Charlemagne mis a nu

La dynastie des Carolingiens fut fondée par le maire du palais Pépin le Bref, couronné roi en 751, mais elle doit son nom à son plus illustre représentant, « Carolus Magnus », sacré empereur en 800.  « Père de l'Europe », Charlemagne aspira à l'universalité. En 843, au traité de Verdun, l'empire fut divisé en trois : Francie, Germanie et Lotharingie. À la suite d'invasions hongroises, sarrasines et surtout normandes, les Carolingiens finirent par perdre toute autorité, ce qui favorisa celle de seigneurs locaux et donc la féodalité. Les Carolingiens régnèrent en jusqu'en 987 et en Germanie jusqu'en 911. Cette dernière devint empire en 962, avec Otton Ier.

Portrait

Le moine Eginhard, son biographe, le décrit ainsi, sans complaisance, dans sa Vita Caroli :

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« D'une large et robuste carrure, il était d’une taille élevée, sans rien d'excessif d'ailleurs. [...] Il avait le sommet de la tête arrondi, de grands yeux vifs, le nez un peu plus long que la moyenne, de beaux cheveux blancs, la physionomie gaie et ouverte. Aussi donnait-il, assis comme debout, une forte impression d'autorité et de dignité. On ne remarquait même pas que son cou était gras et trop court et son ventre trop saillant. [...] La voix était claire, sans convenir cependant tout à fait à son physique. Doté d'une belle santé, il ne fut malade que dans les deux dernières années de sa vie. [...] Mais il n'en faisait alors qu'à sa tête, au lieu d'écouter l'avis de ses médecins, qu'il avait pris en aversion parce qu'ils lui recommandaient de se passer de mets rôtis [...] et d'y substituer des viandes bouillies. »

Il était très simple dans son comportement et dans son habillement, ne revêtant jamais que le costume franc, sauf les jours de fête où ses habits étaient brodés d'or, ses brodequins ornés de pierres précieuses, son manteau retenu par une fibule (agrafe) d'or et où un diadème étincelant de pierreries lui parait la tête. Il était pieux, allant à l'église matin et soir, et studieux ; il parlait le latin et comprenait le grec. Il apprit avec des maîtres, même à un âge avancé, la rhétorique, l'astronomie et le calcul. Prolixe, il parlait bien, mais écrivait difficilement. À la fin de sa vie, il profitait de ses insomnies pour s'exercer encore à l'écriture, sans résultat probant. Sous son influence, les arts et les lettres refleurirent. Le plus illustre représentant de la renaissance carolingienne fut le moine anglo-saxon Alcuin, précepteur de l'empereur, réputé l'homme le plus érudit de son temps.

À table, Charlemagne était sobre, évitait les boissons alcoolisées, écoutait de la musique ou des lectures, se délectant surtout de la Cité de Dieu de saint Augustin. Ses passe-temps préférés étaient l'équitation, la chasse et la natation.

Mort à un âge canonique pour l'époque (72 ans), il apparaît comme le canon de la virilité puisqu'il eut au moins dix-sept enfants de quatre épouses et cinq concubines, ce qui ne l'empêcha pas d'être canonisé en 1165.

Discuter théologie en tenue d’Adam

Une des distractions préférées de l'empereur était la nage, comme le rapporte son biographe contemporain, le moine irlandais Eginhard :

« Il aimait les eaux thermales (pour le soulager de la goutte) et s'y livrait souvent au plaisir de la natation où il excellait au point de n'être surpassé par personne. C'est ce qui l'amena à bâtir un palais à Aix-la-Chapelle (nom dérivé de aqua, eau) et à y résider constamment dans les dernières années de sa vie. Quand il se baignait, la société était nombreuse : outre ses fils, ses grands, ses amis et même de temps à autre la foule de ses gardes du corps étaient conviés à partager ses ébats et il arrivait qu'il y eût avec lui dans l’eau jusqu'à cent personnes ou même davantage. »

Tous se baignaient nus, comme d'habitude pendant tout le Moyen Âge, où le caleçon de bain n'existait pas encore. C'est aussi dans cette même piscine que se déroulaient les réunions de l'Académie palatine, rassemblant de grands intellectuels de toute l'Europe, sauf des Francs, jugés trop frustes. On y discutait, on y dissertait même sur des points complexes de théologie.

Quand Berthe prenait son grand pied...

Pépin le Bref épousa Bertade, qui donna naissance à Charlemagne en 1742, 1747 ou 1748 dans une localité non précisée par les sources d’époque, à Herstal (dans l'actuelle banlieue liégeoise) selon la tradition la plus vraisemblable. La plupart des textes qualifient la reine de Berthe aux grands pieds, la vérité étant au grand pied, car un de ses pieds était plus grand que l'autre. Alors quand elle le prenait...

Un autre pied

Les indications sur la taille de l'empereur sont imprécises. Selon Eginhard, Charles « mesurait sept fois la longueur de son pied ». Nous ne connaissons hélas pas sa pointure. S'il s'agit de l'unité de mesure, elle a varié selon les régions. Si c'est le pied romain, qui équivaut à 29,6 cm, Charles mesurait 2,07 mètres. Si c'est le pied grec (30 cm), le roi franc atteignait 2,10 mètres. Si c'est le pied franc, équivalant à 32,48 cm, Charles dépassait les 2,27 mètres ! Mais Eginhard affine son indication en ajoutant que l'empereur n'excédait pas la juste mesure. Bref, sans aucun rapport avec son nabot de père, il devait approcher les deux mètres.

Barbu « or not » barbu ?

Les représentations figurées de Charlemagne sont trop rares pour donner une idée précise de son physique. Une mosaïque de la basilique Saint-Jean-de-Latran le montre aux côtés de saint Pierre et du pape Léon IV, imberbe, la bouche seulement garnie d’une épaisse moustache, ce que confirme une statuette équestre de la seconde moitié du IXe siècle, provenant de la cathédrale de Metz et aujourd'hui conservée au Louvre. La barbe, symbole de dégénérescence depuis les derniers Mérovingiens, était contraire à l'usage franc qui voulait qu'un homme eût le menton glabre. L'empereur à la « barbe fleurie » est donc probablement une légende entretenue plus tard par la littérature médiévale, à une époque où on ne pouvait concevoir un personnage éminent sans barbe. L'adjectif « fleurie » découle en fait du vieux français flori qui signifie blanc.

Conversion chrétienne en douceur...

Pour imposer le christianisme à la Saxe récemment conquise, après une lutte impitoyable entre 772 et 804, Charles fit décapiter 4 500 otages à Verden et appliqua en 785 l'implacable Capitulaire des Saxons :

« Quiconque, par mépris pour le christianisme, refusera de respecter le saint jeûne de carême et mangera alors de la chair sera mis à mort. Quiconque livrera aux flammes le corps d'un défunt, suivant le rite païen, et réduira ses os en cendres sera mis à mort. Tout Saxon non baptisé qui cherchera à se dissimuler parmi ses compatriotes et refusera de se faire administrer le baptême sera mis à mort. Quiconque manquera à la fidélité qu'il doit au roi sera mis à mort. Tous les enfants devront être baptisés dans l'année. »

Les yeux dans les yeux

Le jour où il apprit que des nobles complotaient contre lui, Charles s'emporta, mais leur accorda le pardon. Il les envoya prier à l'église voisine et leur promit même qu'ils ne le verraient jamais plus en colère ensuite. Il tint parfaitement sa promesse, car à la sortie du sanctuaire, des soldats leur crevèrent les yeux...

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