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Le scandale des Bacchanales : Rome dans tous ses états

Héritière des Dionysies grecques, les Bacchanales étaient des religieuses, réalisées en l’honneur de , dieu de l’ivresse et de la fécondité. Elles étaient célébrées à chaque année, aux dates des 16 et 17 mars. Rapidement, ces fêtes dégénérèrent en de véritables orgies. En 186 avant -Christ, le Sénat, estimant que ces débordements pourraient nuire à l’équilibre de la puissance romaine, légiféra. À cette occasion fut produit le senatusconsulte des Bacchanales, inscrit sur une plaque de bronze, par lequel les autorités interdirent ces rituels. Tite-Live, historien du Ier siècle avant Jésus-Christ, soit un siècle plus tard, nous rapporte les faits en ces termes :

La souillure de ce fléau s’étendit de l’Étrurie jusqu’à Rome comme une peste contagieuse. Tout d’abord, l’étendue de la ville, plus apte à accueillir et à tolérer de tels maux, le dissimula ; jusqu’au jour enfin où l’information parvint au consul Postumius.   -   Tite-Live, Ab urbe Condita Libri, 9, 1-3

   Le point de départ du scandale fut  en effet la du consul Postumus, lequel mit au jour les magouilles d’une illustre famille romaine. Aebutius, le fils, avait perdu son père jeune et avait donc été placé sous la tutelle de son beau-père, Sempronius. Ce dernier, afin de récupérer la fortune du père mort, transféra l’argent à une secte bachique, en marge des cultes des dieux de la cité. La , quant à elle, souhaitait initier son fils aux mystères bachiques. Hispala, une courtisane qui était l’amante d’Aebutius, le mit en garde. Elle avait, dans sa jeunesse, été initiée à ce culte et lui en décrivit les excès.

   Malgré l’interdiction formelle de révéler à des non-initiés les secrets d’un culte à mystères, Hispala fit ainsi étalage de ses souvenirs. De même, Tite-Live fit une description assez précise de ces festivités. On possède, en outre, des stucs et des bas-reliefs représentant ces cérémonies. À partir de ces différentes sources, on peut se faire une idée assez précise de ce qu’étaient ces rites, censés demeurer secrets.

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   La nuit tombée, les femmes relâchaient leurs cheveux et plongeaient dans le Tibre des torches enduites de chaux et de soufre, qui brûlaient de plus belle. Prises de convulsions, elles pouvaient alors entrer en contact avec le dieu. On raconte aussi qu’elles enlevaient ceux qui refusaient de prendre part aux cultes pour les tuer.

Quant aux initiés, ils étaient conduits, la tête recouverte d’un voile, face à une corbeille de fruits, au centre de laquelle trônait un objet de forme phallique. Il leur était ensuite demandé de sauter d’une falaise, livrant par ce saut leur corps à Bacchus. La démarche demeurait toutefois symbolique, puisqu’un filet était attaché aux rochers.

Aebutius, horrifié par ce qui venait de lui être révélé, refusa donc de se soumettre à la volonté de sa mère et de son beau-père, qui le mirent à la porte. Il se réfugia chez sa tante, Aebutia, qui en référa au consul Postumus. Afin d’en savoir plus, il  interrogea Hispala, qui révéla au grand jour la véritable nature des Bacchanales. En échange, elle reçut la protection du consul. Elle fut ainsi logée chez la belle-mère de Postumus et obtint le droit d’épouser son amant sans que cela ne porte préjudice à l’honneur de ce dernier. La courtisane devint ainsi une matrone honorable, ce qui, dans d’autres circonstances, aurait été impensable.

   Rome, à l’époque, sortait d’une période de crise. Durant les guerres puniques, de nombreuses femmes avaient perdu leur mari et, livrées à elles-mêmes, avaient pris des initiatives qui déplurent fortement aux autorités. C’est ainsi que de nombreuses mères, à l’image de la marâtre d’Aebutius, délaissèrent leurs enfants. Les valeurs familiales, au sortir de cette période de crise, avaient été mises à mal. Une fois Hannibal vaincu, les Romains éprouvèrent donc le besoin de consolider les traditions héritées de leurs ancêtres. Le Sénat, soucieux de préserver les valeurs de la République, adopta plusieurs lois, en vue de contrôler les femmes et la jeunesse. La lex laetoria, visant à protéger les mineurs d’âge, et la lex oppia, interdisant aux femmes de porter trop de bijoux, en sont de bons exemples. Dans un tel contexte, il était donc impensable pour le Sénat de ne pas réagir, face à l’émergence d’une secte dissidente.

Le Sénat prit de ce fait des mesures exceptionnelles. Le calendrier politique et militaire fut suspendu, afin que les consuls et les sénateurs se penchent sur l’affaire des Bacchanales.

Afin de démasquer les coupables, le Sénat accorda d’importantes récompenses aux dénonciateurs. Plusieurs hommes furent ainsi arrêtés et condamnés à mort, notamment des membres des grandes familles patriciennes. Quant aux femmes, leurs pères ou leurs maris se chargèrent de les punir. La prêtresse à l’origine de ces dérives, Paculla Annia, qui avait, la première, initié ses deux fils au culte, fut arrêtée. Il fut également établi que toute personne se découvrant un quelconque lien familial avec un des adeptes de la secte devrait l’ostraciser.

Le scandale des Bacchanales, à l’origine un simple fait divers, prit ainsi des proportions inimaginables. Les rites bachiques furent proscrits à l’échelle nationale, et restèrent ancrés dans les mémoires pendant des siècles. Cet épisode de l’histoire inspira également de nombreux artistes, du peintre Brueghel à Donna Tartt, auteure du « Maître des illusions ».

Elise Vander Goten

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