Wilmer McLean : l’homme chez qui débuta et se termina la guerre de Sécession

Wilmer McLean : l’homme chez qui débuta et se termina la guerre de Sécession

En 1725, Richard Blackburn quitta sa ville natale de Ripon, dans le Yorkshire et s’embarqua pour le Nouveau Monde, où il s’installa en Virginie du Nord. Il y construisit Ripon Lodge, sur un promontoire surplombant la crique Neabsco et le fleuve Potomac. La vie leur fut clémente, et les Blackburn prospérèrent. Une de leurs petites filles épousa Bushrod Washington (1762-1829), neveu du Président. Un jour, la famille Blackburn quitta sa chère plantation, la vendant à Wilmer Mac Lean (1814-1882).

Wilmer McLean

Il y a beaucoup de gens qui peuvent se vanter d’avoir assisté au début d’un conflit majeur, et évidemment à sa fin. Peu peuvent déclarer avoir été témoins des événements du début à la fin. Mais seul Wilmer Mac Lean peut prétendre avec raison qu’une guerre commença dans sa cuisine pour se terminer dans son salon. Il avait prudemment amassé les bénéfices de son commerce de gros d’épicerie, et il se retira en 1854 à Ripon Lodge, qui s’avéra se situer en plein milieu de la Première bataille de Manassas Junction, alias la Première bataille de Bull Run, qui fut la première confrontation de la Guerre de Sécession (1861-1865).

Les forces confédérées étaient placées sous les ordres du général portant le magnifique nom de Pierre Gustave Toutant Beauregard (1818-1893), qui avait choisi la maison des Mac Lean pour y installer son quartier général. Alors que les forces en présence manœuvraient, à la recherche de la meilleure position, Beauregard et son état-major discutaient dans la cuisine quand un des premiers obus tirés pendant cette guerre passa directement au travers de la cheminée pour toucher le chaudron où mijotait le ragoût qui devait leur être servi. Copieusement arrosés par les talents culinaires de madame Mac Lean, ils se précipitèrent tous dehors pour rejoindre leurs positions. La guerre avait commencé.

Les Mac Lean survécurent à cette interruption agitée de leur repas, et Wilmer retourna à son commerce de gros pour fournir à l’armée confédérée des produits alimentaires, essen­tiellement du sucre et de la mélasse. Les affaires marchaient plutôt bien, mais Wilmer arriva à la conclusion que son cher Ripon Lodge devait porter malheur, après que ses amis sudistes furent revenus pour l’épisode de la Seconde bataille de Manassas/Bull Run en 1862. Estimant qu’un repli stratégique pourrait se révéler bon pour leur santé, les Mac Lean vendirent et arrivèrent à Appomattox, en Virginie, où ils achetèrent une nouvelle résidence, à côté du tribunal de la ville.

Portrait du Gen. Robert E. Lee

Mais la guerre devait bientôt rattraper ce pauvre vieux Wilmer, le jour où sa sieste du dimanche 9 avril 1865 fut interrompue par l’arrivée du colonel Charles Marshall, secré­taire militaire du général Robert E. Lee. Marshall lui demanda s’il connaissait un bâtiment conve­nable, dans lequel Lee et Grant pourraient finaliser le traité de paix qui mettrait fin à la guerre. Avec la sensation que le doigt malicieux du destin était une fois de plus pointé dans sa direction, Wilmer emmena Marshall dans la direc­tion opposée à son domicile, dans une maison abandonnée.

Mais une fois de plus, la résistance opposée par Wilmer, à se tenir éloigné de toute manifestation militaire se trouva battue en brèche par les objections de Marshall, qui fit valoir que pareille cérémonie ne pouvait se dérouler dans semblable taudis. Avec un soupir de résignation à l’idée de se voir entrer dans l’Histoire, Wilmer ramena Marshall chez lui et l’installa dans le salon. Tard dans l’après-midi, tout était consommé, et après le départ de Grant et de Lee, le pillage commença.

Même le général Sheridan fut de la partie, emportant la table sur laquelle les termes de la reddition avaient été signés. En quelques minutes, tous les meubles étaient partis, et ceux qui étaient trop lourds pour être emportés furent fracassés et les débris vendus aux chasseurs de souvenirs. Même les tapisseries recouvrant les sièges ainsi que les rideaux furent découpés en lanières et vendus. Les lieux furent d’ailleurs essentiellement saccagés par les gens que Wilmer avait invités à assister à la cérémonie.

Portrait du Maj. Gen. Ulysses S. Grant

Sans regret, les Mac Lean déménagèrent de nouveau, cette fois dans l’une des propriétés de madame Mac Lean, dans le comté Prince William, en Virginie.

Wilmer omit délibérément de régler les payements encore dus pour sa résidence d’Appomattox, obligeant la banque à vendre la place à un certain Nathaniel Raglan. Sa veuve revendit la propriété en 1891 au capitaine Myron Dunlap, qui caressait l’idée d’en faire un musée national. Il fit démon­ter la maison et l’expédia à Washington, mais fit faillite avant que la reconstruction ne puisse commencer. Les piles de bois et de matériaux furent une fois de plus la proie des voleurs et vandales de tous acabits, et les éléments naturels mirent le point final au désastre.

Après la Deuxième Guerre mondiale, un projet de recons­truction vit le jour, et le 9 avril 1949, la réplique fut inaugurée par les descendants, le major général Ulysse S. Grant III (1881-1968) et Robert E. Lee IV. Cette fois, personne ne fut autorisé à voler les meubles.

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