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Pas de mafia sans citrons ? Les origines acidulées de la mafia

La , organisation criminelle célébrissime, rayonne dans le monde entier et son aura mythique imprègne significativement la culture, les médias, la littérature scientifique & romanesque – Babelio recense 2540 livres en lien avec la –, les séries, l’actualité,…, mais connait-on vraiment ses origines ? Si elle comprend différentes organisations criminelles (la Camorra, la ‘Ndrangheta, la Sacra corona unita), la la plus puissante est la Cosa Nostra, née en Sicile après la 2e moitié du 19e siècle, lieu qui est loin d’être anodin.

Selon une théorie récente développée par des chercheurs des universités de Belfast et de Göteborg en 2012 – Arcangelo Dimico, Alessia Isopi et Ola Olsson – qui ont analysé de nombreuses archives d’Etat, si la mafia a su s’implanter aussi solidement, ce serait étonnamment grâce au commerce des citrons ! La croissance et la consolidation de la structure mafieuse auraient été permises grâce au choc exogène de la découverte de l’Ecossais James Lind, médecin de bord du vaisseau Salisbury (de la flotte de la Manche) concernant l’efficacité des agrumes dans la guérison du scorbut, maladie mortelle due aux carences en vitamine C. Ce dernier a en effet réalisé une sorte d’expérience clinique sur des marins malades, répartis en deux groupes ; un groupe recevant la nourriture traditionnellement servie à bord des bateaux, l’autre, plus petit, un traitement à base de fruits frais. L’état de santé de ce deuxième groupe s’est vite amélioré, et Lind de publier en 1753 ses découvertes dans le Traité du Scorbut.

Cette découverte n’est pas anecdotique : le scorbut est la première cause de mort des voyages en mer de longue durée. Une comparaison a été faite pour voir combien de marins sont morts en bataille et combien sont morts de la maladie durant la Guerre de Sept Ans (1756-1763) : sur 185 000 marins enregistrés, plus de 130 000 périssent du scorbut, alors que la bataille en tant que telle a provoqué la mort de 2000 marins. La découverte de Lind ne restera pas sans conséquence, même s’il faudra attendre la fin du 18e siècle pour que des mesures soient prises. En 1795, la Commission de la Royal Navy impose du jus de dans la diète des marins.

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Ainsi débute le commerce des agrumes et la croissance spéculative de celui-ci est évidente dans ces chiffres : 740 barils de jus de citron en 1837, 20 707 en 1850. L’Angleterre dépense 5818 sterlings en 1837, 625 000 en 1850 ! Les producteurs en profitent pour développer leurs cultures d’agrumes et la Sicile qui bénéficie du climat idéal, est capable d’irriguer facilement les cultures en eau et se trouvant en outre à un endroit stratégique pour créer un réseau commercial, devient un lieu-dit, propice à l’expansion d’un commerce international. Occasion en or à saisir pour la structure mafieuse qui profitait déjà de l’instabilité politique conséquente à l’échec du système féodal pour régulariser les rapports sociaux grâce à ses hommes d’, personnages charismatiques mais aussi arrogants, et surtout, violents.

Ces chercheurs rapportent qu’en 1870 la demande publique d’oranges et de citrons a continué de s’accroître, concomitamment à l’augmentation des cas de scorbut, la vitamine C des agrumes étant nécessaire de par son rôle essentiel dans la protection du tissu conjonctif, osseux et la dentine des dents. Les producteurs de citrons vont de la sorte faire appel à des filiales mafieuses, à la fois pour la protection de leur propriété privée – en lien avec un état de droit faible et un haut niveau de pauvreté –, et à la fois pour avoir des intermédiaires entre les revendeurs et les exportateurs dans les ports. C’est ainsi que la mafia va devenir une des institutions économiques européennes les plus dangereuses de l’âge moderne…

Mélanie Castermans

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