guerre 39-45

Vie de prisonniers pendant la Seconde Guerre mondiale

Evasion spectaculaire En France, durant l’été 40, pour leurrer les prisonniers sur la destination des wagons dans lesquels ils les avaient embarqués, les Allemands laissaient bien souvent les portes ouvertes et exhibaient les drapeaux français et allemands, fixés au bout du train. Beaucoup se laissèrent duper, riant et hurlant le chant des libérés. Mais l’un d’eux, moins naïf, bouscula la sentinelle de son wagon et, au passage du pont de Darnetal – près de Rouen – plongea dans la Seine à une hauteur de vingt mètres, tout en échappant aux balles tirées du convoi. Quand il sortit de l’eau, d’autres Allemands le cueillirent, le menèrent à la Kommandantur, mais il fut libéré en raison de son exploit courageux. Tout blanc ou tout noir À la même époque, des prisonniers français étaient parfois envoyés vers l’Allemagne par voie fluviale. Nombre d’entre eux, affaiblis par la dysenterie et amenés à se soulager par-dessus la rambarde, tombaient dans le fleuve où personne ne se souciait de les repêcher. Certains contingents partaient des Pays-Bas, à bord de deux péniches. Les deux embarcations accostaient simultanément dans le port de destination. Leurs voyageurs arrivaient blancs ou noirs, selon qu’ils avaient voyagé sur celle qui avait contenu de la chaux ou celle qui était remplie de charbon. Les Allemands, gonflés par leur supériorité en cet été 40, les accueillaient avec des quolibets. [contentcards url= »https://bookybook.fr/livre/surprenantes-histoires-de-39-45/ » target= »_blank »] Nouvelles standardisées En juillet 40, lors de leur premier séjour dans les stalags, les prisonniers purent envoyer des nouvelles à leur famille grâce à un bulletin imprimé sur lequel ils n’avaient qu’à biffer deux des trois mentions inutiles: «En bonne santé. Légèrement ou gravement malade. Blessé.» Ils pouvaient juste ajouter «affectueuses pensées», leur numéro de matricule et la désignation du camp. Le bulletin comportait trois volets, les deux autres étant destinés aux services allemands et au centre national des prisonniers de guerre. Astuce Le 16 novembre 1940, Hitler annonça la libération des prisonniers français pères d’au moins quatre enfants, ainsi que des aînés d’au moins quatre orphelins de père. Des séquestrés qui n’étaient pas concernés par cette mesure fabriquèrent de faux tampons, les gravant parfois dans des pommes de terre, pour essayer de profiter de l’aubaine. [contentcards url= »https://bookybook.fr/livre/les-plus-etonnantes-histoires-du-iiie-reich/ » target= »_blank »] Entêtement corsé Les Italiens firent tout pour amener les prisonniers corses à réclamer le rattachement de l’île à l’Italie. Dans les camps, des officiers de la péninsule les incitaient à prendre la nationalité italienne, les tentant avec des colis de vivres. Ils leur mettaient en main une feuille de libération qu’il suffisait de signer, mais les Corses la déchiraient et entonnaient la Marseillaise. Finalement, les Italiens plièrent bagage et, peu après, les camps corses furent dissous. Troc risqué De nombreux prisonniers français de droit commun étaient détenus au camp XA de Schleswig. Un vaste marché de troc s’était organisé dans les espaces libres, au pied même des miradors. Lors de ces rassemblements, les Allemands prenaient un malin plaisir à lâcher leurs molosses, dans la panique générale. Les prisonniers se précipitaient dans les baraques, et tant pis pour ceux qui tombaient en trébuchant. Plusieurs moururent ainsi, déchiquetés, sinon grièvement blessés. Obsédante distribution équitable Chaque chef de baraquement ayant la lourde responsabilité de répartir équitablement la maigre nourriture entre les prisonniers faméliques, il coupait lui-même les portions de pain. Pour éviter toute contestation, il les pesait sur une balance romaine de fortune ou les faisait tirer au sort. Quant à la soupe, il fallait encore que son épaisseur fût la même pour tous. Aussi, pendant tout le temps de la distribution par le chef, quelqu’un mélangeait vigoureusement le brouet avec un bâton. Accueil effrayant La forteresse dite « de la mort lente » était l’une des nombreuses prisons de la ville polonaise de Graudenz où, depuis 1941, les nazis incarcéraient des prisonniers de guerre français condamnés à mort. Dès leur arrivée, les Allemands les fouillaient méticuleusement et leur confisquaient tout, nourriture, cigarettes, rasoirs ou un simple crayon. Les paroles d’accueil du commandant Roze étaient des moins rassurantes : « Vous êtes de la viande morte pour vos familles !» Séchoir de fortune Le manque ou l’absence de chauffage causait bien des soucis aux jeunes mamans, comme en témoigne Sacha Bojovic, une jeune doctoresse d’origine yougoslave, qui s’était engagée dans la guerre par amour pour son époux, médecin également : «Nous nous sommes retirés pour être tranquilles. Je portais une veste en fourrure. Il a introduit la main sous ma veste pour me caresser et il a senti que j’étais moite. Or, il ne pleuvait pas, il était très surpris. J’ai dû lui expliquer que je faisais sécher les couches de mon enfant à même ma peau, car ailleurs ça ne séchait pas assez vite. Il en a eu les larmes aux yeux, il a ôté ses lunettes embuées et il m’a embrassée tendrement. » Génie d’adaptation L’héroïque résistante Marijo Chombart de Lauwe témoigne comment de nombreuses prisonnières politiques françaises, souvent de bonne famille, s’étaient accoutumées à leur nouvelle vie en cellule, dès 1941 : « Après la prison de la Santé, nous avons été emmenées à Fresnes, une prison du même ordre, mais c’était moins dramatique. Pour tenir le coup, je m’occupais. Il le fallait. Les femmes dans cette prison avaient une remarquable faculté d’adaptation. Par exemple, un jour, une détenue m’appelle par le trou des cabinets et me dit: Tu vas voir ce que j’ai fait. Il y avait une bouche de chaleur dans les cellules, qui ne servait à rien puisqu’on n’était pas chauffé. Ça nous servait à nous envoyer des choses. Donc, j’attends ce qu’elle devait m’envoyer et je vois apparaître un petit rouleau. Je le déroule. Elle avait tricoté une robe en dentelle avec les fils du torchon qui nous servait de serviette ! Ca vous donne une idée de la capacité d’adaptation des femmes en prison. D’ailleurs, nos gardiens disaient volontiers de nous : On enferme une Française toute nue dans une cellule. On est sûr que le lendemain elle aura trouvé le moyen d’avoir au moins un slip

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Anecdotes sur le débarquement en Normandie

Aviateurs noyés par prudence Le soir du 5 juin 44, des dizaines d’avions chargés de bombes décollèrent l’un après l’autre des côtes de l’Angleterre, à intervalle d’une minute. À l’approche des côtes françaises, pour éviter d’être repéré par l’ennemi, l’éclairage des avions devait être réduit au minimum: la luminescence du tableau de bord et la lampe individuelle. Pour la même raison, tout contact par radio entre appareils était interdit, même en cas de détresse. Conséquence pour les avions descendus par les Allemands: nombre de pilotes furent retrouvés morts de froid dans leur gilet de sauvetage. Leurres hollywoodiens Dans les mois précédant le Jour-J, les services secrets britanniques recoururent à un arsenal de duperies pour persuader les Allemands que le débarquement aurait lieu au Danemark, en Norvège, en Belgique, dans les Balkans ou ailleurs, mais surtout pas en Normandie. La radio joua un rôle déterminant. Les Allemands étaient persuadés, grâce aux leurres alliés, que le débarquement aurait lieu dans le Pas-de- Calais, en raison de ses grands ports, indispensables pour une telle opération, et de la distance minimale à parcourir. La fausse armée alliée d’invasion, forte de onze divisions, encombrant la côte sud de l’Angleterre, était composée de soldats, de bateaux et de planeurs en contreplaqué, de mitrailleuses en caoutchouc, de blindés gonflables ou autres véhicules en bois, aisément déplaçables. Le but était de tromper les avions de reconnaissance de la Luftwaffe, que la DCA alliée s’ingéniait à manquer. Du faux à 100%, fruit de l’imagination du colonel John Henry Bevan. Les docks pétroliers, en carton pâte, avaient été créés par un architecte, un technicien de cinéma d’Hollywood et d’autres spécialistes de l’illusion. Par souci du détail, les poêles fumaient dans des campements, des vétérans partaient en manœuvres. La nuit, un «simulateur» imprimait sur le sol les traces des chars et un important mouvement de véhicules, sans cesse répété, pouvait s’observer dans la région. Une équipe de techniciens entretenait, à l’intention des oreilles allemandes, des échanges radio incessants entre les unités virtuelles. Pour que la supercherie soit complète, on trompa aussi l’ennemi sur la date du débarquement. Le 26 mai 44, un sosie de Montgomery – le lieutenant Meyrick Clifton-James –, à qui on avait appris à imiter les gestes et le demi-sourire du général anglais, quitta fort peu discrètement Londres pour Alger, en avion, via Gibraltar. Ainsi les Allemands exclurent-ils de facto l’imminence d’une invasion par la Manche. Début juin, le maréchal Rommel – commandant en chef des forces du mur de l’Atlantique – rentra tranquillement en Allemagne pour fêter l’anniversaire de sa femme, d’autant que la météo annonçait des conditions dissuasives pour un débarquement. Les Alliés trompèrent l’ennemi jusqu’au dernier moment. Dans la nuit du 5 au 6 juin, ils larguèrent dans l’arrière-pays de Caen, pendant plus de trois heures, des centaines de parachutistes. Il s’agissait en réalité de mannequins en caoutchouc, bardés de pétards qui explosaient à l’atterrissage, en imitant le bruit d’une fusillade d’armes légères. Des généraux allemands furent ainsi persuadés que de véritables parachutistes alliés avaient atterri à Lessay, à 80 kilomètres de Caen. Préliminaires amers Les îles Saint-Marcouf sont deux ilôts rocheux émergeant à trois milles au large de la plage prévue pour le débarquement, baptisée Utah. Comme il n’était pas impossible que les Allemands y aient placé des artilleurs, 132 hommes des 4e et 24e escadrons de cavalerie furent chargés de s’en rendre maîtres avant l’heure H. Lorsqu’ils mirent pied sur les grèves, à 4 h 30, ils furent piégés par quantité de petites mines S, qui bondissaient pour éclater à la hauteur de la ceinture en étripant les corps. Le calme de la nuit fut brisé par le bruit des explosions et les cris des blessés. L’un d’eux, Alfred Rubin, fut marqué par le spectacle d’un homme gisant à ses pieds qui crachait des caillots de sang, tel un roulement à billes. L’opération ne rencontra aucune résistance, mais elle se solda par dix-neuf tués et blessés. Mal de mer Malgré la prise de pilules ad hoc et les « sacs à vomir » distribués à chacun, rien ne s’avéra suffisant pour juguler le fléau sur les bateaux affreusement secoués par la tempête du 6 juin 44. « Les sacs de dégueulis étaient pleins, les casques étaient pleins, les seaux à incendie avaient été vidés de leur sable et remplis», témoigne le sergent William James Wiedefeld, de la 29e division, qui ajoute : « Pas moyen de se tenir debout sur les ponts d’acier et partout on entendait des types qui disaient : Tant pis si on doit se faire tuer, mais qu’on nous sorte de ces foutues baignoires. » Descente aux enfers schato Avant même d’essuyer les tirs ennemis, beaucoup d’hommes furent blessés en descendant des navires dans les péniches de débarquement au moyen de filets d’assaut. Ainsi, quand le caporal Harold Janzen, alourdi par deux rouleaux de câbles et plusieurs téléphones de campagne, voulut sauter dans l’embarcation balancée par les hautes vagues, il calcula mal son coup, tomba de quatre mètres dans le fond du bateau et fut assommé par son propre mousqueton. Un homme resta paralysé de douleur dans le filet, le pied écrasé entre l’embarcation et la coque du navire. Distrait par le cri du malheureux pendu au-dessous de lui, le sergent Romeo Pompei tomba la tête la première et se cassa les dents de devant. Thomas Dallas, major du 29e bataillon, et ses officiers étaient suspendus entre ciel et mer quand les palans se coincèrent, un mètre sous la vidange de la poulaine du navire. Et comme ces W.-C. ne cessaient d’être utilisés, témoigne Dallas, ils reçurent pendant un long moment une pluie des déjections sur la tête ! Cœur brisé En plein débarquement, le sergent William Mac Clintock – du 741e bataillon de chars – trouva un soldat assis tranquillement au bord de l’eau, au milieu des rafales de mitrailleuses qui balayaient le terrain. Il « jetait des galets dans l’eau en pleurant sans bruit, comme si son cœur allait éclater». Plus de peur que de mal

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