Petite histoire du soutien-gorge

Petite histoire du soutien-gorge

Prétendre que le soutien-gorge, inventé par Mary Phelps Jacob (1891-1970), est une invention de temps de guerre serait pousser le bouchon un peu loin. Mais force est de constater que cet accessoire indispensable de la beauté féminine doit en grande partie son succès à la pénurie de métaux que l’Amérique connut pendant la Première Guerre mondiale. Et en ce qui concerne les articles de protection intime des dames, ainsi que les mouchoirs jetables, ils découlent des tenues de combat et des masques à gaz produits aux USA pendant le même conflit.

 

Bien qu’il y ait eu quelques tentatives de libérer les femmes des corsets dans lesquels la bienséance d’avant-guerre les tenait enfermées, il est communément admis que ce fut la volonté de Mary Jacob de se libérer de ce carcan qui fut à l’origine de l’apparition du soutien-gorge, en 1913.

 

Mary Phelps Jacob

 

Elle travailla chez elle sur un modèle confectionné avec deux mouchoirs de soie et quelques centimètres de rubans, et arriva finalement à un résultat étudié pour soutenir la poitrine plutôt que la comprimer dans un étouffoir, et cela pour obéir à la morale et à la mode victorienne.

 

Elle déposa un brevet et s’amusa à essayer de commercialiser son invention, mais elle se fatigua vite et vendit pour 1 500 $ son idée à une jeune et agressive société appelée Warners. La suite, comme on le dit, appartient à l’Histoire. Mais Warners aurait certainement fait faillite sans l’entrée en guerre des États-Unis.

 

 

Car en dépit des évidents avantages au point de vue du confort et de la liberté de mouvement offerts par le soutien-gorge, celui-ci n’arriva pas à faire tomber le corset de son piédestal, parce que, et spécialement en Amérique, une femme qui n’était pas comprimée dans une sorte d’armure n’était pas considérée comme « décente ».

 

Celles qui gambadaient, jouaient au tennis ou pratiquaient un sport avec un soutien-gorge étaient considérées comme des femmes de mœurs légères, avec leurs seins qui bougeaient sous leurs blouses ou leurs tenues de sport.

 

Mais les choses évoluèrent en 1917, quand l’Amérique lança un appel patriotique aux femmes du pays, leur demandant de renoncer à leurs corsets, le métal utilisé pour la fabrication des nombreuses baleines employées dans leur fabrication pouvant trouver une meilleure utilisation. On organisa dans la foulée une collecte des baleines des corsets qui se trouvaient dans les penderies de ces dames. Rien qu’en 1917, on récolta le total ahurissant de 28 000 tonnes de métal, destinées à l’effort de guerre.

 

 

Porter un corset était désormais un acte anti-américain. Warner eut du mal à satisfaire une demande en constante augmentation, et à la fin de la guerre avait réalisé un impressionnant chiffre d’affaires de 30 millions de $. Arborant leurs Warners, les femmes anglaises et américaines se trouvèrent elles aussi impliquées dans le conflit, soit dans la production au pays, soit sur le front dans les hôpitaux de campagne, où elles rendirent d’inestimables services comme infirmières et assistantes médicales.

 

Une autre pénurie de temps de guerre qui handicapait les hôpitaux de campagne était celle du coton utilisé pour les pansements. La modeste usine de papier Kimberley-Clark proposa l’ouate cellulosique, faite à partir de pulpe de bois, qui coûtait la moitié du prix et était cinq fois plus absorbante que le coton traditionnel.

 

 

À son crédit, Kimberley-Clark vendit d’énormes quantités de ce produit à l’Armée américaine, mais au prix coûtant, auquel était rajouté un petit pourcentage destiné à couvrir les frais administratifs et d’expédition, car la firme ne souhaitait pas tirer profit de la guerre.

 

Il ne fallut pas longtemps aux infirmières pour découvrir une autre utilisation à ces tampons d’ouate de cellulose extra-absorbante. Au début, elles se contentaient d’en garnir leurs dessous pendant leurs « mauvais jours », avant de rouler l’ouate dans une forme appropriée, entourée d’un cordonnet utilisé pour l’extraction.

 

Auparavant, on utilisait des morceaux d’éponge qui étaient utilisés, lavés et réutilisés. On peut donc estimer que la trouvaille des infirmières anglaises et américaines fut à l’origine du tampon à jeter. Quand les échos de ce nouveau type d’utilisation arrivèrent aux oreilles de Kimberley-Clark, les commerciaux entrevirent un nouveau marché qui s’ouvrait devant eux. Mais comment faire la publicité d’un tel produit à cette époque ? Toute idée d’une serviette hygiénique allait rester dans les cartons de l’entreprise pendant des années, en attendant un changement de mentalité. Kimberley-Clark créa une filiale appelée Kotex, et après avoir vaincu les réticences des journaux à publier les publicités, des magasins d’en stocker, et des femmes d’en acheter, ils inondèrent le marché, dont la firme détient encore toujours un tiers des ventes.

 

 

Finalement, la version interne fit son apparition, mais refléta ses origines militaires dans les différentes dénominations du produit. Depuis le début du 17e siècle, le terme « tampon » fut utilisé pour décrire la bonde de bois fixée au bout d’un canon pour le protéger de la poussière ou de la rouille quand il n’était pas utilisé. Dans les hôpitaux militaires de la Grande Guerre, il était utilisé pour désigner le type de pansement utilisé pour colmater les blessures profondes. Des anecdotes ramenées par des soldats présents sur les champs de bataille montrent que le tampon avait prouvé son indiscutable intérêt. Les vétérans avaient l’habitude d’en emporter quelques-uns dans leur version compacte, idéaux pour être introduits dans une blessure par balle, dans laquelle ils s’adaptaient immédiatement, comme ils étaient destinés à le faire, et arrêtaient l’écoulement sanguin. De plus, le cordon était fort pratique pour le retirer quand la blessure était prête à être soignée. Et en ce qui concerne l’usage militaire des tampons, il semble que les troupes stationnant en Irak ou autres pays poussiéreux préfèrent aujourd’hui mettre des préservatifs au bout de leurs mitrailleuses calibre. 50. Comme leurs prédécesseurs, ils sont particulièrement utiles, et n’ont même pas besoin d’être retirés avant de se mettre à tirer.

 

 

Revenons à Kimberley-Clark et à la Première Guerre mondiale. Quand les hostilités cessèrent, la compagnie, qui avait produit à grande échelle, se retrouva avec ses entrepôts bourrés jusqu’au plafond par de minces feuilles de coton synthétique qui était utilisé pour la fabrication des doublures et des filtres de masques à gaz. Elles avaient été utilisées par les mêmes infirmières du front comme lingettes à jeter pour se démaquiller, et comme le département marketing ne trouva pas de meilleur usage, ils lancèrent Kleenex.

 

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