Sexe, prostitution et séduction

Sexe, prostitution et séduction

, et séduction

Attention, fragile !

Pour accomplir l’acte charnel avec succès, l’époux devait se concentrer totalement sur sa tâche et l’épouse toujours être à la fois consentante, passive, immobile et silencieuse. «...la femme – écrit C. Gleyes – doit s’efforcer, surtout quand elle est froide, de se montrer accueillante, chaleureuse, se gardant de toute action, de toute parole qui viendrait troubler son mari: elle doit surtout subir l’opération sans se laisser aller à des mouvements brusques qui pourraient rompre les relations ou blesser gravement l’organe viril en le tordant ou en le contusionnant. »

Position idéale pour fécondité assurée

Vers 1850, l’idée même du coït incomplet devint une véritable obsession. Pour l’éviter, les médecins estimaient que la position idéale était celle de la femme sur le dos, en dessous de l’homme, plus propice au plaisir car les points de contact étaient ainsi multipliés. Il ne fallait adopter la posture inverse qu’en cas d’embonpoint de l’homme, mais le pénis risquait alors de préjudiciables torsions. Certains d’entre eux n’hésitaient pas à expérimenter leurs nouvelles théories d’ordre sexuel sur des prostituées, à l’image du Docteur Félix Roubaud, vers 1860. Serait-ce aussi le cas du docteur Thomas Caramon, qui, en 1906, conseillait cette méthode insolite pour une grossesse assurée ? :

«On procèdera à la dilatation du canal cervico-urtérin deux jours avant les règles, on assurera la fécondation de la femme en recommandant le coït more canino. La femme devra rester dans cette position vingt minutes au moins après la fin de l’acte, puis se coucher lentement en serrant les fesses de façon à conserver la liqueur spermatique. »

En cas de frigidité ou d’ardeur excessive

Lorsque les romanciers évoquaient l’impuissance, ils se contentaient de suggérer l’échec et usaient de périphrases, telle que «le malade fréquente sainte Véronique». L’euphémisme, emprunté au théâtre de Brieux, autorisa enfin les conversations de salon d’aborder timidement le sujet. À partir de 1902, l’impuissant devint un « avarié » ! Mais sa cause ne fut pas toujours désespérée, car les recettes imaginées par les scientifiques de la première moitié du pour pallier cette faiblesse n’avaient pas manqué. Par exemple celle-ci :

«Flagellation sur les lombes, sur les fesses et les cuisses avec un balai de bouleau. La flagellation doit commencer légère d’abord, puis aller progressivement en augmentant de force jusqu’à ce que les parties soient vivement excitées et devenues très rouges. Ce traitement doit être continué pendant un certain temps. Enfin, si la flagellation n’obtenait pas le succès désiré, il faudrait essayer l’urtication (réaction inflammatoire de la peau et sensation de brûlure) sur le membre viril même : la violente excitation qu’elle provoque amène ordinairement l’érection, à moins que la partie ne soit tout à fait dans l’atonie. »

Pour les femmes souffrant d’anaphrodisie (frigidité), il était recommandé: également la friction des lombes et des cuisses, la flagellation, outre le recours aux toniques, aux injections vaginales aromatisées, aux fumigations à l’entrée de la vulve, aux « exécutants moraux », c’est-à-dire fréquenter des hommes, se délecter de leur nudité dans des œuvres d’art, de toutes lectures et spectacles érotiques. Au contraire, si les désirs étaient trop ardents, il valait mieux qu’elles prennent des bains froids, apposent des sangsues sur la vulve, acceptent une saignée prudente, se réfugient à la campagne, se livrent à des travaux manuels, évitent tout ce qui est sexuellement émoustillant.

Prévention contre les sales manières

Des médecins prétendaient reconnaître les «malheureux manusexuels» par la forte odeur de sperme qu’ils dégageaient.

Pour décourager cette pratique jugée néfaste et honteuse, il est conseillé de leur entraver les mains et de leur faire porter des pyjamas bien fermés par des cordons. Des «appareils de contention », versions de la ceinture de chasteté au XIXe siècle, sont inventés à l’intention des filles. Dans les cas rebelles, on recourra à la clitoridectomie: cautérisation au fer rouge pour supprimer la sensibilité du clitoris, ou cautérisation au nitrate d’argent de la surface vulvaire pour rendre tout frottement douloureux.

Pureté contrôlée

Les parents cherchaient scrupuleusement à préserver la chasteté de leurs enfants. Ils surveillaient jusqu’aux nourrices, chargées de les initier, mais qui, au pire, n’hésitaient pas à en faire des instruments de plaisir. Pour parer aux dangers de l’excitation masculine, les filles devaient porter une culotte et un pantalon sous leur jupe. Les garçons portaient des pantalons «pour les protéger des curiosités malsaines de leurs camarades de jeu du sexe opposé et du même sexe». La surveillance, qui devenait encore plus étroite lors de l’adolescence, visait à contrôler le maintien du corps de la jeune fille et les feux de la sexualité printanière du jeune homme.

Continence fortifiante

Lorsqu’un garçon avait trouvé un beau parti, c’est-à-dire une dot appréciable, il ne lui restait plus qu’à démontrer sa virilité par l’exercice de la continence, que recommandaient les milieux scientifiques. Sous la plume de médecins réputés, on peut lire :

«Ne méprisez pas vos organes d’amour, mais réglez-les»; «le sperme peut, s’il n’est pas projeté au dehors, se résorber d’où il est venu et, par un autre jeu de ses accumulateurs, rentrer dans la circulation générale du sang qu’il fortifie d’autant»;

«la chasteté favorise la longévité et augmente les forces intellectuelles» (docteur Feré); «faire l’amour trop tôt nuit à la force de la fécondation» (docteur Fournier); ou encore, en 1902, «l’absence de virginité avant le mariage rend dépressif» (docteur Dubois).

Découverte du clitoris

Le clitoris fut découvert en 1882, étape marquante en matière de plaisir féminin. P. Servais révèle que, jusqu’en 1848, 1% seulement des femmes éprouvaient du plaisir durant l’acte sexuel.

Voilà ce que c’est de se regarder dans la glace !

À Paris, les maisons closes de luxe, ou «maisons de grande tolérance », étaient situées au cœur du centre commercial, dans les quartiers de la Madeleine, de l’Opéra et de la Bourse. Les filles, vêtues comme des princesses, attendaient le client dans les chambres tendues de velours. Le décor était quelquefois si baroque qu’il en devenait dangereux. Ainsi, en 1876, dans un de ces bordels proche de l’Opéra comique, une fille et son client furent blessés en pleine action par la chute d’un plafond de glaces biseautées !

L’ignominie de virginités illusoires

À Paris, vers 1890, le nombre de prostituées mineures était considérable, mais impossible à préciser. On trouvait ces enfants de la misère, parfois abandonnés par leurs parents, aussi bien dans la rue, les bordels, les maisons de rendez-vous, que dans les cabarets. Les vierges étaient particulièrement recherchées et certains clients payaient très cher pour les déflorer. Les proxénètes avaient mis au point un système pour en fabriquer à volonté. La fille subit alors un traitement spécial : continence absolue puis resserrement des muqueuses par une friction avec une pommade astringente composée de vaseline blanche, de teinture de rose, de rouille ou de capricum, avec lotions à base de quinquina gris. Celle qui était en outre soumise à des bains de vinaigre fort et de teinture de rose rouge voyait déjà au bout de quelques jours son hymen restauré.

Le maraîchinage

Du XVIIe à la fin du XIXe siècle, dans quelques villages de Vendée, se perpétua chez les jeunes célibataires des deux sexes, âgés au moins de 15 ans, le rituel de la conquête masculine et

de la liaison, qui pouvait aller jusqu’au mariage à l’essai. À la sortie de la messe dominicale et à certaines foires de printemps, le garçon tâchait d’attirer l’attention d’une fille en tirant vigoureusement son jupon par l’arrière, puis en s’emparant de son parapluie, accessoire essentiel du maraîchinage. Les jeunesmaraîchinaient souvent collectivement, par dizaines de couples, avec échange de partenaires, dans des chambres d’auberges, le long de talus... Les nouveaux tourtereaux se limitaient en principe à de longs baisers et à une entrée en matière du garçon laconique: «Mé ta langue dans ma goule et dis mé que tu m’aimes.» Moins ouvertement, ils pouvaient se donner du plaisir par masturbation mutuelle, mais sans fornication. Toutefois, selon les statistiques, si les enfants illégitimes étaient peu nombreux, un tiers des couples avait un enfant moins de neuf mois avant le mariage.

Voici deux déclarations d’amour qui illustraient quelques cartes postales du maraîchinage vendéen au début du XXe siècle :

« Y t’trove j’y jolie ma graosse bienche, et pi d’ine si baëlle fraichur qu’y paeu ja meille t’quimparerr’ qu’à qu’tchié chimps d’junes châoux avin qu’les ch’neuilles y seillejin passerr’. Je te trouve si jolie ma grosse blanche et puis d’une si belle fraîcheur que je ne peux pas mieux te comparer qu’à ces champs de jeunes choux avant que les chenilles ne soient passées.

Si t’savo ma m’goune, l’plaisir qu’o m’faitt d’te biserr’. T’a la face si tindre, qu’o mait avis qu’quint y t’bise ma goule se cale din in morcia d’beirr. Si tu savais ma mignonne, le plaisir que ça me fait de t’embrasser. T’as la figure si tendre qu’il me semble que quand je t’embrasse ma bouche se cale dans un morceau de beurre. »

Relevons encore: «V’te m’bisailles? Nin t’as la goule trop sâle.Veux-tu m’embrasser ? Non tu as la bouche trop sale. »

La Saint-Valentin

Le valentinage était lié à la fête de saint Valentin (14 février), patron du printemps, de l’amour, du renouveau. Son nom, signifiant «santé et vigueur», était invoqué en priorité par les fiancés, mais aussi en cas de peste, d’épilepsie et d’évanouissements. On le fêtait déjà à la cour du poète Charles d’Orléans en 1450. Sa célébration traditionnelle, surtout propre à l’Est de la France, se déroulait quand les oiseaux s’accouplaient. Selon la coutume, les noms des valentins et valentines étaient tirés au sort. Un an après, ils se devaient fidélité. La tradition disparut au début du XXe siècle et ne revint en force qu’après la deuxième guerre mondiale, sous l’influence des troupes américaines stationnées en France.