Opulence et excès de la papauté d’Avignon

Opulence et excès de la papauté d'Avignon

À la suite de l’attentat d'Anagni fomenté par Philippe le Bel contre le pape Boniface VIII en 1303, six papes français se succédèrent à Avignon, de 1309 à 1378. Jugés trop favorables aux rois de France, leur crédit international s'affaiblit. Ils perdirent aussi en autorité morale par la vie fastueuse qu'ils menèrent dans l’immense palais-citadelle qu'ils firent construire et décorer à grands frais. Décadence du pouvoir pontifical et excès de l’Église favorisèrent l’éclosion et le progrès des hérésies, annonciatrices de la Réforme protestante.

Pierres funestes

Bertrand de Got était vigneron à Pessac avant d'être élu pape à Avignon, sous le nom de Clément V, en 1305. Lors de son couronnement à Lyon, un accident gâcha la cérémonie : un mur de pierres s'effondra sous le poids des spectateurs, tua douze participants au cortège – dont le duc de Bretagne – et fit tomber le pape lui-même qui perdit dans sa chute la plus belle pierre de sa tiare, une escarboucle estimée à six mille florins. Le soir, au cours du banquet, le vin opéra à son tour ses ravages. Une rixe éclata entre les familiers du nouvel élu et ceux des cardinaux, on se battit à l'épée et l'un des frères du pape fut tué. Mauvais présage ? En tout cas, c'est une autre pierre qui vint achever sa carrière. En 1314, il mourut après avoir avalé une émeraude que les médecins lui avaient prescrite, car on prêtait à certaines pierres des vertus magiques. Les joyaux des papes fascinaient les invités au palais. Lors du couronnement de Clément VI, le prince héritier et des ducs de France furent éblouis par la richesse de la tiare pontificale, hérissée d'un diamant « semblable à une flamme ».

Luxe palpable

La vaisselle précieuse de Clément V pesait l'équivalent de 159 kilos et celle de Clément VI, en 1348, 196. En 1347, ce dernier acheta entre autres tissus 40 draps d'or tissés à Damas, au prix de 1 278 florins. D'après les relevés des comptes, une pièce d'écarlate coûtait de 50 à 150 florins, une de brocart d'or de Venise, 30, et la garniture d'une houppelande en peau de martre, de 75 à 100. La soie était importée de Toscane ; la serge, de Tournai ; le blanquet, de Carcassonne ; le drap, essentiellement des villes flamandes, etc. Pour sa garde-robe personnelle, Clément VI acheta jusqu'à 1 080 peaux d'hermine ainsi réparties : « 68 au capuchon, 430 à une chape, 310 à un manteau, 150 pour deux capuchons, 64 pour un autre capuchon, 30 pour un chapeau, 80 pour un grand capuchon, 88 pour neuf birretae. » Jean XXII en faisait même recouvrir ses oreillers. Sous son pontificat, les frais vestimentaires des familiers de la cour atteignirent une moyenne annuelle de 7 842 florins. À sa mort, en 1334, le Trésor pontifical était évalué à 25 millions de ducats.

La grande bouffe

Les comptes de la cour étonnent moins par le raffinement que par la quantité de vivres achetés. L'intendant se pourvoyait en baleines, en provenance de La Rochelle, et en harengs, achetés à Bordeaux, par quintaux. En effet, le Palais s'approvisionnait de préférence en poissons de l'Atlantique plutôt que de la Méditerranée toute proche, en dépit des multiples droits de péage. Le 22 novembre 1324, au dîner offert par Jean XXII pour les noces de sa petite-nièce Jeanne de Trian avec Guichard de Poitiers, on consomma : une grande quantité de poissons divers, 4 012 pains, 8 bœufs, 55 moutons, 8 porcs, 4 sangliers, 200 chapons, 690 poules, 580 perdrix, 270 lapins, 37 canards, 50 colombes, 4 grues, 2 faisans, 2 paons, 2 092 oiselets, 3 quintaux et 2 livres de fromages, 3 000 œufs et 2 000 pommes, poires et autres fruits. On but 11 charges de vin.

Remise des oscars

Chaque quatrième dimanche de carême, le pape remettait solennellement la rose d'or, dont un modèle existe encore au Musée de Cluny, à Paris. Au XIVe siècle, le joyau, de grande valeur, se composait d'une branche de rosier, dont la fleur était sertie d'un saphir, de perles fines et de grenats. En 1368, Urbain V l'offrit à la reine Jeanne de Naples, et non au roi de Chypre, contre l'avis des cardinaux. Chaque année, à Noël, le pontife offrait un ceinturon d'argent, une épée, avec un chapeau ou un béret garni de perles fines à un noble qui s'était illustré par une action exemplaire au service de la chrétienté ou de la diplomatie pontificale.