Un notable démonophobe

Un notable démonophobe

Nicolas Remy (1530-1612) fit une belle carrière dans la magis­trature et la politique en Lorraine, une terre où la contre-réforme tendait à s’implanter de plus en plus fermement. Juriste et histo­rien, Nicolas fut membre du conseil privé du duc de Lorraine Charles  III, il fut échevin de Nancy et procureur, ce qui l’amena à instruire et juger de nombreux procès de sorcellerie. Or, Nicolas Remy croyait dur comme fer en la réalité des sabbats.

 

Ayant un jour à juger une femme accusée d’aller nuitamment au sabbat, il reçut le témoignage sous serment de son mari qui jura que sa femme n’avait pas quitté le lit conjugal de la nuit. Nicolas Remy l’envoya pourtant au bûcher sous prétexte que le diable s’était emparé de son âme et que même en rêve elle avait pactisé avec le Malin. La carrière de Nicolas Remy abonde de ces absurdités criminelles. Fort de son expérience, il publia, en latin, en 1592 la relation de ses exploits dans son livre Démono­lâtrie traduit en français en 1595.

 

Petit précis à l’usage des tortionnaires

Nicolas Remy ne se contente pas d’être narratif, il se veut aussi pédagogue en matière de chasse aux sorcières et codifie avec un grand luxe de détails les tortures à appliquer aux suspects. Il n’est question que de torsions et d’écrasements de doigts et de pieds et d’horribles étirements des membres, répétés jusqu’à l’évanouissement. La présence d’un médecin était cependant toujours requise de manière à ce que l’application de la ques­tion n’entraîne pas la mort du suspect et donc le silence définitif sur ses actes maléfiques. Cette fin prématurée privait aussi le juge d’une ultime dénonciation de complices concernant des sabbats et autres pratiques auxquelles l’inculpé avait participé. Même si leur lecture donne froid dans le dos, certains histo­riens actuels estiment que Nicolas Remy se montre « modéré » par rapport aux juges allemands et suisses à qui la loi locale accordait plus d’inventivité et de créativité dans les tourments infligés pour obtenir des aveux.

 

« Aucuns disent qu’il n’y a de douleur si grande que celle qui vient de la distillation d’eau froide sur le nombril. Aucuns que les millepedes cloportes et porcelets Saint-Antoine appliqués et retenus sur le nombril font plus grandes rage et tourments », estime le procureur lorrain Didier Colin, adepte des tortures « originales ».

 

 

Un bourreau d’enfants vantard

Même les enfants ne trouvaient pas grâce aux yeux de Remy. Générale­ment, les petits emmenés par leurs mères au sabbat étaient « simplement » fouettés devant le bûcher de leur mère. La coutume fit qu’au fil du temps, même sans soupçon de cette complicité, ils reçoivent le fouet. De toute manière, leurs biens étaient confisqués, ils étaient indésirables dans leur village ou leur quartier et ne s’ouvrait devant eux qu’un avenir de misère, d’exclusion et de prosti­tution. Ce « démonophobe » sans cœur qu’était Nicolas Remy prônait fermement la mise à mort des enfants. Il prenait comme « sainte » référence l’histoire biblique d’Elizée qui avait fait dévorer quarante-deux enfants à Béthel pour l’avoir raillé à propos de sa calvitie.

 

Enfin, dans ses écrits, Nicolas Remy se vante d’avoir envoyé à la mort huit cents sorciers en moins de vingt ans tandis que pendant la même période, il se targue d’en avoir débusqué tout autant dont il regrette qu’ils aient pu résister à la torture ou qu’ils se soient évadés.

 

« La sévérité salutaire doit l’emporter sur la vaine clémence » lui tenait lieu de credo quand il voulait extirper le mal à la racine et faire trépasser des bambins.

 

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