Charles de Gaulle : la République, c’est moi !
Né à Lille le 22 novembre 1890 dans une famille bourgeoise chrétienne, promu général de brigade à titre temporaire en mai 1940, sous-secrétaire d’État à la Guerre dans le cabinet Reynaud en juin suivant, personnage à la destinée exceptionnelle, de Gaulle refusa l’armistice et lança de Londres, le 18 juin, un appel historique à la résistance. Devenu chef du gouvernement provisoire à la Libération, il démissionna en 1946. Quand iI fut rappelé au pouvoir à la faveur de la crise algérienne (mai 1958), de Gaulle fit approuver une nouvelle constitution qui fonda la Ve République. Une fois président (1959), il renforça l’autorité présidentielle par l’élection du chef d’État au suffrage universel (et non plus par l’Assemblée nationale). Il démissionna le 28 avril 1969 à la suite du rejet par l’Assemblée de son projet de réforme du Sénat. Ce passionné de l’État conféra à la France un prestige international. Portrait Jean-Raymond a donné ce portrait psychologique du personnage tant admiré et si discuté : « La superbe et la présomption d’un monarque forment son escorte quotidienne. Sa personne porte un orgueil immense, sans sentiment de démesure aucune, et même avec une patriotique fierté, puisque de Gaulle, c’est la France… Autoritaire, il n’est pas autocrate. Absolu, il n’est pas absolutiste. Tyrannique familièrement, il n’est pas despotique politiquement. Il cultive le calme de la pérennité, mais il nourrit l’impatience de son âge. Il réchauffe en son sein la certitude de la clairvoyance. Le doute l’atteint, mais en aucun cas, il ne doit apparaître… L’extrême gauche, une partie de la gauche l’exècrent. Et pourtant, il se montre mille fois plus évolutif que beaucoup de progressistes de salon. Amant de la France, il a l’État dans la peau et vit dans la peau de l’État. » En avril 2005, c’est sans surprise qu’il fut élu personnage préféré de toute l’histoire de France par les auditeurs de France 2. Orgueil précoce Quand il sortit de l’École supérieure de Guerre, en juillet 1924, le capitaine de Gaulle n’avait obtenu que la mention « assez bien », alors que ses résultats, sauf en équitation (13/20), étaient plus qu’honorables. Mais grâce à l’intervention de Pétain, vice-président du Conseil supérieur de la Guerre, la mention fut corrigée en « bien » sur le carnet de notes. De Gaulle ne décoléra pas pour autant : « Cette boîte, je n’y mettrai plus les pieds que pour en prendre le commandement », vociféra-t-il. Condamné à mort À la suite de son célèbre appel du 18 juin, de Gaulle fut condamné en France à quatre ans de prison et 100 francs d’amende pour incitation à la désobéissance. Estimant le jugement « coupable d’indulgence », les autorités de Vichy firent appel et, le 2 août 1940, obtinrent du tribunal militaire siégeant à Clermont-Ferrand sa condamnation à mort, sa dégradation militaire et la confiscation de ses biens. Le condamné fit savoir fièrement qu’il considérait ces jugements comme « nuls et non avenus ». Presque inconnu avant le 18 juin, de Gaulle entrait dans l’histoire. Contre mauvaise fortune bon cœur Le palais de l’Élysée ne plaisait pas à son nouveau locataire, à commencer par l’environnement, jugé bruyant. En outre, depuis les balcons d’un atelier de couture voisin, les ouvrières avaient une vue plongeante sur le parc, dont de Gaulle regrettait le manque d’intimité. Du côté cour, de l’autre côté de la rue, une enseigne du plus mauvais goût indisposait d’autant plus le général qu’elle était prétexte à plaisanterie : «Attila, le fléau des rats, détruit rongeurs, cafards, insectes, punaises… » Une autre, juste en face de « chez lui », le gênait tout autant : «Chez Popoff », un antiquaire, qui, en portant ce nom ridicule, ternissait sans doute celui du monarque voisin… Quelle idée de s’appeler ainsi ! Il aurait mieux fait d’aller s’installer ailleurs. Quant au palais lui-même, il le jugeait trop bourgeois et sa décoration d’un goût douteux. Bref, l’ensemble manquait de grandeur… Mais il dut bien s’y accommoder, même s’il a dit qu’ « on ne faisait pas l’Histoire dans le VIIIe arrondissement. » Lorsqu’il y emménagea, il fit amener dans la chambre qu’il s’était choisie un lit de 2,10 m de long, qui avait été conçu tout spécialement pour le duc d’Édimbourg, tandis qu’il faisait placer à côté un humble lit pour sa petite Yvonne. La salle de bains dite « du roi » allait servir de bureau pour les dactylos et dans la baignoire, recouverte de contreplaqué, on empila des dossiers. Charles le Grand Quand de Gaulle et Churchill se rencontrèrent pour la première fois, au début de juin 1940, ces deux grandes personnalités conçurent l’une pour l’autre beaucoup d’estime. Churchill était partisan de la France libre, mais finit par être exaspéré par la fierté du simple sous-secrétaire d’État et son attitude de roi en exil. Il aurait dit un jour : « La croix la plus lourde que j’aie eu à porter pendant la guerre est la croix de Lorraine. » Un jour que le grand homme venait de recevoir son Premier ministre, un collaborateur imprudent osa lui demander aimablement : « Vous venez de bavarder avec Pompidou ? » Indigné, de Gaulle rétorqua : « Sachez, Monsieur, qu’on ne bavarde pas avec le général de Gaulle ! » Lors d’une visite officielle en Iran, le conservateur du Musée de Persépolis lut un discours interminable. Quand il évoqua la conquête de la ville et sa destruction par Alexandre, le général, toujours aussi impatient, dit à voix haute : « Eh bien, allons voir ce qu’il en reste ! » Et il partit. Peu avant la création de l’U.N.R., ses futurs dirigeants demandèrent au général si le parti serait de droite, de gauche ou du centre. Il répondit : « De Gaulle n’est ni à gauche, ni à droite, il est au-dessus ! » Peu avant qu’il ne quitte définitivement l’Élysée, un chef d’État invité lui demanda comment allait la France. Il répondit : « Mal, je vieillis!» Une journée sans fromage, hormis ses charentaises Yvonne réveillait son mari
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