Hugues Capet : le roi élu

Hugues Capet : le roi élu

La dynastie carolingienne s'éteignit avec Louis V le Fainéant (ca. 967-987). En 987, sur les conseils de l'archevêque de Reims, les grands du royaume élurent pour lui succéder Hugues Capet, fondateur de la dynastie capétienne qui régna sur la France jusqu’en 1328. Homme pondéré et plein de bon sens, il se contenta de rompre son isolement politique sans brusquer les événements. Le pouvoir des faibles Capétiens finit par s’affirmer en raison de la stabilité de leur dynastie, de la pratique du sacre qui conférait un grand prestige à la dignité royale et d'une politique rigoureuse pour mettre de l’ordre dans leur domaine en croissance.

Hugues Carpette

Le 1er juin 987, les « pairs de France » se réunirent à Senlis et choisirent pour roi Hugues, duc des Francs, en raison de sa faiblesse. Le sobriquet « Capet » était justifié par la courte cape qu'il portait à titre d'abbé laïc de Saint-Martin-de-Tours, relique appartenant à la famille des Robertides, dont il était issu. Par déférence pour les puissants barons qui l'avaient élu, il ne pouvait porter ombrage à ceux-ci, comme le rappelle cruellement pour lui l'anecdote suivante. Aldebert de Périgord ayant refusé d'obtempérer à l'un de ses ordres, Hugues lui aurait rappelé ainsi sa sujétion de vassal : « Qui t'a fait comte ? » Aldebert aurait répliqué, laissant le roi pantois : « Qui t'a fait roi ? ».

Celui qui n'a jamais péché...

Dans La vie du roi Robert, le chroniqueur Helgaud de Fleury évoque l'épisode suivant. Un jour de la semaine sainte, alors qu'il se rendait à la messe dans sa chapelle du palais de Saint-Denis, Hugues Capet avisa devant lui deux malheureux qui, couchés dans un coin, se livraient ensemble à une honteuse occupation. Au lieu de les humilier, il les recouvrit de son manteau de fourrure. Puis Helgaud rapporte que le roi « entra dans la sainte église pour prier Dieu tout-puissant et l'implora de ne point laisser périr les coupables ». Il espéra « avoir ainsi donné le temps de s'en aller à ces malheureux dont le péché avait tué l'âme, mais qui pourraient par la pénitence retrouver la vie en Dieu ». Le chroniqueur conclut : « Voilà toujours deux sodomites qui auront échappé aux sanctions du pénitentiel. »

Selon lui, le roi fit preuve d'une exceptionnelle charité et pour cause : la sodomie était considérée comme un péché mortel, d'autant que, dans ce cas précis, l'acte fut pratiqué quasi sous le porche d'une église. Sa position révolutionnaire apportait l'espoir que le rachat spirituel d'une telle ignominie n'était pas exclu et qu'elle ne déclenchait pas automatiquement la colère divine.