La maison Winchester : quand des fantômes jouent les architectes

La maison Winchester : quand des fantômes jouent les architectes

L’une des maisons les plus étranges au monde se trouve à San José, en Californie. Elle est immense puisqu’elle comporte plus de quarante chambres et un total de cent-soixante pièces. À l’intérieur, on peut y trouver des portes qui donnent sur des murs, des escaliers qui mènent au plafond ou encore des fenêtres placées sur le sol. Pour comprendre comment les propriétaires en sont arrivés à ce résultat, il faut se plonger au beau milieu du dix-neuvième siècle dans la famille Winchester-Pardee.

Sarah Pardee nait en septembre 1839 dans une riche famille du Connecticut. Elle bénéficie d’une éducation soignée, dispensée dans des écoles privées prestigieuses. Cela lui permet de participer à de nombreuses soirées mondaines et d’y rencontrer son futur mari : William Wirt Winchester. Il est lui-même le fils d’un des hommes les plus importants de l’État puisque son père Olivier occupe le poste de vice-gouverneur entre 1866 et 1867. En plus de sa carrière politique, le patriarche développe son entreprise qui fait qu’aujourd’hui encore son nom est connu dans le monde entier : les armes à feu Winchester.

Lorsque Sarah Pardee et William Winchester se marient le 30 septembre 1862, ils sont à la tête d’une fortune considérable. Leur union les comble de bonheur jusqu’en 1866, date à laquelle Sarah donne naissance à la petite Annie. Malheureusement pour eux, le nourrisson souffre d’une maladie rare qui l’empêche de synthétiser les protéines contenues dans ses aliments. Cette forme de malnutrition l’amène à une mort rapide, après une existence d’à peine quarante jours. Le couple est dévasté par cet évènement tragique et la mère en deuil sombre dans une profonde dépression dont elle ne se remettra jamais. En conséquence directe, ils n’auront plus d’autre enfant. En 1880, Olivier Winchester décède et lègue son empire à William. Moins d’un an plus tard, c’est le nouveau patron de la Winchester Company qui succombe d’une tuberculose. Sarah se retrouve alors seule, à la tête d’une entreprise d’armes à feu très populaire et avec plus de vingt millions de dollars sur son compte en banque.

Dévastée par les décès successifs de ses proches, Sarah se tourne vers les sciences occultes pour trouver une explication à la malédiction qui la frappe. Elle consulte un médium qui lui explique que les âmes des personnes abattues par les armes Winchester se vengent sur sa famille afin de la faire souffrir comme eux ont souffert. La solution est alors toute trouvée : afin de se débarrasser des esprits qui la hantent, elle doit leur construire une maison afin que ceux-ci puissent y vivre.

Comme le médium lui parle de rejoindre la région « du soleil couchant », elle vend toutes ses propriétés au Connecticut et part pour la Californie, État le plus à l’ouest d’Amérique. Trois ans plus tard, elle trouve enfin le lieu parfait pour y construire ce que l’on attend d’elle. Elle achète une maison en cours de construction, composée de six pièces, ainsi que les 162 acres de terrain qui l’accompagnent.

Sarah commence donc à rénover et reconstruire sa nouvelle propriété. Pour cela, elle se livre à un rituel quotidien très étrange : toutes les nuits, elle se rend seule sur le chantier et s’entretient, selon elle, avec les esprits qui habiteront la future demeure. Ceux-ci lui transmettent leurs volontés afin de diriger les travaux comme eux le souhaitent. Une fois la nuit passée, la propriétaire se rend chez le contremaitre afin de lui fournir les plans du jour. Toujours selon Sarah, les esprits avec qui elle élabore les changements à apporter à la maison lui veulent du bien. Si certaines demandes n’ont ni queue ni tête, c’est avant tout pour faire de la demeure un labyrinthe afin que les âmes vengeresses ne puissent y retrouver la propriétaire.

C’est donc un ballet incessant de charpentiers, maçons, plombiers ou autres chauffagistes qui défile tous les jours pendant des décennies. En 1906, la maison est devenue immense : elle comporte cent-soixante pièces réparties sur plus de sept étages ! Un tremblement de terre fera s’écrouler les trois derniers cette année-là, réduisant la surface totale de la demeure. Sarah Winchester y voit la manifestation des esprits, non contents de voir les travaux toucher à leur fin. Pour y remédier, elle décide de ne pas reconstruire ce qui s’est écroulé. Quelques mois plus tard, elle se résout pourtant à recommencer les travaux et porte à vingt-cinq le nombre de chambres dans la maison. La raison est simple : elle craint les esprits vengeurs et ne dort jamais deux nuits de suite dans la même pièce afin de leur compliquer la tâche s’il leur venait une mauvaise idée en tête.

Les travaux continuent jusqu’à la mort de Sarah en 1922. Pendant une demi-année, sa nièce fait visiter la demeure aux curieux. Le célèbre roi de l’évasion Houdini en fait partie et déclare qu’il s’agit là de la « Maison du Mystère », surnom qui la définit encore aujourd’hui. Au total, Madame Winchester a dépensé plus de cinq millions de dollars pour construire et reconstruire sa maison pendant trente-huit ans.

Depuis le décès de Sarah, de nombreux témoignages d’évènements surnaturels nous sont parvenus. Ils émanent parfois des employés qui y travaillent, parfois des visiteurs eux-mêmes. Alors, tout cet argent a-t-il été utilisé à bon escient pour soulager les âmes tourmentées qui la hantaient ? Sarah était-elle simplement atteinte de folie ? Vous pouvez vous faire votre propre idée, si vous le souhaitez, en vous rendant à San José pour visiter la plus étrange maison des États-Unis.

 

Auteur : Arnaud Pitout.