Tibère : l’empereur aux plaisirs pervers

Tibère : l'empereur aux plaisirs pervers

Boisson

Parmi les plus inoffensifs, citons son amour immodéré pour le vin qui conduisit, pendant ses débuts militaires, ses compagnons d’armes à modifier son nom : Tiberius Claudius Nero devint Biberius Caldius Mero. Biberius du verbe latin bibere, boire. Claude et Néron, ses autres noms transformés en caldius (chaud) et merum (vin blanc). En finale : l’ivrogne amateur de vin blanc chaud. Tout un programme... Plus tard, devenu empereur, il participa à une orgie de quarante-huit heures en compagnie de Pomponius Flaccus et Lucius Pison. C’était au moment où il travaillait à la réforme des mœurs... Aussitôt après ce mémorable banquet, il nomma le premier gouverneur de la Syrie, et le second, préfet de Rome. Dans les correspondances qu’il échangeait avec eux, il les appelait ses amis les plus chers et de toutes les heures.

 

 

Voyeurisme

 

Dans sa villa de Capri, il avait installé des chambres garnies de bancs. Là, des groupes de jeunes filles et de garçons formaient entre eux des chaînes et forniquaient en sa présence dans l’espoir que ce spectacle ranime ses désirs.

 

Turpitudes

 

De jeunes garçons étaient entraînés dès leur plus jeune âge à jouer entre ses cuisses pendant qu’il était dans son bain. Il les appelait ses petits poissons. D’autres enfants non sevrés étaient habitués à téter ses organes génitaux.

 

Avarice

 

Son règne ne fut signalé par aucun grand monument, et il ne fit de largesses publiques que contraint et forcé, quand un peuple affamé réclamait du secours avec une insistance qui pouvait devenir dangereuse. Il n’accorda que très peu de congés aux vétérans de ses armées, comptant sur leur vieillesse et leur mort. Cette avarice le conduisit à la confiscation des biens dans les riches provinces de l’empire. Les habitants des Gaules, de l’Espagne, de la Syrie et de la Grèce furent mis à contribution forcée uniquement parce que ceux-ci disposaient d’une partie de leur fortune en argent comptant.

 

 

Ses rapports houleux avec sa famille

 

Il ne visita jamais sa mère durant sa maladie, et quand elle mourut, il se fit attendre longtemps pour ses funérailles. Quand il daigna s’en préoccuper, le corps était infect et pourrissant quand il fut enfin brûlé. Il s’opposa à l’apothéose de sa mère sous le fallacieux prétexte que telles étaient ses dernières volontés. Il annula son testament et acheva la ruine de tous ceux qui l’avaient entourée, même ceux qu’elle avait chargés du soin de ses funérailles. Il ne manifesta aucune tendresse paternelle, ni envers son propre fils Drusus ni envers son fils adoptif Germanicus. Après la mort de Drusus, des envoyés de Troie lui apportèrent un peu trop tard à son goût leurs condoléances. Il se moqua d’eux en leur disant qu’il les plaignait beaucoup d’avoir perdu un aussi illustre citoyen qu’Hector (un des mythiques héros de la Guerre de Troie, qui eut lieu douze siècles avant l’époque de Tibère, et relatée par Homère au VIIIe siècle av. J.-C.). Il réserva un sort horrible à sa belle-fille Agrippine, qu’il exila dans l’île de Pandataria. Il la fit battre par un centurion, qui lui arracha un œil. Elle résolut de se laisser mourir de faim, mais il la fit nourrir de force. Elle s’obstina dans sa volonté et mourut finalement. Il fit également périr deux de ses petits-fils en les accusant de tout et n’importe quoi. Tous deux moururent également de faim : Néron dans l’île de Pontia et Drusus dans les souterrains du mont Palatin.

 

Plaisirs pervers

 

À Capri, Tibère sombra dans la débauche la plus totale et fit construire une villa où il pourrait réaliser ses fantasmes les plus inavouables. Ils ont été largement décrits par l’historien romain Suétone, qui dans sa Vie des douze Césars, consacre de nombreuses pages aux vices de l’empereur.

 

Capri. Villa de Tibère vue du Saut de Tibère

 

Ses crises de rage

 

Un jour, peu après son arrivée à Capri, un pêcheur l’aborda alors qu’il était seul. Son seul crime était d’avoir voulu offrir à l’empereur un rouget d’une taille extraordinaire. Effrayé, Tibère fit fouetter le visage du malheureux avec ce poisson. Ce dernier, en subissant sa peine, se félicita de ne pas lui avoir fait présent d’une grosse langouste, prise également. Tibère ordonna qu’on lui déchirât la face avec cette dernière. On montre encore aujourd’hui à Capri le lieu des exécutions : un rocher d’où l’on précipitait les hommes auxquels on avait préalablement fait endurer les tortures les plus sauvages. Des matelots les poursuivaient dans la mer et les frappaient avec des crocs ou des avirons jusqu’à ce qu’ils expirent et coulent.

 

Ceux qui étaient appelés à comparaître devant les tribunaux se suicidaient dans leurs maisons pour éviter la torture et une mort ignominieuse, car les suppliciés étaient traînés à l’aide d’un croc et jetés aux Gémonies (un escalier au flanc du Capitole où l’on exposait les corps des suppliciés avant de les jeter dans le Tibre).