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Des balbutiements aux premières stars, la scandaleuse histoire d’Hollywood

Le cinéma ? Je n’y vais plus. Si j’avais su prévoir qu’on en viendrait là, je ne l’aurais pas inventé.

Depuis sa création, le cinématographe a diverti des millions de spectateurs et pourtant, Louis Lumière, lui, l’a renié. Au soir de sa vie, comme le montre cette citation pleine d’amertume, l’inventeur français regrettait l’exploitation purement commerciale de l’appareil qu’il a conçu avec son père et son frère dans les années 1890, lorsqu’ils soutenaient encore qu’il s’agissait d’une simple curiosité scientifique, une invention sans avenir.

Pourtant, cette trouvaille technologique avait bien vite fait parlé d’elle, car dès 1896 et la présentation du cinématographe à New York, les Lumière s’étaient attiré les foudres du très procédurier Thomas Edison. L’inventeur américain avait en effet créé le kinétoscope en 1891, un dispositif inspiré en grande partie par le travail du Français Etienne Jules Marey, permettant de regarder des images en mouvement à travers une sorte de judas. Le cinématographe était bien plus perfectionné puisqu’il permettait de projeter une pellicule sur grand écran, mais pour Edison, toute machine permettant d’observer des images en mouvement enfreignait son brevet. Il fut le premier à tenter d’imposer sa loi sur l’industrie cinématographique et se montrait infatigable lorsqu’il s’agissait de poursuivre ceux qui souhaitaient se tailler une part du gâteau.

Il est vrai que dans les années 1900, les apprentis cinéastes étaient déjà légion. Tout ce qu’il vous faut pour faire un film, c’est cinquante dollars, une pépée et une caméra, disait-on à l’époque en Amérique. Le plus simple des courts-métrages pouvait rapporter gros et se procurer du matériel ne s’avérait pas si difficile, car le marché noir était florissant. Ainsi, un petit billet, une caméra tombée du camion et une jolie jeune fille à qui on promettait monts et merveilles suffisaient à attirer l’attention des propriétaires de nickelodeons à travers les Etats-Unis.

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Avec leur nom mariant le grandiose au banal, ces salles de projection improvisées se mirent à pulluler dès le début du 20e siècle.

Elles marquèrent le début de la carrière cinématographique des plus grands directeurs de studios hollywoodiens.

Là où les membres de l’Establishment considéraient le cinéma comme un divertissement vulgaire pour petites gens, ces nouveaux entrepreneurs furent assez perspicaces pour distinguer le potentiel de cette invention. Ils étaient pour la plupart des immigrants juifs venus trouver une vie meilleure en Amérique du Nord : Samuel Goldwyn était polonais, Adolph Zukor, un des fondateurs de Paramount Pictures, et William Fox, de la 20th Century Fox, étaient hongrois, tandis que Carl Laemmle, d’Universal Pictures, était allemand. Ils arrivèrent tous aux Etats-Unis à l’adolescence. Louis B. Mayer, qui deviendra le président de la Metro-Goldwyn-Mayer, est né en Biélorussie et émigra en Amérique alors qu’il était enfant, tout comme trois des quatre frères Warner, venus de Pologne.

Tous entrèrent dans le monde des affaires grâce à une filière différente : Goldwyn, Zukor et Fox vendaient des vêtements, Mayer était ferrailleur et les Warner fondèrent plusieurs petites boutiques, dont un magasin de vélos.

Dans la plus pure tradition hollywoodienne, leurs vies illustreront à merveille le rêve américain. À leurs débuts, en 1905, les frères Warner devaient emprunter les chaises du funérarium voisin quand leurs séances attiraient trop de monde, mais vingt ans plus tard, ils faisaient déjà partie des géants du cinéma. Le succès des nickelodeons ne s’expliquait pas seulement par leur prix d’entrée démocratique.

Là où les salles de music-hall et autres restaurants se montraient très sélectifs, les salles de cinéma ne refoulaient personne à cause de leur religion, de leur sexe ou de leur couleur de peau. De plus, qu’y avait-il de plus fédérateur qu’un film muet ? Les immigrés issus de tous pays pouvaient comprendre ce qui se passait à l’écran, même s’ils ne parlaient pas un mot d’anglais.

Au début du XXe siècle, cependant, les Etats-Unis n’étaient pas encore la plaque tournante du cinéma, c’était plutôt le français Charles Pathé qui se trouvait derrière la majeure partie des productions de l’époque.

En 1908, son studio, qui ne produisait pas seulement les vaudevilles tant prisés par les nickelodeons, mais aussi des mélodrames ou des films fantastiques, terminait un nouveau film tous les jours et avait déjà ouvert des bureaux en Asie et en Australie. Le deuxième plus gros producteur de films n’était pas américain non plus, il s’agissait du Danois Nordisk avec ses 2 000 employés.

Aux Etats-Unis, Thomas Edison faisait tout pour imposer sa loi en traînant devant les tribunaux tous les réalisateurs en devenir qui n’utilisaient pas ses projecteurs et caméras. Quand Pathé l’accusa de pirater ses films pour les distribuer à son compte, l’inventeur américain lui répondit avec un autre procès. Et quand la justice ne lui donnait pas raison, Edison engageait des détectives privés et autres voyous pour saboter ses rivaux, à tel point qu’il était devenu monnaie courante de créer de fausses équipes de tournage pour mener les enquêteurs en bateau.

En 1908, toujours dans sa quête monopolistique, Edison régla à l’amiable une procédure judiciaire vieille de dix ans avec l’American Mutoscope and Biograph Company, son principal concurrent, dans le but de contrer le pouvoir grandissant des propriétaires de nickelodeons.

L’alliance entre Edison et l’AM&B, qui fut vite surnommée le Trust, se donna le nom de Motion Picture Patents Company et essaya de réglementer de manière encore plus stricte l’usage des projecteurs et caméras, barrant la route à de nombreux cinéastes américains et à toutes les sociétés étrangères, sauf deux. Avant la création du Trust, les productions étrangères représentaient deux tiers des films distribués aux Etats-Unis, mais ce volume baissa de moitié en un an, un coup dur pour les studios européens qui dépendaient souvent du marché américain. Avec sa mainmise sur le matériel de tournage et de projection, Edison était certain de dominer le monde du cinéma pour de bon, mais c’était sans compter sur la témérité des futurs grands producteurs hollywoodiens.

C’est à Carl Laemmle, le fondateur d’Universal Pictures, qu’il revient d’attribuer la création du star-system hollywoodien.

Trois mois après la création du Trust, Laemmle se dit qu’il gagnerait beaucoup plus d’argent s’il produisait ses propres films. Ignorant les menaces d’Edison, il loua un studio à New York et se mit à débaucher des acteurs.

Contrairement aux producteurs du Trust, qui affublaient leurs comédiens d’un sobriquet par crainte de devoir les payer plus au cas où ils deviendraient trop populaires, Laemmle avait choisi de créer des vedettes et de les traiter comme il se doit. Ainsi, quand Mary Pickford, auparavant connue sous le nom de Fille aux cheveux bouclés, commença à jouer sous son vrai nom, son salaire bondit de 175 à 10 000 dollars par semaine, avec un bonus annuel de 300 000 dollars. Elle devint ainsi une des personnes les mieux payées des Etats-Unis à une époque où la plupart des femmes ne bénéficiaient pas du droit de vote.

Malgré les mesures d’intimidation et autres campagnes diffamatoires du Trust, Laemmle continua à faire des émules. En 1910, William Fox refusa non seulement de laisser le Trust contrôler la distribution de ses films, mais il remporta le procès qu’il s’était fait intenter par Edison et consorts. C’est à la même période que les premiers cinéastes se rendirent en Californie pour tourner leurs westerns dans un cadre plus authentique que les plaines du New Jersey. En 1913, lors du tournage du Mari de l’Indienne, Cecil B. DeMille loua ainsi une grange dans une petite bourgade de 166 habitants appelée Hollywood. Samuel Goldwyn, le principal investisseur du film, ordonna au réalisateur de ne pas prolonger son séjour. Quelques années plus tard, il fondait lui-même son studio en Californie...

Outre son climat ensoleillé, la variété de ses paysages et ses terrains à bas prix, Los Angeles avait l’avantage d’être la plus grande ville des Etats-Unis à ne pas compter le moindre syndicat. Les cinéastes pensaient avoir trouvé leur Eldorado, mais même à 5 000 kilomètres de leur zone d’influence, les sbires d’Edison ne lâchaient pas l’affaire. Les équipes de tournage avaient intérêt à cacher leurs caméras Pathé s’ils ne voulaient pas se faire poursuivre en justice avant la sortie de leurs films, mais malgré ce jeu du chat et de la souris, le Trust avait déjà perdu la partie. En 1912, Laemmle gagna le droit d’utiliser les caméras de son choix et cette même année, la moitié des films américains avaient été produits par des indépendants. Là où les studios du Trust tablaient exclusivement sur de courts vaudevilles demandant peu d’argent et encore moins de créativité, les nouveaux producteurs osaient tourner des longs-métrages plus ambitieux.

Le public ne s’y trompa pas et le Trust fut dissous dès 1918.

L’Âge d’or d’Hollywood pouvait commencer.

Qui dit Âge d’or, dit vedettes et qui dit vedettes, dit débauche. Or, le premier vrai scandale à toucher l’industrie cinématographique est aujourd’hui largement oublié, comme son protagoniste, Roscoe Fatty Arbuckle.

Jusqu’en 1921, Arbuckle était une des grandes stars du cinéma muet, au même titre que Chaplin ou Laurel et Hardy, mais cette même année, il fut inculpé pour le viol de Virginia Rappe, une jeune femme morte deux jours après être tombée malade lors d’une fête organisée par l’acteur.

Quand bien même aucune trace d’agression sexuelle ne fut constatée par le médecin qui avait examiné Rappe lors de son admission à l’hôpital, la police fit confiance à Bambina Delmont, autre invitée de la sauterie, lorsqu’elle affirma qu’Arbuckle avait abusé sexuellement de l’innocente victime. Détail non négligeable : Delmont avait déjà été condamnée pour extorsion, racket et fraude, tandis que personne d’autre n’entretenait de doutes à l’égard de l’acteur.

Trois procès furent intentés à Roscoe Arbuckle. Les deux premiers jugements furent nuls, faute de consensus entre les jurés, mais lors du troisième, la star fut blanchie en un temps record, notamment grâce à son avocat qui prouva une bonne fois pour toutes que les accusations ne tenaient pas debout. Tout est bien qui finit bien ?

Au contraire, Arbuckle sortit du tribunal ruiné par ses frais de justice et avec une étiquette de pervers sexuel qui porta un coup fatal à sa carrière. Les journaux, peu intéressés par la présomption d’innocence, s’étaient véritablement acharnés sur l’acteur dès que les premiers soupçons furent révélés, colportant les rumeurs les plus obscènes et jouant sur le physique disgracieux d’Arbuckle pour asseoir leurs dires. C’était la première fois que la presse détruisait une carrière par appât du gain, mais certainement pas la dernière. Entre en scène Charlie Chaplin…

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