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Les grandes erreurs de la science : les sept métaux

Nous avons déjà rencontré trois erreurs de la science, et pas de petites erreurs, ce sont des erreurs qui vont être enseignées pendant des siècles : les quatre éléments, les cinq polyèdres, les quatre humeurs. Eh bien, l’Antiquité grecque est aussi à l’origine d’une quatrième erreur, qui va bloquer pendant longtemps le progrès scientifique, mais dont, cette fois, il est difficile de déterminer la paternité. En effet, si on connaît bien Platon et Hippocrate, parce que l’on possède leurs textes et les textes de nombreux commentateurs, on ne sait rien, absolument rien, de l’erreur – énorme – dont je vais parler maintenant. On ne sait pas où elle est née. On ne sait pas comment elle est née. On ne sait pas quand elle est née. On ne sait pas qui l’a formulée pour la première fois. Mais on sait qu’elle apparaît, peut-être à Alexandrie, en tout cas en territoire grec, après les conquêtes d’Alexandre le Grand, un peu avant l’avènement de l’Empire romain, c’est-à-dire au Ier siècle avant Jésus-Christ, peut-être même déjà au IIe siècle.

C’est encore une fois l’idée d’une correspondance.

Comme il y eut la correspondance entre les et les humeurs ou entre les et les . À cette époque, les Grecs connaissaient sept planètes, c’est-à-dire sept corps célestes qui ont un mouvement propre dans le ciel, contrairement aux étoiles qui se déplacent 28 toutes ensemble et qui, donc, restent toujours fixes les unes par rapport aux autres, formant ainsi les constellations.

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Ces astres mobiles sont le Soleil, la , Mercure, Vénus, Mars, Jupiter et Saturne. Bien. Pas d’erreur.

Les grandes erreurs de la science : les cinq polyèdres

Ces sept corps se distinguent bel et bien des étoiles. Les Grecs savaient aussi qu’il existe sept métaux, qui sont l’or, l’argent, le vif-argent, le cuivre, l’étain, le plomb et le fer. Pas d’erreur non plus. Il y avait certes d’autres métaux, comme par exemple le bronze, mais les Grecs avaient su faire la distinction entre les métaux proprement dits et les alliages que ces métaux peuvent former si on fait certains mélanges. Ainsi le bronze est-il un alliage de cuivre et d’étain. Et voici maintenant l’erreur. Un jour, quelqu’un a eu l’idée qu’il doit exister une relation, une correspondance entre les sept planètes et les sept métaux. Et quand on se souvient que dans presque toutes les religions les planètes sont des dieux, ou des attributs des dieux, on comprend que cette idée est plus religieuse que scientifique. Et cette idée très simple, presque évidente, va immédiatement conduire à toutes sortes d’élucubrations. À chaque planète correspond un , l’or est le du Soleil, l’argent celui de la Lune, etc. Au vif-argent correspond la planète Mercure, et l’on comprend d’où vient le nom actuel de ce , le mercure. En réalité, il y a ici non pas une erreur, mais deux. Mais une est extrêmement ancienne et bien antérieure à l’avènement de la science avec Thalès de Milet, elle n’entre donc pas dans notre programme. Elle est le fait de la pensée archaïque, pré-scientifique, c’est l’idée fondamentale de l’astrologie : la position des planètes influence les événements terrestres et, en particulier, le sort des humains.

C’est une idée religieuse : si les planètes sont des dieux ou même si elles ont le moindre 29 rapport avec les dieux, il est admissible que leurs positions puissent influencer le sort de l’humanité, entièrement dépendante des puissances divines. L’idée de l’astrologie est d’origine sumérienne et il est remarquable qu’elle n’ait pas influencé l’astronomie grecque pendant plusieurs siècles. Mais c’est la deuxième idée qui nous intéresse car elle apparaît après les enseignements de Thalès, de Platon, d’Aristote, c’est-à-dire à une époque où la pensée scientifique est déjà constituée, même si elle est encore très fragile, même si elle retombe facilement dans les ornières du mythe. S’il y a une correspondance mystique entre planètes et métaux, c’est que ceux-ci participent à d’immenses correspondances cosmiques, et la hiérarchie entre les planètes doit entraîner une hiérarchie entre les métaux.

C’est ainsi que l’on considérera que l’or est le métal parfait, que l’argent se rapproche le plus de la perfection et que les autres métaux s’en éloignent de plus en plus, le plus vil des métaux étant le fer.

Ces considérations sur la perfection métallique vont entraîner l’idée que cette perfection peut être atteinte par des opérations adéquates, un peu comme les métallurgistes sont capables de transformer certains métaux en alliages – par exemple le cuivre en bronze. Pendant quelques siècles, cette idée va se développer et aboutir à toute une doctrine, extraordinairement compliquée, où l’on croit qu’il est possible, par des manipulations adéquates, de transformer les métaux vils en or ou en argent.

C’est ce que, bien plus tard, au Moyen Âge, on appellera l’alchimie. L’erreur de l’alchimie est évidente. Les alchimistes seront de plus en plus nombreux à la fin de l’Antiquité et pendant tout le Moyen Âge, ils écriront des traités innombrables, ils chercheront le moyen de préparer la pierre philosophale qui doit être capable de réaliser la transmutation en argent ou en or. Mais personne n’arrivera à préparer la pierre des philosophes. Et une erreur en entraînera d’autres, nouvelles illusions. Au cours du Moyen Âge, on verra apparaître l’idée que la pierre philosophale permet de préparer la panacée universelle, c’est-à-dire le médicament qui guérira de toutes les maladies, et aussi l’élixir de longue vie, qui augmentera de façon spectaculaire la longévité humaine. Qui ne voit, d’ailleurs, la source psychique des trois erreurs ?

Car, évidemment, tout le monde rêve de richesse facile, de santé durable et de vie très longue. Et quand la raison n’est pas vigoureuse et vigilante, le rêve se transforme en espoir, et certains y croient. Quand on écoute les discours d’aujourd’hui, dans quelque domaine que ce soit, discours prononcés par des personnalités qui sont souvent d’incontestables experts dans leur champ de réflexion et d’action, qui ont parfois atteint de véritables sommets de l’intelligence humaine, il faut se souvenir qu’il fut un temps, et un temps qui a duré, où les meilleurs esprits, intelligents, cultivés, expérimentés dans la réflexion et l’observation, étaient à la recherche de la pierre philosophale et cherchaient le moyen de la santé durable et de la richesse absolue. Nous connaissons les noms de certains de ces chercheurs, à la pointe de la science de leur temps. Quelques-uns ont montré dans d’autres domaines que l’alchimie à quel point ils étaient sensés et intellectuellement formés. Il y eut notamment Albert le Grand, philosophe, surnommé le doctor universalis, qui a enseigné à l’Université de Paris. Roger Bacon, philosophe, qui a enseigné à l’Université d’Oxford. Arnaud de Villeneuve, médecin. Raymond Lulle, philosophe. L’erreur alchimique aura persisté quinze siècles, un peu plus même, car il y avait encore des croyants en l’alchimie au siècle dernier. Je ne serais même pas étonné qu’il y en ait encore quelques-uns aujourd’hui, se moquant dans leur laboratoire de la science officielle

Cela nous entraînerait fort loin d’examiner toute cette pseudo-science qui trouve encore un public de nos jours, un public qui préfère étudier les révélations ésotériques et les théories hermétiques des Fulcanelli et autres occultistes que de s’initier plus humblement aux travaux de laboratoire des chimistes ordinaires.

Car il ne s’agit plus d’erreurs scientifiques, faites dans le cadre de la recherche scientifique sérieuse, mais de simples illusions de braves gens imbibés d’une pseudo-culture, où les cathédrales cachent d’inconcevables secrets, où des personnages étranges ont découvert comment vivre mille ans et où les initiés connaissent les quatre vérités… Je voudrais revenir rapidement à la raison pour laquelle j’ai examiné l’erreur alchimique, mais pas l’erreur astrologique, dans cette étude des erreurs scientifiques.

C’est que, justement, l’alchimie est née au sein de la science, elle est une déviation de la science, alors que l’astrologie trouve sa source dans une ambiance intellectuelle où l’idée même de science est encore totalement inexistante. Dès que les Sumériens ont créé leurs dieux en contemplant le ciel nocturne, impressionnés par le spectacle des astres, dès qu’ils ont admis que les dieux-astres ont tout pouvoir sur le destin des hommes, l’idée de l’astrologie était inévitable, je dirais même, paradoxalement, qu’elle était logique. Mais il ne s’agit en rien de science ! L’idée fondamentale de l’alchimie, par contre, apparaît dans un contexte vraiment scientifique. Les premiers alchimistes connaissent les efforts des philosophes pour comprendre le monde en dehors des traditions mythologiques, ils observent les métaux et leurs transformations dans l’esprit de Platon et d’Aristote. Il était fatal qu’ils fassent la même erreur, celle du rationalisme trop optimiste. On peut clairement faire un parallèle entre l’erreur élément-polyèdre et l’erreur métal-planète. Il y a des éléments d’un côté et des polyèdres de l’autre. Il doit y avoir une correspondance cachée… Il y a des métaux d’un côté et des planètes de l’autre. Là aussi, une correspondance est à découvrir… L’astrologie est une divagation de l’esprit humain. Elle ne sera d’ailleurs pas présente exclusivement chez les Sumériens ! L’alchimie est un dysfonctionnement de l’esprit scientifique.

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