la rage menaçait, il arrivait que le Conseil de Ville ordonnât d’abattre tous les chiens errants. Un tueur de chiens est déjà attesté à Douai au XIIe siècle.

Dès qu’elles présentaient les premiers symptômes, les personnes mordues, dont on craignait les morsures, étaient isolées. À Angers, elles étaient enfermées dans une tour, où, prétend un témoin, « on les voyait se déchirer et crier impitoyablement et enfin expirer ». Pour tâcher de sauver les enragés, on ouvrait leurs plaies au rasoir pour éliminer — de préférence avec le jus d’herbes spécifiques — toute infection par la bave, l’haleine ou le simple attouchement. Ensuite, on les cautérisait au fer rouge. Comme la méthode s’avéra inutile, on finit par laisser mourir les infectés, à moins qu’on ne hâtât leur mort en les étouffant sous un oreiller ou en les exécutant à l’arme à feu. Ainsi, à Limas-en-Beaujolais, un valet nommé Gabriel Dubost fut mordu par un loup le 24 mars 1700. Le matin du 13 avril, il reçut les sacrements puis son maître l’abattit d’un coup de fusil. Le curé l’enterra le soir même, à six heures, et rapporta froidement l’événement dans le registre paroissial, sans un mot pieux.

Une autre thérapie consistait à immerger violemment et de nombreuses fois le malade dans l’eau de mer (à une époque où l’on ne s’y baignait pas), parce qu’ainsi — prétend le médecin Pierre Hunauld d’Angers —, par l’effroi provoqué chez lui et en raison d’« un tel renversement du sang et des esprits [...], la rage est détruite dans son principe ». Des registres paroissiaux attestent la méthode. Ainsi, le 22 juin 1701, le curé de Saint — Germain-des-Prés (Anjou) enterrait Pierre Foucault, d’Angers, « mort en passant, ayant été mordu par un chien enragé et qui pour cest effet alloit voir la mer ».