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« Louis IX est le seul roi de France canonisé » : portrait d’un saint

Justicier sans complaisance

Tout le monde connaît les propos de Joinville (1224-1317) rapportant qu'en été le roi rendait la justice au bois de Vincennes, après la messe, sous un chêne, vêtu simplement. Parfois aussi au jardin de Paris. À son initiative, il créa dans cette ville une cour de justice spéciale, qui deviendra le Parlement. Mais ce saint homme pouvait aussi se montrer très dur. Des barons même se sont vu jeter en prison et condamner à de lourdes amendes. En cas de sacrilège, il se montrait impitoyable.

Ainsi, lors de sa première croisade, fit-il mettre au pilori un bourgeois de Césarée — en Palestine — coupable d'avoir blasphémé Dieu et la Sainte Vierge. Exposé en caleçon et en chemise aux quolibets de la population, il portait au cou un épais collier de boyaux et de viscères de porcs, « à si grand foison, témoigne Joinville, qu'ils lui venaient jusqu'au nez ». Après son retour en France, le roi fit percer au fer rouge le nez et la lèvre d'un Parisien également coupable de blasphème. Il proclama : « Je voudrais être marqué d'un fer chaud, pourvu que tous les vilains jurements fussent ôtés de mon royaume. »

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Homme droit, roi canon

Louis IX est le seul roi de France canonisé. Pieux comme aucun autre Capétien avant lui, saint Louis était mû par l'idéal de sauver tant son âme que celle de son prochain. Son temps passé en dévotions était considérable. Régulièrement, il se levait à minuit pour les matines, assistait tous les jours aux vêpres et aux complies, récitait cinquante Ave Maria, faisait autant de génuflexions. Il lui arrivait même de chanter la messe à cheval lorsque les circonstances l'empêchaient de mettre pied à terre. Il se confessait chaque vendredi, pratiquait assidûment le jeûne et l'abstinence, multiplia les fondations religieuses à Paris, comme les Filles-Dieu, pour les prostituées. Le Vendredi saint, il se faisait fouetter les épaules avec des chaînettes de fer. Pour abriter les reliques de la Passion que l'empereur de Constantinople lui avait vendues, il fit construire la Sainte-Chapelle.

Ses aumônes devinrent rapidement proverbiales. Volontiers, il conviait des pauvres à sa table, selon un rituel immuable. Pendant l'avent et le carême, il en invitait treize, trois fois par semaine, et les servait lui-même. Le samedi, il se consacrait aux plus pouilleux, leur lavait lui-même les pieds et les mains, les embrassait sans éprouver la moindre répulsion, triait le poisson qu'il destinait aux aveugles, coupait leur pain, remettait quarante deniers à chacun.

Dès que Louis IX était reconnu, la foule se pressait aussitôt autour de lui, risquant de le renverser. Il défendait alors à ceux qui l’accompagnaient et le protégeaient de mettre bon ordre à cet attroupement de miséreux et de laissés-pour-compte. Sa générosité était sans limite. Ainsi, il faisait acheter chaque année soixante mille harengs et trente porcs qu'il répartissait entre les couvents les plus pauvres de son royaume et les maisons Dieu, où les lépreux étaient soignés.

Son entourage jugeait-il ces mesures excessives ? Louis IX lui faisait sentir qu'il était la seule source de droit. Était-il bon ? Était-il mauvais ? Pour tous ses sujets, il essayait d'être humble et juste. À l'abbaye de Royaumont, où il aimait séjourner, il n'était plus qu'un simple frère, accomplissant toutes les tâches que le service des autres lui imposait de remplir. Il allait aux cuisines, il portait les plats, il visitait l'infirmerie avec ses propres médecins. Il se prit alors de compassion pour un moine atteint de lèpre, le Frère Léger. Horrible à regarder avec son visage rongé par la maladie, isolé de la communauté par mesure de prudence, celui-ci vit un jour Louis IX se mettre à genoux devant lui. Ce souverain blond, dont les traits n'étaient pas sans rappeler ceux de l'Ange de Reims, n'abandonnera jamais l'infortuné ecclésiastique de Royaumont. À chacun de ses passages par l'abbaye, Louis IX veillera toujours à ce qu’il ne manque jamais de rien, ni spirituellement, ni matériellement.

Quand il apprit qu'il allait mourir, le 23 août 1270, le souverain réclama les derniers sacrements. Le lendemain 24, il se confessa et reçut la communion une dernière fois, se fit coucher sur un lit de cendres et fit dresser une croix devant lui. Il pria Dieu toute la nuit, particulièrement pour qu'il épargne ses compagnons, invoqua à plusieurs reprises le nom de Jérusalem. Il s'endormit, reprit conscience vers midi, récita des versets bibliques et termina son parcours terrestre le lundi 25 vers quinze heures, à l'âge de 56 ans.

Un poète exprima ainsi la tristesse du peuple :

« Droit est enseveli et royauté est morte.

À qui se pourront les pauvres gens clamer

Quand le bon roi est mort, qui tant les sut aimer. »

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